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7 décembre 2013

Petite méditation: Le Secret de Marie 70 - 78

L’arbre de Vie.
Secret de Marie 70-78

La culture et l'accroissement de l'arbre de Vie
autrement la manière de faire vivre et régner Marie dans nos âmes.

[1. Le Saint Esclavage d’amour. Arbre de vie.]

70.  Avez-vous compris, âme prédestinée, par l’opération du Saint-Esprit, ce que je viens de dire ? Remerciez-en Dieu ! C’est un secret inconnu de presque tout le monde.  Si vous avez trouvé le trésor caché dans le champ de Marie, la perle précieuse de l’Evangile, il faut tout vendre pour l’acquérir ; il faut que vous fassiez un sacrifice de vous-même entre les mains de Marie, et vous perdre heureusement en elle pour y trouver Dieu seul. Si le Saint-Esprit a planté dans votre âme le véritable Arbre de vie, qui est la dévotion que je viens de vous expliquer, il faut que vous apportiez tous vos soins à le cultiver, afin qu’il donne son fruit en son temps.  Cette dévotion est le grain de sénevé dont il est parlé dans l’Evangile, qui étant, ce semble, le plus petit de tous les grains, devient néanmoins bien grand et pousse sa tige si haut que les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les prédestinés, y font leur nid et y reposent à l’ombre dans la chaleur du soleil et s’y cachent en sûreté contre les bêtes féroces.

[2. La manière de le cultiver.] Voici, âme prédestinée, la manière de le cultiver :

Arbre de Vie - Chagall
71.  1º Cet arbre, étant planté dans un cœur bien fidèle, veut être en plein vent, sans aucun appui humain ; cet arbre, étant divin, veut toujours être sans aucune créature qui pourrait l’empêcher de s’élever vers son principe, qui est Dieu.  Ainsi, il ne faut point s’appuyer de son industrie humaine ou de ses talents purement naturels, ou du crédit et de l’autorité des hommes : il faut avoir recours à Marie et s’appuyer [sur] son secours.

72.  2º Il faut que l’âme, où cet arbre est planté, soit sans cesse occupée comme un bon jardiner, à le garder et regarder. Car cet arbre, étant vivant et devant produire un fruit de vie, veut être cultivé et augmenté par un continuel regard et contemplation de l’âme ; et c’est l’effet d’une âme parfaite d’y penser continuellement et d’en faire sa principale occupation.

73.  Il faut arracher et couper les chardons et les épines qui pourraient suffoquer cet arbre avec le temps ou l’empêcher d’apporter son fruit : c’est-à-dire qu’il faut être fidèle à couper et trancher, par la mortification et violence à soi-même, tous les plaisirs inutiles et vaines occupations avec les créatures, autrement crucifier sa chair, et garder le silence et mortifier ses sens.

74.  3º Il faut veiller à ce que les chenilles ne l’endommagent point. Ces chenilles sont l’amour-propre de soi-même et des ses aises, qui mangent les feuilles vertes et les belles espérances que l’Arbre avait du fruit : car l’amour de soi-même et l’amour de Marie ne s’accordent aucunement.

75.  4º Il ne faut pas laisser les bêtes en approcher. Ces bêtes sont les péchés, qui pourraient donner la mort à l’Arbre de vie par leur seul attouchement : il ne faut même pas que leur haleine donne dessus, c’est-à-dire les péchés véniels, qui sont toujours très dangereux si on ne s’en fait point de peine…

76.  5º Il faut arroser continuellement cet arbre divin, de ses communions, ses messes et autres prières publiques et particulières ; sans quoi cet arbre cesserait de porter du fruit.

77.  6º Il ne faut pas se mettre en peine s’il est soufflé et secoué du vent, car il est nécessaire que le vent des tentations le souffle pour le faire tomber, que les neiges et les gelées l’entourent pour le perdre ; c’est-à-dire que cette dévotion à la Sainte Vierge sera nécessairement attaquée et contredite ; mais pourvu qu’on persévère à le cultiver, il n’y a rien à craindre.

[3. Son fruit durable : Jésus-Christ.]

78.  Ame prédestinée, si vous cultivez ainsi votre Arbre de vie nouvellement planté par le Saint-Esprit en votre âme, je vous assure qu’en peu de temps il croîtra si haut que les oiseaux du ciel y habiteront, et il deviendra si parfait qu’enfin il donnera son fruit d’honneur et de grâce en son temps, c’est-à-dire l’aimable et l’adorable Jésus qui a toujours été et qui sera l’unique fruit de Marie. Heureuse une âme en qui Marie, l’Arbre de vie, est plantée ; plus heureuse celle en qui elle est accrue et fleurie ; très heureuse, celle en qui elle porte son fruit ; mais la plus heureuse de toutes est celle qui goûte et conserve son fruit jusqu’à la mort et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Qui tenet, teneat.
   
Pour la réflexion
  • Les actions de l’Esprit Saint que j’ai découvert dans ma vie.
  • Je crois que pour moi aujourd’hui “les chardons et les épines qui peuvent étouffer mon arbre, sont….
  • Vraiment, je goute le Fruit de l’arbre de vie quand….

17 novembre 2013

Petite méditation - Oeuvres complète p. 406

Prière à la fin de la troisième méthode pour réciter le rosaire. (OC. pg. 406)

Oraison à la sainte Vierge. 
Je vous salue Marie, Fille très aimable du Père éternel, Mère admirable du Fils, Epouse très fidèle du Saint Esprit, Temple auguste de la très Sainte Trinité. Je vous salue Souveraine Princesse, à qui tout est soumis ai Ciel et sur la Terre. Je vous salue Refuge assuré des pécheurs, Notre Dame de miséricorde qui n’avez jamais rebuté personne, tout pécheur que je me jette à vos pieds, et je vous pile de m’obtenir du bon Jésus, votre cher Fils, la contrition et le pardon de tous mes péchés, avec la divine Sagesse. Je me consacre tout à vous avec tout ce que j’ai. Je vous prends aujourd’hui pour ma Mère et ma Maîtresse; traitez-moi donc comme le dernier de vos enfants, et le plus soumis de vos serviteurs : Écoutez, ma Princesse, écoutez les soupirs d’un cœur qui désire vous aimer et servir fidèlement. Qu’il ne soit pas dit, que de tous ceux qui ont eu recours à vous, j’en ai été le premier abandonné! O mon espérance! O ma vie! O ma fidèle et Immaculée Vierge Marie! exaucez-moi, défendez-moi, nourrissez-moi, instruisez-moi, sauvez-moi.
Ainsi soit-il.

Pour la réflexion:
  • Je souligne les adjéctifs et les sostantifs que Montfort attribue à Marie.
  • Marie m’écoute maintenant, elle me protège, elle m’instruit. Quand est-ce que je ressens cela dans ma vie?
  • Ma chère Marie, je prend le stylo et je t’écris.

4 février 2013

Catéchèse à l'école de Marie (13)


La Vraie Dévotion de Montfort  (243-256)

S’associer à Dieu

Montfort nous offre quatre autres exercices pour s’associer davantage à Dieu et à son œuvre.  D’un bout à l’autre la Bible est l’histoire du Tout Autre qui entre dans la création. Cet événement a été soigneusement préparé depuis Abraham. Quant à l’agir de Dieu Montfort résume : « La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte Trinité ont tenue dans l'Incarnation et le premier avènement de Jésus Christ, elles la gardent tous les jours, d'une manière invisible, dans la Sainte Eglise, et la garderont jusqu'à la consommation des siècles… » (22). Les exercices proposés sont à situer dans cette perspective.

Le propre de cette dévotion

À ceux qui veulent s’associer à Dieu Montfort donne ce conseil : « Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion… » (243). Mettant d’abord le focus sur Jésus incarné, Montfort exprime son étonnement : comment a-t-Il osé dépendre de Marie à ce point-là. En effet, dans cette situation Il s’est fait captif, Il n’avait plus de liberté d’action, il était esclave. Cette audace et cette dépendance totale nous sert d’exemple: nous ne devons pas hésiter à dépendre de la Vierge Marie !

Puis Montfort regarde la personne de Marie et se met à raisonner. Si le Fils de Dieu a osé se rendre dépendant de Marie à ce point-là, cette jeune femme devait avoir des qualités exceptionnelles. Il n’y a pas de doute, avec soin Dieu a dû préparer un cœur humain noble qui ne Le trahirait jamais. Pour décrire cette œuvre, Montfort parle d’un acte créateur sublime : « Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé la Sagesse éternelle ( = Dieu Créateur) se fit elle-même une maison, une demeure digne d'Elle. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers… » (Amour de la Sagesse Eternelle 105). Avec aisance on peut dire que Marie est une femme hors pair.

Malgré les critiques, Montfort n’hésite pas à choisir des termes provocateurs, il veut faire réfléchir les gens. Ici il fait preuve de prudence : « Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On peut, à la vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire l'esclave de Marie, l'esclavage de la Sainte Vierge; mais je crois qu'il vaut mieux qu'on se dise l'esclave de Jésus en Marie… » (244). La dévotion qu’il propose est une imitation de Jésus Christ qui, sans la moindre retenue, s’est livrée à la bienveillance maternelle de Marie.

L’Ave Maria

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. Avec bien d’autres qui l’ont précédé, pour indiquer le fruit de cette petite prière, il se sert d’un vocabulaire biblique. Le cœur humain est comparé à une terre sèche, incapable de produire un Dieu. Seule une fécondité venant de l’extérieur peut changer cette situation, or c’est ce qui est arrivé à la Vierge Marie. La prière de l’Ave nous introduit dans la sphère du Dieu agissant : « C'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et c'est cette même prière, bien dite, qui fait germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus Christ. L'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps… » (249).

Dans la deuxième partie de l’Ave on fait humblement appel à Marie pour qu’elle nous aide à nous mettre fidèlement au service du Seigneur, tout comme elle.

Quant au rosaire, dans La Vraie Dévotion Montfort ne fait que citer la prière, ailleurs il donne des orientations pour la rendre fructueuse, il a même consacré un petit livre à ce sujet : Le Secret admirable du très saint Rosaire. À son tour Jean-Paul II a actualisé cette prière. Accompagné de Marie, il propose de parcourir vingt étapes de la vie de Jésus, de Le contempler et L’écouter, puis de méditer l’événement dans son cœur.

Par l'amour que je vous porte

Le missionnaire expérimenté : « Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne pas vous contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru… » (254).

Rien d’étonnant qu’à l’occasion de l’Année de la Foi, Rome a suggéré la pratique journalière du rosaire. S’il vous est impossible de méditer les vingt mystères, prenez-en chaque jour quelques-uns. Le rosaire est une bonne école de la foi, une école avec Marie comme maîtresse.

Le Magnificat

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. L’évangéliste termine l’épisode de l’annonce sèchement : « Et l’ange la quitta. » Après le ‘oui’ généreux, Luc ne note aucune réaction de la part de l’ange. Marie était seule. Mais le récit continue: « Elle partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. » Ici deux éléments me frappent, d’abord l’expression ‘en hâte’ qui réfère à des émotions dans son cœur, puis la donnée géographique ‘le haut pays, dans une ville de Juda’. Comme je passe souvent dans la région avec les pèlerins, ces deux éléments m’inspirent.

La cousine de Marie habitait la région de Jérusalem. Il est secondaire de savoir si c’était bien à l’endroit précis indiqué à Ein Karem, pour moi ce qui attire l’attention c’est la distance de Nazareth à cette région en Judée: au moins sept jours de marche et de préférence pas seule, mais jointe à une caravane. A-t-elle parlé avec les autres voyageurs, a-t-elle raconté ce qu’elle venait de vivre à Nazareth ? J’en doute. Qui est-ce qui l’aurait cru?

Quand elle entend la salutation de sa cousine son cœur ‘explose’. Voilà l’explication de son empressement et de ce qui s’est passé dans son esprit tout au long du voyage. Sans cesse des bouts de psaumes et des scènes de la Bible ont retentit dans son cœur, elle les a médité, elle les a relié les uns aux autres. C’est ainsi que le Magnificat est né. Marie loue le Dieu agissant à travers l’histoire et confesse sa foi : avec l’événement vécu à Nazareth s’est réalisé l’accomplissement de la promesse faite à Abraham et à sa descendance pour toujours. Dieu est fidèle, Il accomplit ce qu’Il a promis et – très important – cela grâce à son ‘oui’ généreux. Le Magnificat est une forte confession de foi.

Cette foi de Marie sera donnée à ceux et celles qui se confient à elle. Le Magnificat est le cantique des croyants. « L'âme de la Sainte Vierge se communiquera à vous pour glorifier le Seigneur; son esprit entrera en la place du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez fidèles aux pratiques de cette dévotion… Que l'âme de Marie soit en chacun pour y glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun, pour s'y réjouir en Dieu » (217).

Se connaître soi-même

Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). Tirés du contexte, aujourd’hui comme il y a 300 ans, plusieurs s’indigneraient en lisant ces quelques mots: « Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons données dans la première partie ce cet écrit » (256). Il s’agit du choix fondamental auquel Jésus réfère quand il dit qu’on ne peut servir deux maîtres. Une bonne dose de connaissance de soi-même est une sagesse précieuse, pensons par exemple à la parabole du pharisien et du publicain.

Ainsi notre auteur termine la série des pratiques extérieures ‘qu’il ne faut pas omettre par négligence ou par mépris’, ajoute-t-il. La vraie foi demande de la pratique.
Frans Fabry

Quatrième pratique - VD 243 jusqu'au 247


243. Quatrième pratique. - Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion, parce que cette dévotion a été inspirée du Saint-Esprit: 1. pour honorer et imiter la dépendance ineffable que Dieu le Fils a voulu avoir de Marie, pour la gloire de Dieu son Père et pour notre salut, laquelle dépendance paraît particulièrement dans ce mystère où Jésus-Christ est captif et esclave dans le sein de la divine Marie, et où il dépend d'elle pour toutes choses; 2. pour remercier Dieu des grâces incomparables qu'il a faites à Marie et particulièrement de l'avoir choisie pour sa très digne Mère, lequel choix a été fait dans ce mystère: ce sont là les deux principales fins de l'esclavage de Jésus en Marie.

244. Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. (...) En voici les raisons:

245. 1º Comme nous sommes dans un siècle orgueilleux, où il y a un grand nombre de savants enflés, d'esprits forts et critiques, qui trouvent à redire dans les pratiques de piété les mieux établies et les plus solides, pour ne pas leur donner une occasion de critique sans nécessité, il vaut mieux dire l'esclavage de Jésus-Christ en Marie, et se dire l'esclave de Jésus-Christ que l'esclave de Marie; prenant la dénomination de cette dévotion, plutôt de sa fin dernière, qui est Jésus-Christ, que du chemin et du moyen pour arriver à cette fin, qui est Marie. (...) 

246. 2º Comme le principal mystère qu'on célèbre et qu'on honore en cette dévotion est le mystère de l'Incarnation, où on ne peut voir Jésus-Christ qu'en Marie, et incarné dans son sein, il est plus à propos de dire l'esclavage de Jésus en Marie, de Jésus résidant et règnant en Marie, selon cette belle prière de tant de grands hommes: O Jésus, vivant en Marie, venez et vivez en nous, en votre esprit de sainteté, etc.

247. 3º Cette manière de parler montre davantage l'union intime qu'il ya a entre Jésus et Marie. Ils sont unis si intimement, que l'un est tout dans l'autre: Jésus est tout en Marie, et Marie toute en Jésus; ou plutôt, elle n'est plus, mais Jésus tout seul en elle; et on séparerait plutôt la lumière du Soleil, que Marie de Jésus. En sorte qu'on peut nommer Notre-Seigneur Jésus de Marie, et la Sainte Vierge Marie de Jésus.


Cinquième pratique - VD 249 - 252 - 254

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. 

249. Cinquième pratique. - Ils auront une grande dévotion à dire l'Ave Maria, ou la Salutation angélique, dont peu de chrétiens, quoique éclairés, connaissent le prix, le mérite, l'excellence et la nécessité. Il a fallu que la Sainte Vierge ait apparu plusieurs fois à de grands saints fort éclairés pour leur en montrer le mérite, comme à saint Dominique, à saint Jean de Capistran, au bienheureux Alain de la Roche. (...)  c'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et que c'est cette même prière, bien dite, qui doit faire germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus-Christ; que l'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps. (...)

252. AMES PREDESTINEES, ESCLAVES DE JESUS EN MARIE, apprenez que l'Ave Maria est la plus belles de toutes les prières après le Pater; c'est le plus parfait compliment que vous puissiez faire à Marie, puisque c'est le compliment que le Très-Haut lui envoya faire par un archange pour gagner son coeur; et il fut si puissant sur son coeur, par les charmes secrets dont il est plein, que Marie donna son consentement à l'Incarnation du Verbe, malgré sa profonde humilité. C'est par ce compliment aussi que vous gagnerez infailliblement son coeur, si vous le dites comme il faut.


254. Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne vous pas contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru; et, après avoir semé dans les bénédictions de Jésus et de Marie, vous recueillerez des bénédictions éternelles dans le ciel: Qui seminat in benedictionibus, de benedictionibus et metet. [2 Co 9,6]

Sixième pratique - VD 255

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. 


255. Sixième pratique. - Pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à la Très Sainte Vierge, ils diront souvent le Magnificat, à l'exemple de la bienheureuse Marie d'Oignies et de plusieurs autres saints. C'est la seule prière et le seul ouvrage que la Sainte Vierge ait composé, ou plutôt que Jésus a fait en elle, car il parlait par sa bouche. C'est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu dans la loi de grâce. C'est d'un côté le plus humble et le plus reconnaissant, et de l'autre le plus sublime et le plus relevé de tous les cantiques. (...)

11 novembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (12)

 Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (234 - 242)

L’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur

Dans la première partie de son écrit le père de Montfort a répété de multiples façons que Dieu tient à impliquer l’homme dans son agir (terre nouvelle cieux nouveaux). Comme il l’a fait depuis les débuts, depuis Abraham, Il continue à le faire de la même façon. Parmi les nombreux collaborateurs, la Vierge Marie tient une place particulière, car grâce à son ‘oui’ Dieu a pu donner une tour-nure décisive à son grand projet : son incarnation.

Depuis notre ‘oui’ baptismal, le Seigneur compte sur nous pour prolonger son incarnation, mais cela suppose un changement de notre intérieur. L’eau baptismale ne suffit pas pour transformer l’intérieur de l’homme, il faut que de jour en jour le baptisé s’ouvre à la grâce qui lui est offerte. C’est précisément pour cela que Montfort propose des pratiques concrètes. Nous avons déjà découvert le premier exercice, un temps fort de trente jours qui conduit à la conclusion d’un ‘contact avec Dieu’.  En suivent six qui, comme un jogging spirituel journalier, servent à maintenir la forme pour être chrétien de jour en jour. Voici les deux suivants.

La petite couronne

Ce n’est pas Montfort qui a inventé cette prière relativement brève, la formule existait déjà. « Il y a plusieurs manières de bien dire cette prière et il serait trop long de les rapporter ici », nous dit-il. Ailleurs dans ses écrits, il nous offre quelques versions, mais la structure est chaque fois la même. Puisque cette prière n’est plus tellement pratiquée, j’y consacre une petite explication.

« Cette pratique est fort ancienne et elle a son fondement dans l'Écriture Sainte. Saint Jean vit une femme couronnée de douze étoiles, revêtue du soleil, et tenant la lune sous ses pieds, cette femme, selon les interprètes, est la Très Sainte Vierge » (234). Montfort réfère au chapitre 12 de l’Apocalypse riche en symboles. Dans le contexte du passage cité par Montfort, la femme est revêtue du soleil, un symbole pour référer au divin. Puis, elle est enceinte (de Jésus bien sûr) et tient la lune sous ses pieds : elle ne se laisse pas influencer par les forces sinistres. Les douze étoiles réfèrent au lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, les douze tribus de Jacob : l’ancienne Israël et les douze apôtres : le peuple nouveau.

L’auteur de l’Apocalypse cadre l’événement : « un signe grandiose apparut au ciel », tandis que le titre donné à la prière inspire l’humilité : une petite couronne. Est-ce une erreur, ou y-a-t-il un message ? Quoi qu’il en soit, c’est un avertissement pour ceux qui situeraient Marie dans un autre monde et en feraient presque un Dieu. En effet, en priant attentivement les textes, on découvre la proximité de la Vierge Marie. Marie nous rappelle l’humilité de Dieu qui vient vers l’homme pour l’élever auprès de Lui.

Bien dire cette prière

« Il y a plusieurs manières pour bien dire la petite couronne…,  cependant pour la dire tout simplement, il faut… ». C’est rare que Montfort donne une consigne pour bien prier. Profitons-en, découvrons que cette prière est bien plus qu’une simple louange à la Vierge Marie et qu’elle réfère aux merveilles accomplies en elle en faveur de toute l’humanité. Elle revoie au Dieu à l’œuvre. Dans ce sens la petite couronne est aussi une louange à Dieu qui sauve.

Montfort conseille de commencer par cette invocation : « Daigne écouter mes louanges, ô Vierge très sainte, et donne-moi la force contre tes ennemis. » Qui sont les ennemis de Marie ? La réponse est très simple : c’est tout ce qui peut détourner l’homme de son Dieu. Sou-venez-vous des vérités fondamentales citées dans les numéros 61- 89 où, de multiples façons, l’auteur décrit la tension qui existe entre notre situation humaine concrète et le niveau auquel le Seigneur veut nous élever. Encore ce détail : l’expression ‘Vierge très sainte’ pourrait référer à la femme tenant la lune sous ses pieds, celle qui est tout tournée vers Dieu.
Ici dans la Vraie Dévotion, l’auteur conseille de poursuivre la prière en récitant le crédo, ailleurs, dans la formule que l’on découvre dans les prières matinales pour les Filles de la Sagesse, il commence par une prière adressée au Saint Esprit. Les deux formules invitent le priant à s’orienter vers le Dieu agissant.


Douze étoiles

Après cette ouverture suivent en trois séries de quatre, les douze invocations à Marie avec l’Ave, entrecoupées d’un Pater. Les douze invocations renvoient au douze étoiles de la femme dans l’Apocalypse. Elles font penser au Magnificat de Marie qui ne chante pas sa propre gloire, mais confesse que le Tout-Puissant a fait pour elle des merveilles « comme promis à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ». Cette finale est très significative, Marie indique le fondement de sa foi : Dieu réalise ce qu’il a promis.

En contemplant la Vierge Marie, nous entrevoyons le chemin ouvert par Jésus qu’elle a par-couru, elle la première. Ainsi en priant la petite couronne, nous nous sentons impliqués dans l’agir de Dieu, nous voyons le chemin à parcourir et craignons des embuches qui pourraient gêner notre élan. C’est pourquoi Montfort suggère comme conclusion la vieille prière de l’Eglise : ‘Sub tuum praesidium’ (Sous l’abri de ta miséricorde).

De petites chaînettes

La troisième pratique concrète que Montfort suggère est d’un tout autre genre. Il est très louable, dit-il, de porter de petites chaînettes ‘de fer’. Cette précision attire l’attention, elle nous met sur la piste qu’il va indiquer. Il commence par un avis : « Ces marques extérieures, à la vérité, ne sont pas essentielles, et une personne peut fort bien s'en passer… ». Le fait qu’il consacre plusieurs pages au bien fondé de ce signe extérieur prouve bien la richesse de ce symbole. Le port d’une chaînette ou d’une médaille peut être une prière.

Une chaîne peut rappeler la souffrance des esclaves et leur servitude, mais inversement, nous dit Montfort, elle peut référer à la libération réalisée par le Christ vainqueur et il fait allusion au symbole de la croix : « Quoique autrefois il n'y eût rien de plus infâme que la croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus glorieuse du christianisme. Disons le même des fers de l'esclavage » (237). Une autre approche : les chaînes peuvent être des instruments utiles. Montfort cite le prophète Osée qui met dans la bouche du Seigneur ces paroles : « Je les menais (les Hébreux) avec des attaches humaines, avec des liens d’amour » (11,4).

La symbolique

Montfort développe davantage : « C'est pour faire ressouvenir le chrétien des vœux et engagements de son baptême, de la rénovation parfaite qu'il en a faite par cette dévotion, et de l'étroite obligation où il est de s'y rendre fidèle. Comme l'homme, qui se conduit souvent plus par les sens que par la pure foi, oublie facilement ses obligations envers Dieu… ces petites chaînes servent merveilleusement au chrétien pour le faire ressouvenir des chaînes du péché et de l'esclavage du démon, dont le saint baptême l'a délivré, et de la dépendance de Jésus Christ qu'il lui a vouée dans le saint baptême, et de la ratification qu'il en a faite par rénovation de ses vœux… (238).

Aux yeux de Montfort, l’attitude de service et de dévouement est cruciale pour le chrétien. Dieu fait appel à l’homme et par le ‘oui’ de ce dernier il devient serviteur. Parmi une série de citations bibliques, je retiens celle qui de façon plastique caractérise le chrétien. « Soumettons nos épaules, et portons la Sagesse qui est Jésus Christ, et ne nous ennuyons point de ses chaînes » (240).

Frans Fabry

7 mai 2012

L'excellence de cette 'dévotion'. - VD 135 - 137

Vous pouvez lire encore une fois dans 'La Vraie Dévotion' les numéros 68 au 77.  
Ici vous trouvez les numéros 135 et 137 qui ont référence avec l'article du mois de mai dans Médiatrice et Reine:


135. Premier motif.
Si on ne peut concevoir sur la terre d'emploi plus relevé que le service de Dieu; si le moindre serviteur de Dieu est plus riche, plus puissant et plus noble que tout les rois et les empereurs de la terre, s'ils ne sont pas serviteurs de Dieu, quelles sont les richesses, la puissance et la dignité du fidèle et parfait serviteur de Dieu, qui sera dévoué à son service, entièrement, sans réserve et autant qu'il le peut être! Tel est un fidèle et amoureux esclave de Jésus en Marie, qui s'est donné tout entier au service de ce Roi des rois, par les mains de sa sainte Mère, et qui n'a rien réservé pour soi- même: tout l'or de la terre et les beautés des cieux ne peuvent pas le payer.

137. Comme j'ai déjà dit, il n'y a aucune autre pratique que celle-ci par laquelle on se défasse facilement d'une certaine propriété, qui se glisse imperceptiblement dans les meilleures actions; et notre bon Jésus donne cette grande grâce en récompense de l'action héroïque et désintéressée qu'on a faite, en lui faisant, par les mains de sa sainte Mère, une cession de toute la valeur de ses bonnes oeuvres. S'il donne un centuple, même en ce monde, à ceux qui, pour son amour, quittent les biens extérieurs, temporels et périssables, quel sera le centuple qu'il donnera à celui qui lui sacrifiera même ses biens intérieurs et spirituels!

Et l'amour du prochain? - VD 171


Le missionnaire a dû répondre souvent à des questions de personnes inquiètes qui s’imaginaient qu’en se livrant entièrement à Jésus et à Marie, elles faisaient du tort à leurs proches, ceux pour qui elles priaient et faisaient des sacrifices. C’est pourquoi dans son écrit il fit réfléchir le lecteur en disant qu’il est impensable que Dieu, qui est amour, ferrait du tort, ni à ceux qui s’engagent pleinement à son service, ni à leurs proches !

171. Septième motif. - Ce qui peut encore nous engager à embrasser cette pratique, ce sont les grands biens qu'en recevra notre prochain, car par cette pratique on exerce envers lui la charité d'une manière éminente, puisqu'on lui donne, par les mains de Marie, tout ce qu'on a de plus cher, qui est la valeur satisfactoire et impétratoire de toutes ses bonnes oeuvres, sans excepter la moindre bonne pensée et la moindre petite souffrance; on consent que tout ce qu'on a acquis, et ce qu'on acquerra, jusqu'à la mort, de satisfactions soit, selon la volonté de la Sainte Vierge, employé ou à la conversion des pécheurs ou à la délivrance des âmes du purgatoire.
N'est-ce pas là aimer son prochain parfaitement? N'est-ce pas là être le véritable disciple de Jésus-Christ, qu'on reconnait par la charité? N'est-ce pas là le moyen de convertir les pécheurs, sans crainte de la vanité, et de délivrer les âmes du purgatoire, sans presque faire rien autre que ce que chacun est obligé de faire dans son état?

2 mars 2012

Un alinéa étonnant - VD 114


Nous lisons le numéro 114:

114. “Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou du moins pour l'envelopper dans les ténèbres et le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n'importe! mais tant mieux! Cette vue m'encourage et me fait espérer un grand succès, c'est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais". 

Et il termine par deux citation bibliques qui appellent à la réflexion : “Que celui qui lit, comprenne” ; “Que celui qui peut comprendre comprenne.”

Deux observations


Deux observations

La disparition de son écrit dans un coffre, les dents diaboliques qui le déchireraient, la furie qui attaqueraient des hommes et des femmes, les temps périlleux qui arriveraient font penser à la révolution française et l’anticléricalisme qui ont frappé lourdement les Montfortains et les Filles de la Sagesse. Par mesure de sécurité ils avaient enterré tout ce qui était précieux pour le reprendre après la calamité, entre autres le manuscrit abîmé, découvert en 1842 seulement et dont les premières et dernières pages étaient arrachées. Comment est-t-il possible que l’auteur, en plein milieu de son écrit, en mentionne le sort ?

Il y a une deuxième remarque étonnante. Quant à la mission du chrétien, il met explicitement les hommes et les femmes sur le même pied : “…un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe”. Montfort rédige le texte au début du 18e siècle et déjà, à ce moment de l’histoire, il indique le fondement théologique solide de la mission apostolique du laïc.  D’ailleurs, surtout à partir du début du 20e siècle, le livre ‘La Vraie Dévotion’ a mis en route des mouvements apostoliques qui ne font pas de distinction entre hommes et femmes. Le plus connu et universellement répandu est la Légion de Marie, mais il y en a d’autres, même des instituts religieux, masculins et féminins. Lors de ses nombreux voyages apostoliques, avec conviction, Jean-Paul II a témoigné du ‘Totus Tuus’ de Montfort, résumant son message.

28 janvier 2012

Des portraits pointus - VD 92 - 104

Nous lisons avec vous les numéros 92 - 104:



92. Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses dévotions à la Sainte Vierge, savoir: 1º les dévots critiques; 2º les dévots scrupuleux; 3º les dévots extérieurs; 4º les dévots présomptueux; 5º les dévots insconstants; les dévots hypocrites; 7º les dévots intéressés.

93. Les dévots critiques sont, pour l'ordinaire, des savants orgueilleux, des esprits forts et suffisants, qui ont au fond quelque dévotion à la Sainte Vierge, mais qui critiquent presque toutes les pratiques de dévotion à la Sainte Vierge que les gens simples rendent simplement et saintement à cette bonne Mère, parce qu'elles ne reviennent pas à leur fantaisie. Ils révoquent en doute tous les miracles et histoires rapportés par des auteurs dignes de foi, ou tirés des chroniques des ordres religieux, qui font foi des miséricordes et de la puissance de la Très Sainte Vierge. Ils ne sauraient voir qu'avec peine des gens simples et humbles à genoux devant un autel ou image de la Sainte Vierge, quelquefois dans le coin d'une rue pour y prier Dieu; et ils les accusent d'idolâtrie, comme s'ils adoraient le bois ou la pierre; ils disent que, pour eux, ils n'aiment point ces dévotions extérieures et qu'ils n'ont pas l'esprit si faible que d'ajouter foi à tant de contes et historiettes qu'on débite de la Sainte Vierge. Quand on leur rapporte les louanges admirables que les saints Pères donnent à la Sainte Vierge, ou ils répondent qu'ils ont parlé en orateurs, par exagération, ou ils donnent une mauvaise explication à leurs paroles.
Ces sortes de faux dévots et de gens orgueilleux et mondains sont beaucoup à craindre et ils font un tort infini à la dévotion à la Très Sainte Vierge, et en éloignent les peuples d'une manière efficace, sous prétexte d'en détruire les abus.

94. Les devôts scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le Fils en honorant la Mère, d'abaisser l'un en élevant l'autre. Ils ne sauraient souffrir qu'on donne à la Sainte Vierge des louanges très justes, que lui ont données les saints Pères; ils ne souffrent qu'avec peine qu'il y ait plus de monde à genoux devant un autel de la Sainte Vierge que devant le Saint-Sacrement, come si l'un était contraire à l'autre; comme si ceux qui prient la Sainte Vierge ne priaient pas Jésus-Christ! Ils ne veulent pas qu'on parle si souvent de la Sainte Vierge et qu'on s'adresse si souvent à elle.
Voici quelques sentences qui leur sont ordinaires: A quoi bon tant de chapelets, tant de confréries et de dévotions extérieures à la Sainte Vierge. Il y a en cela bien de l'ignorance. C'est faire une mômerie de notre religion. Parlez-moi de ceux qui sont dévots à Jésus-Christ (ils le nomment souvent sans se découvrir, je le dis par parenthèse): il faut recourir à Jésus-Christ, il est notre unique médiateur; il faut prêcher Jésus-Christ, voilà le solide!
Ce qu'ils disent est vrai dans un sens; mais par rapport à l'application qu'ils en font, pour empêcher la dévotion à la Très Sainte Vierge, il est très dangereux, et un fin piège du malin, sous prétexte d'un plus grand bien; car jamais on n'honore plus Jésus-Christ que lorsqu'on honore plus la Très Sainte Vierge, puisqu'on ne l'honore qu'afin d'honorer plus parfaitement Jésus-Christ, puisqu'on ne va à elle que comme à la voie pour trouver le terme où on va, qui est Jésus.

95. La Sainte Eglise, avec le Saint-Esprit, bénit la Sainte Vierge la première, et Jésus-Christ le second: Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus. Non pas parce que la Sainte Vierge soit plus que Jésus-Christ ou égale à lui: ce serait une hérésie intolérable; mais c'est que pour bénir plus parfaitement Jésus-Christ, il faut auparavant bénir Marie. Disons donc avec tous les vrais dévots de la Sainte Vierge, contre ses faux dévots scrupuleux: O Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de votre ventre, Jésus.

96. Les dévots extérieurs sont des personnes qui font consister toute la dévotion à la Très Sainte Vierge en des pratiques extérieures; qui ne goûtent que l'extérieur de la dévotion à la Très Sainte Vierge, parce qu'ils n'ont point d'esprit intérieur; qui diront force chapelet à la hâte, entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion, se mettront de toutes ses confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs passions et sans imitation des vertus de cette Vierge très sainte. Ils n'aiment que le sensible de la dévotion, sans en goûter le solide; s'ils n'ont pas de sensibilités dans leurs pratiques, ils croient qu'ils ne font plus rien, ils se détractent, ils quittent tout cela, ou il font tout à baton rompu. Le monde est plein de ces sortes de dévots extérieurs, et il n'y a pas de gens plus critiques des personnes d'oraison qui s'appliquent à l'intérieur comme à l'essentiel, sans mépriser l'extérieur de modestie qui accompagne toujours la vraie dévotion.

97. Les dévots présomptueux sont des pécheurs abandonnés à leurs passions, ou des amateurs du monde, qui, sous le beau nom de chrétien et de dévot à la Sainte Vierge, cachent ou l'orgueil, ou l'avarice, ou l'impureté, ou l'ivrognerie, ou la colère, ou le jurement, ou la médisance, ou l'injustice, etc.; qui dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger, sous prétexte qu'ils sont dévots à la Vierge; qui se promettent que Dieu leur pardonnera, qu'ils ne mourront pas sans confession, et quils ne seront pas damnés, parce qu'ils disent leur chapelet, parce qu'ils jeûnent le samedi, parce qu'ils sont de la confrérie du Saint Rosaire ou Scapulaire, ou de ses congrégations, parce qu'ils portent le petit habit ou la petite chaîne de la Sainte Vierge, etc.
Quand on leur dit que leur dévotion n'est qu'une illusion du diable et qu'une présomption pernicieuse capable de les perdre, ils ne le veulent pas croire; ils disent que Dieu est bon et miséricordieux; qu'il ne nous a pas faits pour nous damner; qu'il n'y a homme qui ne pèche; qu'ils ne mourront pas sans confession; qu'un bon peccavi à la mort suffit; de plus qu'ils sont dévots à la Sainte Vierge; qu'ils portent le scapulaire; qu'ils disent tous les jours sans reproche et sans vanité sept Pater et sept Ave en son honneur; qu 'ils disent même quelquefois le chapelet et l'office de la Sainte Vierge; qu'ils jeûnent, etc. Pour confirmer ce qu'ils disent et s'aveugler davantage, ils apportent quelques histoires qu'ils ont entendues ou lues en des livres, vraies ou fausses, n'importe pas, qui font foi que des personnes mortes en péché mortel, sans confession, parce qu'elles avaient, pendant leur vie, dit quelques prières ou fait quelques pratiques de dévotion à la Sainte Vierge, ou ont été ressucitées pour se confesser, ou leur âme a demeuré miraculeusement dans leur corps jusqu'à la confession, ou par la miséricorde de la Sainte Vierge, ont obtenu de Dieu, à leur mort, la contrition et le pardon de leur péchés, et par là ont été sauvés, et qu'ils espèrent la même chose.

98. Rien n'est si damnable, dans le christianisme, que cette présomption diabolique; car peut-on dire avec vérité qu'on aime et qu'on honore la Sainte Vierge, lorsque, par ses péchés, on pique, on perce, on crucifie et on outrage impitoyablement Jésus-Christ son Fils? Si Marie se faisait une loi de sauver par sa miséricorde ces sortes de gens, elle autoriserait le crime, elle aiderait à crucifier et outrager son Fils; qui l'oserait jamais penser?

99. Je dis qu'abuser ainsi de la dévotion à la Très Sainte Vierge, qui, après la dévotion à Notre-Seigneur au Très Saint- Sacrement, est la plus sainte et la plus solide, c'est commettre un horrible sacrilège, qui, après le sacrilège de l'indigne communion, est le plus grand et le moins pardonnable.
J'avoue que, pour être vraiment dévot à la Sainte Vierge, il n'est pas absolument nécessaire d'être si saint qu'on évite tout péché, quoiqu'il fût à souhaiter; mais il faut du moins (qu'on remarque bien ce que je vais dire):
Premièrement être dans une sincère résolution d'éviter au moins tout péché mortel, qui outrage la Mère aussi bien que le Fils;
Secondement se faire violence pour éviter le péché; Troisièmement, se mettre des confréries, réciter le
chapelet, le saint rosaire ou autres prières, jeûner le samedi, etc.

100. Cela est merveilleusement utile à la conversion d'un pécheur, même endurci; et si mon lecteur est tel, et quand il aurait un pied dans l'abîme, je le lui conseille, mais à condition qu'il ne pratiquera ces bonnes oeuvres que dans l'intention d'obtenir de Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés, et de vaincre ses mauvaises habitudes, et non pas pour demeurer paisiblement dans l'état du péché, contre les remords de sa conscience, l'exemple de Jésus-Christ et des saints, et les maximes du saint Evangile.

101. Les dévots inconstants sont ceux qui sont dévots à la Sainte Vierge par intervalles et par boutades: tantôt ils sont fervents et tantôt ils sont tièdes, tantôt ils paraissent prêts de tout faire pour son service, et puis, peu après, ils ne sont plus les mêmes. Ils embrasseront d'abord toutes les dévotions de la Sainte Vierge; il se mettront de ses confréries, et puis il n'en pratiquent point les règles avec fidélité; ils changent comme la lune, et Marie les met sous ses pieds, avec le croissant, parce qu'ils sont changeants et indignes d'être comptés parmi les serviteurs de cette Vierge fidèle, qui ont la fidélité et la constance pour partage. Il vaut mieux ne pas se charger de tant de prières et pratiques de dévotion, et en faire peu avec amour et fidélité, malgré le monde, le diable et la chair.

102. Il y a encore de faux dévots à la Sainte Vierge, qui sont des dévots hypocrites, qui couvrent leurs péchés et leurs mauvaises habitudes sous le manteau de cette Vierge fidèle, afin de passer aux yeux des hommes pour ce qu'ils ne sont pas.

103. Il y a encore des dévots intéressés, qui ne recourent à la Sainte Vierge que pour gagner quelque procès, pour éviter quelque péril, pour guérir d'une maladie, ou pour quelque autre besoin de la sorte, sans quoi ils l'oublieraient; et les uns et les autres sont de faux dévots, qui ne sont point de mise devant Dieu ni sa sainte Mère.

104. Prenons donc bien garde d'être du nombre des dévots critiques, qui ne croient rien et critiquent tout; des dévots scrupuleux, qui craignent d'être trop dévots à la Sainte Vierge, par respect à Jésus-Christ; des dévots extérieurs, qui font consister toute leur dévotion en des pratiques extérieures; des dévots présomptueux, qui, sous prétexte de leur fausse dévotion à la Sainte Vierge, croupissent dans leurs péchés; des dévots inconstants, qui, par légèreté, changent leurs pratiques de dévotion, ou les quittent tout à fait à la moindre tentation; des dévots hypocrites, qui se mettent des confréries et portent les livrées de la Sainte Vierge afin de passer pour bons; et enfin des dévots intéressés, qui n'ont recours à la Sainte Vierge que pour être délivrés des maux du corps ou obtenir des biens temporels.

30 novembre 2011

L'ignorance - VD 63 - 67

L'ignorance a tellement impressionné Montfort, qu'il perd de vue ses lecteurs et que - dans un émouvante prière à Jésus - il se plaint du fait que beaucoup de responsables de la catéchèse ignorent le 'lien nécessaire' qui existe entre Jésus et Marie. Il laisse parler son coeur et dit des choses qu'il aurait probablement formulées autrement en public, de manière moins vexante pour certains théologiens, mais elles sont écrites et n'emporte qui peut les lire. Sa plainte couvre plusieurs pages. 

Ci-dessous vous pouvez lire ces numéros 63 - 67 dans 'La Vraie Dévotion':


63. Je me tourne ici un moment vers vous, ô mon aimable Jésus, pour me plaidre amoureusement à votre divine Majesté de ce que la plupart des chrétiens, même des plus savants, ne savent pas la liaison nécessaire, qui est entre vous et votre sainte Mère. Vous êtes, Seigneur, toujours avec Marie, et Marie est toujours avec vous et ne peut être sans vous: autrement elle cesserait d'être de qu'elle est; elle est tellement transformée en vous par la grâce qu'elle ne vit plus, qu'elle n'est plus; c'est vous seul, mon Jésus, qui vivez et régnez en elle, plus parfaitement qu'en tous les anges et les bienheureux. Ah! si on connaissait la gloire et l'amour que vous recevez en cette admirable créature, on aurait de vous et d'elle bien d'autres sentiments qu'on n'a pas. Elle [vous] est si intimement liée, qu'on séparerait plutôt la lumière du soleil, la chaleur du feu; je dis plus, on séparerait plutôt tous les anges et les saints de vous, que la divine Marie: parce qu'elle vous aime plus ardemment et vous glorifie plus parfaitement que toutes vos autres créatures ensemble.

64. Après cela, mon aimable Maître, n'est-ce pas une chose étonnante et pitoyable de voir l'ignorance et les ténèbres de tous les hommes d'ici-bas à l'égard de votre sainte Mère? Je ne parle pas tant des idolâtres et païens, qui, ne vous connaissant pas, n'ont garde de la connaître; je ne parle même pas des hérétiques et des schismatiques, qui n'ont garde d'être dévôts à votre sainte Mère, s'étant séparés de vous et votre sainte Eglise; mais je parle des chrétiens catholiques, et même des docteurs parmi les catholiques, qui faisant profession d'enseigner aux autres les vérités, ne vous connaissent pas, ni votre sainte Mère, si ce n'est d'une manière spéculative, sèche, stérile et indifférente. Ces messieurs ne parlent que rarement de votre sainte Mère et de la dévotion qu'on lui doit avoir parce qu'ils craignent, disent-ils, qu'on en abuse, qu'on ne vous fasse injure en honorant trop votre sainte Mère. S'ils voient ou entendent quelque dévôt à la Sainte Vierge parler souvent de la dévotion à cette bonne Mère, d'une manière tendre, forte et persuasive, comme d'un moyen assuré sans illusion, d'un chemin court sans danger, d'une voie immaculée sans imperfections, et d'un secret merveilleux pour vous trouver et vous aimer parfaitement, ils se récrient contre lui, et lui donnent mille fausses raisons pour lui prouver qu'il ne faut pas tant parler de la Sainte Vierge, qu'il y a beaucoup d'abus en cette dévotion, et qu'il faut s'appliquer à les détruire, et à parler de vous plutôt qu'à porter les peuples à la dévotion à la Sainte Vierge qu'ils aiment déjà assez.
On les entend parfois parler de la dévotion à votre sainte Mère, non pas pour l'établir et la persuader, mais pour en détruire les abus qu'on en fait, tandis que ces messieurs sont sans piété et sans dévotion tendre pour vous, parce qu'ils n'en ont pas pour Marie, regardant le Rosaire, le Scapulaire, le Chapelet, comme des dévotions de femmelettes, propres aux ignorants, sans lesquels on peut se sauver; et s'il tombe en leurs mains quelque dévôt à la Sainte Vierge, qui récite son chapelet ou ait quelque autre pratique de dévotion envers elle, ils lui changeront bientôt l'esprit et le coeur: au lieu du chapelet, ils lui conseilleront de dire les sept psaumes; au lieu de la dévotion à la Sainte Vierge, ils lui conseilleront la dévotion à Jésus-Christ.
O mon aimable Jésus, ces gens ont-il votre esprit? Vous font-ils plaisir d'en agir de même? Est-ce vous plaire que de ne pas faire tous ses efforts pour plaire à votre Mère, de peur de vous déplaire? La dévotion à votre sainte Mère empêche-t-elle la vôtre? Est-ce qu'elle s'attribue l'honneur qu'on lui rend? Est-ce qu'elle fait bande à part? Est-elle une étrangère qui n'a aucune liaison avec vous? Est-ce se séparer ou s'éloigner de votre amour que de se donner à elle et de l'aimer?

65. Cependant, mon aimable Maître, la plupart des savants, pour punition de leur orgueil, n'éloigneraient pas plus de la dévotion à votre sainte Mère, et n'en donneraient pas plus d'indifférence, que si tout ce que je viens de dire était vrai. Gardez-moi, Seigneur, gardez-moi de leurs sentiments et leurs pratiques et me donnez quelque part aux sentiments de reconnaissance, d'estime, de respect et d'amour que vous avez à l'égard de votre sainte Mère, afin que je vous aime et glorifie d'autant plus que je vous imiterai et suivrai de plus près.

66. Comme si jusqu'ici je n'avais encore rien dit en l'honneur de votre sainte Mère, faites-moi la grâce de la louer dignement: Fac me digne tuam Matrem collaudare, malgré tous mes ennemis, qui sont les vôtres, et que je leur dise hautement avec les saints: Non praesumat aliquis Deum se habere propitium qui benedictam Matrem offensam habuerit: Que celui-là ne présume pas recevoir la miséricorde de Dieu, qui offense sa sainte Mère.

67. Pour obtenir de votre miséricorde une véritable dévotion à votre sainte Mère, et pour l'inspirer à toute la terre, faites que je vous aime ardemment, et recevez pour cela la prière embrasée que je vous fais avec saint Augustin et vos véritables amis (tom. 9, operum meditat.):
"Tu es Christus, pater meus sanctus, Deux meus pius, rex meus magnus, pastor meus bonus, magister meus unus, adjutor meus optimus, dilectus meus pulcherrimus, panis meus vivus, sacerdos meus in aeternum, dux meus ad patriam, lux mea vera, dulcedo mea sancta, via mea recta, sapientia mea praeclara, simplicitas mea pura, concordia mea pacifica, custodia mea tota, portio mea bona, salus mea sempiterna...
"Christe Jesu, amabilis Domine, cur amavi, quare concupivi in omni vita mea quidquam praeter te Jesum Deum meum? Ubi eram quando tecum mente non eram? Jam ex hoc nunc, omnia desideria mea, incalescite et effluite in Dominum Jesum; currite, satis hactenus tardastis; properate quo pergitis; quaerite quem quaeritis. Jesu, qui non amat te anathema sit; qui te non amat amaritudine repleatur... O dulcis Jesu, te amet, in te delectetur, te admiretur omnis sensus bonus tuae conveniens laudi. Deux cordis mei et pars mea, Christe Jesu, deficiat cor meum spiritu suo, et vivas tu in me, et concalescat in spiritu meo vivus carbo amoris tui, et excrescat in ignem perfectum; ardeat jugiter in ara cordis mei, ferveat in medullis meis, flagret in absconditis animae meae; in die consummationis meae consummatus inveniar apud te. Amen."
J'ai voulu mettre en latin cette admirable oraison de saint Augustin, afin que les personnes qui entendent le latin la disent tous les jours pour demander l'amour de Jésus que nous cherchons par la divine Marie.