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26 avril 2014

Petite méditation: Epigraphe sur la tombe

Epigraphe sur la tombe de Louis-Marie Grignion de Montfort


Que regardes-tu, passant?
Un flambeau éteint,
Un homme
Que le feu de la charité a consumé;
Qui s'est fait tout à tous,
Louis-Marie Grignion de Montfort.
Si tu t'informes
De sa vie, aucune n'a été plus pure,
De sa pénitence, aucune plus austère,
De son zèle, aucun plus ardent,
De sa dévotion envers Marie,
Personne n'a mieux ressemblé à saint Bernard.
Prêtre du Christ,
Sa vie a retracé celle du Christ,
Sa parole a prêché partout le Christ,
Infatigable,
Il ne s'est reposé que dans le cercueil.
Il a été
Le père des Pauvres,
Le défenseur de l'orphelin,
Le réconciliateur des pécheurs,
Sa glorieuse mort a ressemblé à sa vie,
Comme il avait vécu, il cessa de vivre.
Mûr pour Dieu il s'est envolé pour le ciel.
Il mourut le 28 du mois d'Avril
en l'an du Seigneur 1716,
A l'âge de 43 ans.

  • De cette épigraphe c’est surtout cette définition de Montfort qui me touche.
  • “Réconcilier” : aujourd’hui, o St. Louis, je te présente des personnes pour que tu les aides à se réconcilier.
  • A moi, tu me laisses surtout ce message....

Petite méditation: Dialogue avec Blain

LXXX    IL REPOND SOLIDEMENT A TOUTES LES OBJECTIONS QU'ON LUI FAIT CONTRE SA CONDUITE

Je commençai, dans l'entretien, par lui décharger mon cœur sur tout ce que j'avais à dire et entendu dire contre sa conduite et ses manières. Je lui demandai quel était son dessein et s'il espérait trouver jamais des gens qui voulussent le suivre dans la vie qu'il menait ; qu'une vie si pauvre, si dure, si abandonné à la Providence, était pour les Apôtres, pour des hommes d'une force, d'une grâce et d'une vertu rares, pour des hommes extraordinaires, pour lui qui en avait l'attrait et la grâce, mais non pas pour le commun, qui ne pouvait atteindre si haut, et que ce serait témérité de le tenter ; que, s'il voulait s'associer, dans ses desseins et dans ses travaux, d'autres ecclésiastiques, il devait, ou rabattre de la rigueur de sa vie ou de la sublimité de ses pratiques de perfection, pour condescendre à leur faiblesse et se conformer à leur genre de vie ordinaire, ou les faire élever à la sienne par l'infusion de sa grâce et de ses attraits si parfaits.

Montfort et Blain - Livre 'En haute Mer'
A quoi, pour réponse, il me montra son Nouveau Testament et me demanda si je trouvais à redire à ce que Jésus-Christ a pratiqué et enseigné et si j'avais à lui montrer une vie plus semblable à la sienne et à celle de ses Apôtres, qu'une vie pauvre, mortifiée et fondée sur l'abandon à la Providence ; qu'il n'avait point d'autre vue que de la suivre et d'autre dessein que d'y persévérer ; que, si Dieu voulait l'unir à quelques bons ecclésiastiques, dans ce genre de vie, il en serait ravi, mais que c'était l'affaire de Dieu et non la sienne ; que, pour ce qui le regardait, il n'avait point d'autre parti à prendre que celui de l'Evangile, et marcher sur les traces de Jésus-Christ et de ses disciples : "Que pouvez-vous dire contre, ajouta-t-il ; fais-je mal ? ;Ceux qui ne veulent pas me suivre vont par une autre voie moins laborieuse et moins épineuse ; et je l'approuve. Car, comme il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste, il y a aussi plusieurs voies pour aller à Lui. Je les laisse marcher dans la leur ; laissez-moi marcher dans la mienne ; d'autant plus que vous ne pouvez lui disputer ces avantages : qu'elle est celle que Jésus-Christ a enseignée par son exemple et par ses conseils, qu'elle est, par conséquent, la plus courte, la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Lui".

M'ayant ainsi ferma la bouche sur ce point, il ne, tarda pas à me la fermer sur celui qui suit. "Mais où trouverez-vous, lui dis-je, dans l'Evangile, des preuves et des exemples de vos manières singulières et extraordinaires ; pourquoi n'y renoncez-vous pas ? Ou ne demandez-vous pas à Dieu la grâce de vous en défaire? Les rebuts, les contradictions, les persécutions vous suivent partout, parce que vos singularités les attirent ; vous feriez beaucoup plus de bien et vous trouveriez beaucoup plus d'aides et de secours dans vos travaux, si vous pouviez gagner sur vous de ne rien faire d'extraordinaire et de ne point fournir aux libertins et aux mondains, dans vos singularités, des armes contre vous et contre le succès de votre ministère". Alors je lui nommai des personnes d'une sagesse consommée : "Voilà, dis-je, des modèles de conduite, sur lesquels vous devriez vous mouler ; ils ne font point parler d'eux, et vous ne feriez point tant parler de vous, si vous les imitiez ".

Il me répliqua que, s'il avait des manières singulières et extraordinaires, c'était bien contre son intention ; que, les tenant de la nature, il ne s'en apercevait pas, et qu'étant propres pour l'humilier, elles ne lui étaient pas inutiles ; qu'au reste, il fallait s'expliquer sur ce que l'on appelle manières singulières et extraordinaires ; que, si on entendait, par là, des actions de zèle, de charité, de mortification et. d'autres pratiques de vertus héroïques et peu communes, il s'estimerait heureux d'être, en ce sens, singulier, et que, si cette sorte de singularité est un défaut, c'est le défaut de tous les saints ; qu'après tout, on acquérait, à peu de frais, dans le monde, le titre de singulier ; qu'on était sûr de cette dénomination, pour peu qu'on ne voulût pas ressembler à la multitude, ni conformer sa vie sur son goût ; que c'était une nécessité d'être singulier dans le monde, si on veut se séparer de la multitude des réprouvés ; que le nombre des élus étant petit, il fallait renoncer à y tenir place ou se singulariser avec eux, c'est-à-dire mener une vie fort opposée et différente de celle de la multitude.

Il m'ajouta qu'il y avait différentes espèces de sagesse, comme il y en avait
Jean Baptiste Blain
différents degrés ; qu'autre était la sagesse d'une personne de communauté pour se conduire, autre la sagesse d'un missionnaire et d'un homme apostolique; que la première était rien à entreprendre de nouveau, rien qu'à se laisser conduire à la règle et aux usages d'une maison sainte ; que les autres avaient à procurer la gloire de Dieu, aux dépens de la leur, et à exécuter de nouveaux desseins ; qu'il ne fallait donc pas s'étonner si les premiers demeuraient tranquilles, en demeurant cachés, et s'ils ne faisaient point parler d'eux, n'ayant rien de nouveau à entreprendre ; mais que, les seconds, ayant de continuels combats à livrer au monde, au diable et aux vices, avaient à essuyer, de leur part, de terribles persécutions ; et que c'est un signe qu'on ne fait pas grand peur à l'enfer, quand on demeure ami du monde ; que les personnes que je lui proposais comme des modèles de sagesse, étaient du premier génie, personnes qui demeuraient cachés dans leurs maisons et qui les gouvernaient en paix, parce qu'elles n'avaient rien de nouveau à établir, rien qu'à suivre les pas et les usages de ceux qui les avaient précédés ; qu'il n'en était pas de même des missionnaires et des hommes apostoliques ; qu'ayant toujours quelque chose de nouveau à entreprendre, quelqu'œuvre sainte à établir ou à défendre, il était impossible qu'ils ne fissent [pas] parler d'eux et qu'ils eussent les suffrages de tout le monde ; qu'enfin, si on mettait la sagesse à ne rien faire de nouveau pour Dieu, à ne rien entreprendre pour sa gloire, de peur de faire, parler, les Apôtres eussent eu tort de sortir de Jérusalem ; ils auraient dû se renfermer dans le Cénacle ; saint Paul n'aurait pas dû faire tant de voyages, ni saint Pierre tenter d'arborer la croix sur le Capitole et de soumettre à Jésus-Christ la ville reine du monde ; qu'avec cette sagesse, la Synagogue n'eût point remua et n'eût point suscité de persécutions au petit troupeau du Sauveur, mais qu'aussi ce petit troupeau n'eût point crû en nombre et que le monde serait encore aujourd'hui ce qu'il était alors, idolâtre, perverti, corrompu en ses mœurs et en ses maximes, au souverain degré.

Je lui dis encore qu'on l'accusait de faire tout à sa tête ; qu'il valait bien mieux faire moins de bien et le faire avec dépendance, consulter les supérieurs et ne rien entreprendre sans leur ordre ou sans leur permission. Il convint de la maxime, en ajoutant qu'il croyait la suivre, en tout ce qu'il pouvait, et qu'il serait bien fâché de faire rien à sa tête ; mais qu'il y avait des occasions et des rencontres imprévues et subites où il n'était pas possible de prendre les avis ou les ordres des supérieurs ; qu'il suffisait, en ces cas, de ne vouloir rien faire qu'on ne croie devoir leur plaire et mériter leur approbation, et être disposé à leur obéir au moindre signe de leur volonté ; qu'au reste, il arrivait que des œuvres, commencées avec le consentement des supérieurs, n'avaient pas quelquefois, à la fin, leur agrément, soit parce qu'ils étaient prévenus par des gens mal intentionnés et indisposés par de faux rapports, soit qu'ils écoutaient les bruits du monde et le jugement de ses sages qui ne sont presque jamais favorables aux œuvres saintes ; qu'alors il n'y /339/ avait point d'autre parti que de se soumettre aux ordres de la Providence et recevoir, de bon cœur, les croix et les persécutions, comme la couronne et la récompense de ses bonnes intentions ; qu'enfin il était persuadé que l'obéissance étant la marque certaine de la volonté de Dieu, il ne fallait jamais s'en écarter ; mais que sa conscience ne lui faisait point de reproches sur ce sujet et qu'il était, en tout temps et en toutes rencontres, dans la disposition d'obéir et de ne rien faire qu'avec l'agrément des supérieurs ; mais qu'il ne pouvait pas empêcher les faux rapports, les médisances, les calomnies, les traits d'envie et de jalousie que l'homme ennemi savait bien faire passer jusqu'à eux, pour les indisposer à son égard et mettre, en leur esprit, sa personne et ses services au décri.

Je lui fis plusieurs autres objections que je croyais sans réplique, mais il y satisfit avec des paroles si justes, si concises et si animées de l'Esprit de Dieu, que je demeurais étonné qu'il me fermât la bouche sur tout ce que je /340/ croyais devoir la lui fermer.


    ° Moi aussi comme ton amis Blain, je suis frappé par ton originalité, parce que...
     ° Tes austérités et tes pénitences corporelles me créent des difficultés....

     °Aujourd’hui, tu tires encore de ta besace ton évangile et tu me dis...

20 avril 2014

Petite méditation sur la lettre 26 de Montfort

Lettre 26

Vive Jésus, vive sa Croix.

Si vous saviez mes croix et mes humiliations par le menu, je doute si vous désireriez si ardemment de me voir; car je ne suis jamais dans aucun pays que je ne donne un lambeau de ma croix à porter à mes meilleurs amis, souvent malgré moi et malgré eux.  Aucun ne me peut soutenir et n'ose se déclarer pour moi qu'il n'en souffre, et quelquefois qu'il ne tombe sous les pieds de l'enfer que je combats, du monde que je contredis, de la chair que je persécute.  Une fourmilière de péchés et de pécheurs que j'attaque ne me laisse, ni à aucun des miens, aucun repos.  Toujours sur le qui-vive, toujours sur les épines, sur les cailloux piquants, je suis comme une balle dans un jeu de paume: on ne l'a pas sitôt poussée d'un côté qu'on la pousse de l'autre, en la frappant rudement. C'est la destinée d'un pauvre pécheur. C'est ainsi que je suis sans relâche et sans repos, depuis treize ans que je suis sorti de Saint-Sulpice.

     Cependant, ma chère sœur, bénissez-en Dieu pour moi, car je suis content et joyeux au milieu de toutes mes souffrances, et je ne crois pas qu'il y ait au monde rien de plus doux pour moi que la croix la plus amère, quand elle est trempée dans le sang de Jésus crucifié et dans le lait de sa divine Mère. Mais, outre cette joie intérieure, il y a grand profit à faire en portant les croix. Je voudrais que vous vissiez les miennes. Je n'ai jamais plus fait de conversions qu'après les interdits les plus sanglants et les plus injustes.  Courage, ma très chère sœur, portons tous trois notre croix aux deux extrémités du Royaume. Portez-la bien de votre côté, je tâcherai de la bien porter du mien, avec la grâce de Dieu, sans nous plaindre, sans murmurer, sans vous décharger, sans vous excuser, même sans pleurer comme de petits enfants qui versent des larmes et se plaindraient de ce qu'on leur donnerait cent livres d'or à porter, ou comme un laboureur qui se désespérerait de ce qu'on aurait couvert son champ de louis d'or pour le rendre riche.

  • Montfort se définit “une balle dans un jeu de paume”. Il me semble que...
  • “Je suis content et joyeux au milieu de toutes mes souffrances”. Puis-je confirmer ces mots-là....
  • Cher Louis-Marie, j’ai lu la lettre que tu as écrit à ta soeur......