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2 janvier 2016

La grande neuvaine - 5

Voici l’extrait de la Prière Embrasée pour le mois de janvier 2016 (les numéros 22 à 25) avec en plus la feuille explicative.
Nous sommes heureux d’être unis et assidus à la prière. 

Que 2016 année soit une année riche en grâces.

Notre grande neuvaine a commencé le 12 août à Banneux et sera clôturée le 6 mai à Oostakker. Le programme et les moyens de transport vous seront communiqués le mois prochain. On nous a déjà communiqué qu’un autocar est prévu depuis Wavre et Bruxelles.

Les raisons du choix du lieu et de la date:  à Oostakker (près de Gand) se trouve la ‘Grotte de Lourdes’ la plus renommée de Belgique avec une belle présence de la Sainte Vierge ; puis le 6 mai cette année (à l’occasion du grand WE de l’Ascension) réfère au jour où les disciples se sont retirés avec Marie au Cénacle. Ce sera une belle journée avec Marie. Dès aujourd’hui marquez la date.

10 décembre 2015

La grande neuvaine - 4


Comme promis vous recevez, à partir de maintenant jusqu’au mois de mai 2016, un extrait de la Prière Embrasée de Montfort avec quelques orientations pour la prière (cette fois-ci les alinéas 18 à 21).

26 avril 2014

Petite méditation: Dialogue avec Blain

LXXX    IL REPOND SOLIDEMENT A TOUTES LES OBJECTIONS QU'ON LUI FAIT CONTRE SA CONDUITE

Je commençai, dans l'entretien, par lui décharger mon cœur sur tout ce que j'avais à dire et entendu dire contre sa conduite et ses manières. Je lui demandai quel était son dessein et s'il espérait trouver jamais des gens qui voulussent le suivre dans la vie qu'il menait ; qu'une vie si pauvre, si dure, si abandonné à la Providence, était pour les Apôtres, pour des hommes d'une force, d'une grâce et d'une vertu rares, pour des hommes extraordinaires, pour lui qui en avait l'attrait et la grâce, mais non pas pour le commun, qui ne pouvait atteindre si haut, et que ce serait témérité de le tenter ; que, s'il voulait s'associer, dans ses desseins et dans ses travaux, d'autres ecclésiastiques, il devait, ou rabattre de la rigueur de sa vie ou de la sublimité de ses pratiques de perfection, pour condescendre à leur faiblesse et se conformer à leur genre de vie ordinaire, ou les faire élever à la sienne par l'infusion de sa grâce et de ses attraits si parfaits.

Montfort et Blain - Livre 'En haute Mer'
A quoi, pour réponse, il me montra son Nouveau Testament et me demanda si je trouvais à redire à ce que Jésus-Christ a pratiqué et enseigné et si j'avais à lui montrer une vie plus semblable à la sienne et à celle de ses Apôtres, qu'une vie pauvre, mortifiée et fondée sur l'abandon à la Providence ; qu'il n'avait point d'autre vue que de la suivre et d'autre dessein que d'y persévérer ; que, si Dieu voulait l'unir à quelques bons ecclésiastiques, dans ce genre de vie, il en serait ravi, mais que c'était l'affaire de Dieu et non la sienne ; que, pour ce qui le regardait, il n'avait point d'autre parti à prendre que celui de l'Evangile, et marcher sur les traces de Jésus-Christ et de ses disciples : "Que pouvez-vous dire contre, ajouta-t-il ; fais-je mal ? ;Ceux qui ne veulent pas me suivre vont par une autre voie moins laborieuse et moins épineuse ; et je l'approuve. Car, comme il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste, il y a aussi plusieurs voies pour aller à Lui. Je les laisse marcher dans la leur ; laissez-moi marcher dans la mienne ; d'autant plus que vous ne pouvez lui disputer ces avantages : qu'elle est celle que Jésus-Christ a enseignée par son exemple et par ses conseils, qu'elle est, par conséquent, la plus courte, la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Lui".

M'ayant ainsi ferma la bouche sur ce point, il ne, tarda pas à me la fermer sur celui qui suit. "Mais où trouverez-vous, lui dis-je, dans l'Evangile, des preuves et des exemples de vos manières singulières et extraordinaires ; pourquoi n'y renoncez-vous pas ? Ou ne demandez-vous pas à Dieu la grâce de vous en défaire? Les rebuts, les contradictions, les persécutions vous suivent partout, parce que vos singularités les attirent ; vous feriez beaucoup plus de bien et vous trouveriez beaucoup plus d'aides et de secours dans vos travaux, si vous pouviez gagner sur vous de ne rien faire d'extraordinaire et de ne point fournir aux libertins et aux mondains, dans vos singularités, des armes contre vous et contre le succès de votre ministère". Alors je lui nommai des personnes d'une sagesse consommée : "Voilà, dis-je, des modèles de conduite, sur lesquels vous devriez vous mouler ; ils ne font point parler d'eux, et vous ne feriez point tant parler de vous, si vous les imitiez ".

Il me répliqua que, s'il avait des manières singulières et extraordinaires, c'était bien contre son intention ; que, les tenant de la nature, il ne s'en apercevait pas, et qu'étant propres pour l'humilier, elles ne lui étaient pas inutiles ; qu'au reste, il fallait s'expliquer sur ce que l'on appelle manières singulières et extraordinaires ; que, si on entendait, par là, des actions de zèle, de charité, de mortification et. d'autres pratiques de vertus héroïques et peu communes, il s'estimerait heureux d'être, en ce sens, singulier, et que, si cette sorte de singularité est un défaut, c'est le défaut de tous les saints ; qu'après tout, on acquérait, à peu de frais, dans le monde, le titre de singulier ; qu'on était sûr de cette dénomination, pour peu qu'on ne voulût pas ressembler à la multitude, ni conformer sa vie sur son goût ; que c'était une nécessité d'être singulier dans le monde, si on veut se séparer de la multitude des réprouvés ; que le nombre des élus étant petit, il fallait renoncer à y tenir place ou se singulariser avec eux, c'est-à-dire mener une vie fort opposée et différente de celle de la multitude.

Il m'ajouta qu'il y avait différentes espèces de sagesse, comme il y en avait
Jean Baptiste Blain
différents degrés ; qu'autre était la sagesse d'une personne de communauté pour se conduire, autre la sagesse d'un missionnaire et d'un homme apostolique; que la première était rien à entreprendre de nouveau, rien qu'à se laisser conduire à la règle et aux usages d'une maison sainte ; que les autres avaient à procurer la gloire de Dieu, aux dépens de la leur, et à exécuter de nouveaux desseins ; qu'il ne fallait donc pas s'étonner si les premiers demeuraient tranquilles, en demeurant cachés, et s'ils ne faisaient point parler d'eux, n'ayant rien de nouveau à entreprendre ; mais que, les seconds, ayant de continuels combats à livrer au monde, au diable et aux vices, avaient à essuyer, de leur part, de terribles persécutions ; et que c'est un signe qu'on ne fait pas grand peur à l'enfer, quand on demeure ami du monde ; que les personnes que je lui proposais comme des modèles de sagesse, étaient du premier génie, personnes qui demeuraient cachés dans leurs maisons et qui les gouvernaient en paix, parce qu'elles n'avaient rien de nouveau à établir, rien qu'à suivre les pas et les usages de ceux qui les avaient précédés ; qu'il n'en était pas de même des missionnaires et des hommes apostoliques ; qu'ayant toujours quelque chose de nouveau à entreprendre, quelqu'œuvre sainte à établir ou à défendre, il était impossible qu'ils ne fissent [pas] parler d'eux et qu'ils eussent les suffrages de tout le monde ; qu'enfin, si on mettait la sagesse à ne rien faire de nouveau pour Dieu, à ne rien entreprendre pour sa gloire, de peur de faire, parler, les Apôtres eussent eu tort de sortir de Jérusalem ; ils auraient dû se renfermer dans le Cénacle ; saint Paul n'aurait pas dû faire tant de voyages, ni saint Pierre tenter d'arborer la croix sur le Capitole et de soumettre à Jésus-Christ la ville reine du monde ; qu'avec cette sagesse, la Synagogue n'eût point remua et n'eût point suscité de persécutions au petit troupeau du Sauveur, mais qu'aussi ce petit troupeau n'eût point crû en nombre et que le monde serait encore aujourd'hui ce qu'il était alors, idolâtre, perverti, corrompu en ses mœurs et en ses maximes, au souverain degré.

Je lui dis encore qu'on l'accusait de faire tout à sa tête ; qu'il valait bien mieux faire moins de bien et le faire avec dépendance, consulter les supérieurs et ne rien entreprendre sans leur ordre ou sans leur permission. Il convint de la maxime, en ajoutant qu'il croyait la suivre, en tout ce qu'il pouvait, et qu'il serait bien fâché de faire rien à sa tête ; mais qu'il y avait des occasions et des rencontres imprévues et subites où il n'était pas possible de prendre les avis ou les ordres des supérieurs ; qu'il suffisait, en ces cas, de ne vouloir rien faire qu'on ne croie devoir leur plaire et mériter leur approbation, et être disposé à leur obéir au moindre signe de leur volonté ; qu'au reste, il arrivait que des œuvres, commencées avec le consentement des supérieurs, n'avaient pas quelquefois, à la fin, leur agrément, soit parce qu'ils étaient prévenus par des gens mal intentionnés et indisposés par de faux rapports, soit qu'ils écoutaient les bruits du monde et le jugement de ses sages qui ne sont presque jamais favorables aux œuvres saintes ; qu'alors il n'y /339/ avait point d'autre parti que de se soumettre aux ordres de la Providence et recevoir, de bon cœur, les croix et les persécutions, comme la couronne et la récompense de ses bonnes intentions ; qu'enfin il était persuadé que l'obéissance étant la marque certaine de la volonté de Dieu, il ne fallait jamais s'en écarter ; mais que sa conscience ne lui faisait point de reproches sur ce sujet et qu'il était, en tout temps et en toutes rencontres, dans la disposition d'obéir et de ne rien faire qu'avec l'agrément des supérieurs ; mais qu'il ne pouvait pas empêcher les faux rapports, les médisances, les calomnies, les traits d'envie et de jalousie que l'homme ennemi savait bien faire passer jusqu'à eux, pour les indisposer à son égard et mettre, en leur esprit, sa personne et ses services au décri.

Je lui fis plusieurs autres objections que je croyais sans réplique, mais il y satisfit avec des paroles si justes, si concises et si animées de l'Esprit de Dieu, que je demeurais étonné qu'il me fermât la bouche sur tout ce que je /340/ croyais devoir la lui fermer.


    ° Moi aussi comme ton amis Blain, je suis frappé par ton originalité, parce que...
     ° Tes austérités et tes pénitences corporelles me créent des difficultés....

     °Aujourd’hui, tu tires encore de ta besace ton évangile et tu me dis...

7 décembre 2013

Petite méditation: Le Secret de Marie 70 - 78

L’arbre de Vie.
Secret de Marie 70-78

La culture et l'accroissement de l'arbre de Vie
autrement la manière de faire vivre et régner Marie dans nos âmes.

[1. Le Saint Esclavage d’amour. Arbre de vie.]

70.  Avez-vous compris, âme prédestinée, par l’opération du Saint-Esprit, ce que je viens de dire ? Remerciez-en Dieu ! C’est un secret inconnu de presque tout le monde.  Si vous avez trouvé le trésor caché dans le champ de Marie, la perle précieuse de l’Evangile, il faut tout vendre pour l’acquérir ; il faut que vous fassiez un sacrifice de vous-même entre les mains de Marie, et vous perdre heureusement en elle pour y trouver Dieu seul. Si le Saint-Esprit a planté dans votre âme le véritable Arbre de vie, qui est la dévotion que je viens de vous expliquer, il faut que vous apportiez tous vos soins à le cultiver, afin qu’il donne son fruit en son temps.  Cette dévotion est le grain de sénevé dont il est parlé dans l’Evangile, qui étant, ce semble, le plus petit de tous les grains, devient néanmoins bien grand et pousse sa tige si haut que les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les prédestinés, y font leur nid et y reposent à l’ombre dans la chaleur du soleil et s’y cachent en sûreté contre les bêtes féroces.

[2. La manière de le cultiver.] Voici, âme prédestinée, la manière de le cultiver :

Arbre de Vie - Chagall
71.  1º Cet arbre, étant planté dans un cœur bien fidèle, veut être en plein vent, sans aucun appui humain ; cet arbre, étant divin, veut toujours être sans aucune créature qui pourrait l’empêcher de s’élever vers son principe, qui est Dieu.  Ainsi, il ne faut point s’appuyer de son industrie humaine ou de ses talents purement naturels, ou du crédit et de l’autorité des hommes : il faut avoir recours à Marie et s’appuyer [sur] son secours.

72.  2º Il faut que l’âme, où cet arbre est planté, soit sans cesse occupée comme un bon jardiner, à le garder et regarder. Car cet arbre, étant vivant et devant produire un fruit de vie, veut être cultivé et augmenté par un continuel regard et contemplation de l’âme ; et c’est l’effet d’une âme parfaite d’y penser continuellement et d’en faire sa principale occupation.

73.  Il faut arracher et couper les chardons et les épines qui pourraient suffoquer cet arbre avec le temps ou l’empêcher d’apporter son fruit : c’est-à-dire qu’il faut être fidèle à couper et trancher, par la mortification et violence à soi-même, tous les plaisirs inutiles et vaines occupations avec les créatures, autrement crucifier sa chair, et garder le silence et mortifier ses sens.

74.  3º Il faut veiller à ce que les chenilles ne l’endommagent point. Ces chenilles sont l’amour-propre de soi-même et des ses aises, qui mangent les feuilles vertes et les belles espérances que l’Arbre avait du fruit : car l’amour de soi-même et l’amour de Marie ne s’accordent aucunement.

75.  4º Il ne faut pas laisser les bêtes en approcher. Ces bêtes sont les péchés, qui pourraient donner la mort à l’Arbre de vie par leur seul attouchement : il ne faut même pas que leur haleine donne dessus, c’est-à-dire les péchés véniels, qui sont toujours très dangereux si on ne s’en fait point de peine…

76.  5º Il faut arroser continuellement cet arbre divin, de ses communions, ses messes et autres prières publiques et particulières ; sans quoi cet arbre cesserait de porter du fruit.

77.  6º Il ne faut pas se mettre en peine s’il est soufflé et secoué du vent, car il est nécessaire que le vent des tentations le souffle pour le faire tomber, que les neiges et les gelées l’entourent pour le perdre ; c’est-à-dire que cette dévotion à la Sainte Vierge sera nécessairement attaquée et contredite ; mais pourvu qu’on persévère à le cultiver, il n’y a rien à craindre.

[3. Son fruit durable : Jésus-Christ.]

78.  Ame prédestinée, si vous cultivez ainsi votre Arbre de vie nouvellement planté par le Saint-Esprit en votre âme, je vous assure qu’en peu de temps il croîtra si haut que les oiseaux du ciel y habiteront, et il deviendra si parfait qu’enfin il donnera son fruit d’honneur et de grâce en son temps, c’est-à-dire l’aimable et l’adorable Jésus qui a toujours été et qui sera l’unique fruit de Marie. Heureuse une âme en qui Marie, l’Arbre de vie, est plantée ; plus heureuse celle en qui elle est accrue et fleurie ; très heureuse, celle en qui elle porte son fruit ; mais la plus heureuse de toutes est celle qui goûte et conserve son fruit jusqu’à la mort et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Qui tenet, teneat.
   
Pour la réflexion
  • Les actions de l’Esprit Saint que j’ai découvert dans ma vie.
  • Je crois que pour moi aujourd’hui “les chardons et les épines qui peuvent étouffer mon arbre, sont….
  • Vraiment, je goute le Fruit de l’arbre de vie quand….

1 décembre 2013

Petite méditation: Prière Embrasée n° 25

25.  Vous seul, comme le Roi des cieux et le Roi des rois, séparerez du commun ces missionnaires comme autant de rois pour les rendre plus blancs que la neige sur la montagne de Selmon, montagne de Dieu, montagne abondante et fertile, montagne forte et coagulée, montagne dans laquelle Dieu se complait merveilleusement et dans laquelle il demeure et demeurera jusqu'à la fin. 

Qui est, Seigneur, Dieu de vérité, cette mystérieuse montagne dont vous nous dites tant de merveilles, sinon Marie, votre chère Epouse, dont vous avez mis les fondements sur les cimes des plus hautes montagnes: Fundamenta ejus in montibus sanctis. Mons in vertice montium. 

Heureux et mille fois heureux les prêtres que vous avez si bien choisis et prédestinés pour demeurer avec vous sur cette abondante et divine montagne, afin d'y devenir des rois de l'éternité par leur mépris de la terre et leur élévation en Dieu, afin d'y devenir plus blancs que la neige par leur union à Marie, votre Epouse toute belle, toute pure et toute immaculée, afin de s'y enrichir de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, de toutes les bénédictions temporelles et éternelles dont Marie est toute remplie. 

C'est du haut de cette montagne [que], comme des Moïse, ils lanceront par leurs ardentes prières des traits contre leurs ennemis pour les terrasser ou convertir. 

C'est sur cette montagne où ils apprendront de la bouche même de Jésus-Christ, qui y demeure toujours, l'intelligence de ses huit béatitudes. 

C'est sur cette montagne de Dieu qu'ils seront transfigurés avec lui comme sur le Thabor, qu'ils mourront avec lui comme sur le calvaire et qu'ils monteront au ciel avec lui comme sur la montagne des Oliviers.

Pour la réflexion

°Je suis déjà monté sur une montagne. Je me rappelle   que....

° Marie est la montagne que Dieu a choisi. Je souligne l’attention particulière que Dieu a mnifesté vers Marie, en soulignant les verbes employés par Montfort.

° il ya bien une différence entre visiter et demeurer, entre monter sur une montagne et demeurer sur la montagne.....

13 août 2013

Montfort et La Séguinière

La Séguinière est située dans l'arrondissement de Cholet et dans le département Maine-et-Loire (49)

Eglise de la paroisse à La Séguinière
Vers la fin de mai 1713, Montfort arrivait à La Séguinière, paroisse voisine de la ville de Cholet. Le curé de la paroisse était un prêtre d’origine irlandaise, Mr Kentin. Le Père de Montfort avait connu Pierre Kentin, lorsque celui-ci était aumônier à l’hôpital de La Rochelle en 1712. C’était, comme disait Montfort « le curé selon son cœur » ; dès l’ouverture de la mission, affluence considérable ; les âmes étaient bien préparées. Le missionnaire ajouta à son travail la restauration d’une chapelle qu’il fit dédier à Notre-Dame de Toute-Patience.

Le Cantique 145 
La tradition veut que Montfort l’ait écrit à La Séguinière. En voici quelques extraits :

A mon secours,
O douce et divine Marie,
A mon secours !
Je souffre et gémis tous les jours
A mes maux soyez attendrie,
Délivrez-m’en, je vous prie.
A mon secours ! Secourez-moi,
Vous êtes pleine de clémence,
Secourez-moi !
Tout est soumis à votre loi
Donnez-moi donc quelque assistance
Ou bien le don de patience.
Secourez-moi !

Par charité,
Soulagez-moi dans ma misère.
Par charité,
La patience ou la santé
C’est en vous seule que j’espère,
Montrez que vous êtes ma Mère.
Par charité. Quoi ! Sous vos yeux
Je mourrai dans mon indigence ?
Quoi ! Sous vos yeux
Je périrai, Reine des cieux ?
Non, non j’ai mis mon espérance
En votre nom plein d’abondance.
Quoi ! Sous vos yeux ?

C'est le Père Besnard, par deux fois qui parle du château de la Treille (cf. tome IV de "Documents et Recherches - Rome 1981, page 309 "Il ne voulut pas même la mission finie se rendre aux invitations de M. le Curé qui le pressait de rester chez lui pour prendre quelque repos, ni accepter l'offre que lui firent mesdemoiselles de Beauveau, surs de l'évêque de Nantes, de venir se délasser au château de la Treille ..." ; cf. aussi tome V, pp. 437*-492 *, après la mission de Saint-Amand : " Il en prit un (prêtre) et ils partirent accompagnés de quelques frères pour aller à la Séguinière. Les demoiselles de Beauveau qui lui avaient déjà donné l'hospitalité, l'ayant prié d'accepter leur château pour s'y délasser, il s'y rendit et y séjourna huit à dix jours..."

Pour son 2ème séjour à La Séguinière, après la mission épuisante de Saint-Amand, le Père de Clorivière écrit ceci :" ... Peut-être pour la première fois de sa vie, il crut qu'il devait accorder quelque délassement à son corps, en même temps qu'il en procurerait à ceux qui avaient travaillé avec lui. Dans ce dessein, il fut à la Séguinière et accepta, pour une huitaine de jours, l'offre que les Demoiselles de Beauveau lui firent de leur château pour s'y reposer. Mais son repos eût été pour un autre un travail assez grand. Proche d'une paroisse où il avait fait une mission avec les plus grands succès et qu'il aimait singulièrement, tant à cause de ses habitants que de son bon pasteur qu'il respectait comme un saint, il y donna plusieurs sermons pour ranimer dans les peuples la dévotion qu'il leur avait inspirée. Pour signaler aussi celle qu'il portait à la Mère de Dieu, il fit faire, avec tout l'appareil qu'il fut possible, une procession générale accompagnée de tambours et de fusilliers, à cette fameuse chapelle qu'il avait réparée et décorée en son honneur, sous le titre de Notre-Dame de Toute Patience." (p. 460) 
Notre Dame de toute Patience

Lieux à visiter
Le vieux pont sur La Moine : lieu de rencontre entre le P. de Montfort et le P. Kentin









L’église avec les beaux vitraux, à la fois souvenirs de Montfort et de l’épopée vendéenne










La fontaine des morts












La chapelle de Notre-Dame de Toute Patience, avec la statuette de la Vierge à l’Enfant,
donnée par Montfort et qui aurait été sculptée par lui-même. On vient en pèlerinage à cette chapelle, chaque année en septembre et souvent les mamans y conduisent leurs enfants qui auraient des difficultés à marcher.


2 avril 2013

Catéchèse à l' école de Marie (15)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort  (fin 266 – 273)

Cette dévotion et la communion

Montfort vient de terminer son exposé mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre, avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »

Sachant jusqu’à quel point il cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ? Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.

Parce qu’elle a accueilli dans son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte communion. »

Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits, vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.

D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie, prêtes-moi ton cœur (266).

Dans la communion

Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’, ‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en elle une confiance et une espérance singulière.

Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur, je ne suis pas digne… . Demandez lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur, je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut » (267-269).

Après la communion

« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.

Il est bien possible que vous trouviez étrange cette manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait: « Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées » (340).

Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »

D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
Frans Fabry
Montfort termine son écrit

5 mars 2013

Catéchèse à l'école de Marie ( 14)

La Vraie Dévotion de Montfort (257 - 265)

LANGAGE D’UN MYSTIQUE

« Voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint Esprit appelle à une haute perfection », écrit Montfort (257). Maintes fois il a répété que l’Esprit-Saint est à l’œuvre dès qu’on s’ouvre au Seigneur : « Il conduit de grâce en grâce, de lumière en lumière pour arriver jusqu’à la transformation de soi-même en Jésus Christ et à la plénitude de son âge » (119).

D’une façon unique la Vierge Marie a été et est toujours impliquée dans l’œuvre du Christ. Depuis notre baptême nous le sommes également, chacun d’après ses capacités propres. Marie nous est donnée comme exemple et aide efficace. Montfort accumule quatre prépositions pour nous conduire à la Vierge Marie et il les reprend dans le même ordre pour indiquer l’union au Christ qui est le but ultime: « il faut faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus Christ, avec Jésus Christ, en Jésus et pour Jésus » (275). Le baptisé est appelé à devenir ‘homme nouveau’, ni plus ni moins, et à devenir ‘christ de Dieu’ parmi les hommes.
Montfort n’a rien inventé, il réfère à des témoignages de saints ; à leur exemple se sert abondamment d’images bibliques et il fait une lecture mystique des Ecritures, née d’une expérience vécue. Le point de départ est clair: la Vierge Marie est ‘pleine de grâces’, l’Esprit Saint l’a ‘couverte de son ombre’ ; voilà ce qui nous arrivera, toutes proportions gardées, si nous sommes habités de son esprit.

Par Marie

Comment faire tout par Marie ? Ici l’auteur approfondit davantage des suggestions données antérieurement. Faites comme Marie, nous dit-il, ne prenez pas vos projets et votre génie comme seules bases pour la réussite de la vie, sinon vous n’offrez pas dans votre vie l’espace nécessaire au Dieu Créateur. C’est seulement en vous ouvrant au Seigneur que son Esprit pourra vous rejoindre, comme c’est arrivé à la Vierge Marie. « Cet Esprit s’est tellement rendu maître d’elle qu’il est devenu son propre esprit » (258).  

« Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales comme un instrument entre les mains d’un ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur » (259). Comment y arriver ? Le pédagogue expérimenté réfère à la force de la répétition, à tout propos il faut redire votre affection à son égard. Alors vous serez « tout possédé et gouverné par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! » (258).

Avec Marie

Il faut faire ses actions avec Marie. Elle est habitée du Saint-Esprit et par conséquent elle est un exemple parfait. C’est pourquoi vous pouvez la regarder comme un modèle accompli et l’imiter selon votre petite portée. Il faudrait qu'en chaque situation vous vous posiez la question comment elle aurait agit et Montfort réfère aux grandes vertus de Marie : sa foi vive (depuis l’annonciation jusqu’au Golgotha), son humilité profonde (jamais elle ne s’est ventée de sa situation privilégiée aux yeux de Dieu) ; son ouverture à Dieu (qui n‘a jamais eu sa pareille).

L’auteur reprend le langage de Saint-Augustin : Elle est le grand et unique moule de Dieu dans lequel l’image du Dieu invisible, Jésus a été formé. Il conclut : celui qui a trouvé ce moule et qui s’y perd sera bientôt changé en Jésus Christ. Il deviendra un autre christ (260).

En Marie

Ici Montfort fait une réflexion qui peut étonner, mais elle est bien fondée : toute la personne de Marie, son corps et son âme, est un ‘lieu’. Elle est une terre sainte où le Très Haut est venu habiter. Elle est le vrai paradis terrestre, parce que c’est là que le Nouvel Adam y a demeuré pendant neuf mois. Le paradis dans le livre de la Genèse n’en est qu’une image pour annoncer ce qui se réalisera en la Vierge Marie.

L’auteur compare le sein de la Marie avec de la glaise toute vierge dont le Seigneur s’est servi pour donner forme au Nouvel Adam. C’est le Saint Esprit qui a donné la fécondité à cette glaise et qui a nourri le fruit. Montfort compose un florilège, un recueil de pièces choisies, puisé partout dans la bible pour décrire le jardin extraordinaire et fertile qu’est Marie. « C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie… » (261).

Pour exprimer la grâce dont la Vierge a été inondée, à plusieurs reprises notre auteur se sert de l’expression la ‘divine’ Marie, en opposition aux pécheurs que nous sommes. Elle est un ‘lieu’ particulier que Dieu s’est créé dans la perspective de sa mission unique. Il n’est pas évident que les pécheurs y aient accès : ce lieu saint n’est pas gardé par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint Esprit qui s'en est rendu le maître absolu… Les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer dans ce paradis que par une grâce particulière … (263).

Grâce à sa fidélité, on peut obtenir cette faveur. On y est alors nourri comme un enfant dans le sein de sa mère, délivré de ses troubles, craintes et scrupules et à l’abri de ses ennemis qui n’y ont jamais eu d’entrée (264).

Pour Marie

Enfin Montfort reprend une caractéristique de la dévotion qu’il envisage : il s’agit de l’attitude de service. Marie est la servante par excellence du Seigneur et de son œuvre et elle a pris cet engagement sans la moindre recherche de récompense. À deux reprises déjà notre auteur a expliqué pour quelle raison il choisit l’expression ‘esclave’. Il s’agit de la cause du Seigneur et le vrai bonheur de tous.

« Un bon serviteur et esclave, ne doit pas demeurer oisif; mais, appuyé de la protection de Marie, il doit entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il doit défendre ses privilèges quand on les lui dispute; il doit soutenir sa gloire quand on l'attaque; dans la mesure du possible il doit attirer tout le monde à son service et à cette vraie et solide dévotion… il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le temps et l'éternité. »

Il termine en soulignant une fois de plus que Dieu seul est le propos du grand missionnaire. Avec de beaux caractères il remplit le restant de la page : 


« Gloire à Jésus en Marie! 
Gloire à Marie en Jésus! 
Gloire à Dieu seul! » 
(265).
Frans Fabry

4 février 2013

Catéchèse à l'école de Marie (13)


La Vraie Dévotion de Montfort  (243-256)

S’associer à Dieu

Montfort nous offre quatre autres exercices pour s’associer davantage à Dieu et à son œuvre.  D’un bout à l’autre la Bible est l’histoire du Tout Autre qui entre dans la création. Cet événement a été soigneusement préparé depuis Abraham. Quant à l’agir de Dieu Montfort résume : « La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte Trinité ont tenue dans l'Incarnation et le premier avènement de Jésus Christ, elles la gardent tous les jours, d'une manière invisible, dans la Sainte Eglise, et la garderont jusqu'à la consommation des siècles… » (22). Les exercices proposés sont à situer dans cette perspective.

Le propre de cette dévotion

À ceux qui veulent s’associer à Dieu Montfort donne ce conseil : « Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion… » (243). Mettant d’abord le focus sur Jésus incarné, Montfort exprime son étonnement : comment a-t-Il osé dépendre de Marie à ce point-là. En effet, dans cette situation Il s’est fait captif, Il n’avait plus de liberté d’action, il était esclave. Cette audace et cette dépendance totale nous sert d’exemple: nous ne devons pas hésiter à dépendre de la Vierge Marie !

Puis Montfort regarde la personne de Marie et se met à raisonner. Si le Fils de Dieu a osé se rendre dépendant de Marie à ce point-là, cette jeune femme devait avoir des qualités exceptionnelles. Il n’y a pas de doute, avec soin Dieu a dû préparer un cœur humain noble qui ne Le trahirait jamais. Pour décrire cette œuvre, Montfort parle d’un acte créateur sublime : « Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé la Sagesse éternelle ( = Dieu Créateur) se fit elle-même une maison, une demeure digne d'Elle. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers… » (Amour de la Sagesse Eternelle 105). Avec aisance on peut dire que Marie est une femme hors pair.

Malgré les critiques, Montfort n’hésite pas à choisir des termes provocateurs, il veut faire réfléchir les gens. Ici il fait preuve de prudence : « Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On peut, à la vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire l'esclave de Marie, l'esclavage de la Sainte Vierge; mais je crois qu'il vaut mieux qu'on se dise l'esclave de Jésus en Marie… » (244). La dévotion qu’il propose est une imitation de Jésus Christ qui, sans la moindre retenue, s’est livrée à la bienveillance maternelle de Marie.

L’Ave Maria

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. Avec bien d’autres qui l’ont précédé, pour indiquer le fruit de cette petite prière, il se sert d’un vocabulaire biblique. Le cœur humain est comparé à une terre sèche, incapable de produire un Dieu. Seule une fécondité venant de l’extérieur peut changer cette situation, or c’est ce qui est arrivé à la Vierge Marie. La prière de l’Ave nous introduit dans la sphère du Dieu agissant : « C'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et c'est cette même prière, bien dite, qui fait germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus Christ. L'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps… » (249).

Dans la deuxième partie de l’Ave on fait humblement appel à Marie pour qu’elle nous aide à nous mettre fidèlement au service du Seigneur, tout comme elle.

Quant au rosaire, dans La Vraie Dévotion Montfort ne fait que citer la prière, ailleurs il donne des orientations pour la rendre fructueuse, il a même consacré un petit livre à ce sujet : Le Secret admirable du très saint Rosaire. À son tour Jean-Paul II a actualisé cette prière. Accompagné de Marie, il propose de parcourir vingt étapes de la vie de Jésus, de Le contempler et L’écouter, puis de méditer l’événement dans son cœur.

Par l'amour que je vous porte

Le missionnaire expérimenté : « Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne pas vous contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru… » (254).

Rien d’étonnant qu’à l’occasion de l’Année de la Foi, Rome a suggéré la pratique journalière du rosaire. S’il vous est impossible de méditer les vingt mystères, prenez-en chaque jour quelques-uns. Le rosaire est une bonne école de la foi, une école avec Marie comme maîtresse.

Le Magnificat

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. L’évangéliste termine l’épisode de l’annonce sèchement : « Et l’ange la quitta. » Après le ‘oui’ généreux, Luc ne note aucune réaction de la part de l’ange. Marie était seule. Mais le récit continue: « Elle partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. » Ici deux éléments me frappent, d’abord l’expression ‘en hâte’ qui réfère à des émotions dans son cœur, puis la donnée géographique ‘le haut pays, dans une ville de Juda’. Comme je passe souvent dans la région avec les pèlerins, ces deux éléments m’inspirent.

La cousine de Marie habitait la région de Jérusalem. Il est secondaire de savoir si c’était bien à l’endroit précis indiqué à Ein Karem, pour moi ce qui attire l’attention c’est la distance de Nazareth à cette région en Judée: au moins sept jours de marche et de préférence pas seule, mais jointe à une caravane. A-t-elle parlé avec les autres voyageurs, a-t-elle raconté ce qu’elle venait de vivre à Nazareth ? J’en doute. Qui est-ce qui l’aurait cru?

Quand elle entend la salutation de sa cousine son cœur ‘explose’. Voilà l’explication de son empressement et de ce qui s’est passé dans son esprit tout au long du voyage. Sans cesse des bouts de psaumes et des scènes de la Bible ont retentit dans son cœur, elle les a médité, elle les a relié les uns aux autres. C’est ainsi que le Magnificat est né. Marie loue le Dieu agissant à travers l’histoire et confesse sa foi : avec l’événement vécu à Nazareth s’est réalisé l’accomplissement de la promesse faite à Abraham et à sa descendance pour toujours. Dieu est fidèle, Il accomplit ce qu’Il a promis et – très important – cela grâce à son ‘oui’ généreux. Le Magnificat est une forte confession de foi.

Cette foi de Marie sera donnée à ceux et celles qui se confient à elle. Le Magnificat est le cantique des croyants. « L'âme de la Sainte Vierge se communiquera à vous pour glorifier le Seigneur; son esprit entrera en la place du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez fidèles aux pratiques de cette dévotion… Que l'âme de Marie soit en chacun pour y glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun, pour s'y réjouir en Dieu » (217).

Se connaître soi-même

Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). Tirés du contexte, aujourd’hui comme il y a 300 ans, plusieurs s’indigneraient en lisant ces quelques mots: « Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons données dans la première partie ce cet écrit » (256). Il s’agit du choix fondamental auquel Jésus réfère quand il dit qu’on ne peut servir deux maîtres. Une bonne dose de connaissance de soi-même est une sagesse précieuse, pensons par exemple à la parabole du pharisien et du publicain.

Ainsi notre auteur termine la série des pratiques extérieures ‘qu’il ne faut pas omettre par négligence ou par mépris’, ajoute-t-il. La vraie foi demande de la pratique.
Frans Fabry