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7 mai 2012

Cette dévotion est un chemin assuré.


Cette dévotion à la Très Sainte Vierge est un chemin assuré. Pour argumenter cet énoncé, il réfère à l’histoire chrétienne et cite des témoignages de théologiens et personnes d’autorité qui sont parvenus à la sainteté. Sa conclusion : « Quiconque donc, sans crainte d'illusion, veut avancer dans la voie de la perfection et trouver sûrement et parfaitement Jésus Christ, qu'il embrasse avec grand cœur cette dévotion à la Très Sainte Vierge, qu'il n'avait peut-être pas encore connue »  (168).

159. 4º Cette dévotion à la Très Sainte Vierge est un chemin assuré pour aller à Jésus-Christ et acquérir la perfection en nous unissant à lui:
1º Parce que cette pratique que j'enseigne n'est pas nouvelle; elle est si ancienne qu'on ne peut, comme dit Mr. Boudon, mort depuis peu en odeur de sainteté, dans un livre qu'il a fait de cette dévotion, en marquer précisément les commencements; il est cependant certain que, depuis plus de sept cents ans, on en trouve des marques dans l'Eglise.

163. On peut lire dans le livre de Mr. Boudon les différents papes qui ont approuvé cette dévotion, les théologiens qui l'ont examinée, et les persécutions qu'elle a eues et vaincues, et les milliers de personnes qui l'ont embrassée, sans que jamais aucun pape l'ait condamnée; et on ne le pourrait pas faire sans renverser les fondements du christianisme.

164. 2º Cette dévotion est un moyen assuré pour aller à Jésus- Christ, parce que le propre de la Sainte Vierge est de nous conduire sûrement à Jésus-Christ, comme le propre de Jésus- Christ est de nous conduire sûrement au Père éternel. Et que les spirituels ne croient pas faussement que Marie leur soit un empêchement pour arriver à l'union divine. Car, serait-il possible que celle qui a trouvé grâce devant Dieu pour tout le monde en général et pour chacun en particulier, fût un empêchement à une âme pour trouver la grande grâce de l'union avec lui? Serait-il possible que celle qui a été toute pleine et surabondante de grâces, si unie et transformée en Dieu, qu'il a fallu qu'il se soit incarné en elle, empêchât qu'une âme ne fût parfaitement unie à Dieu?
Il est bien vrai que la vue des autres créatures, quoique saintes, pourrait peut-être, en de certains temps, retarder l'union divine; mais non pas Marie comme j'ai dit et dirai toujours sans me lasser. Une raison pourquoi si peu d'âmes arrivent à la plenitude de l'âge de Jésus-Christ, c'est que Marie, qui est, autant que jamais, la Mère de Jésus-Christ et l'Epouse féconde du Saint-Esprit, n'est pas assez formée dans leurs coeurs. Qui veut avoir le fruit bien mûr et bien formé doit avoir l'arbre qui le produit; qui veut avoir le fruit de vie, Jésus-Christ, doit avoir l'arbre de vie, qui est Marie. Qui veut avoir en soi l'opération du Saint-Esprit, doit avoir son Epouse fidèle et indissoluble, la divine Marie, qui le rend fertile et fécond, comme nous avons dit ailleurs.

165. Soyez donc persuadé que plus vous regarderez Marie en vos oraisons, contemplations, actions et souffrances, sinon d'une vue distincte et aperçue, du moins d'une vue générale et imperceptible, et plus parfaitement vous trouverez Jésus- Christ.  

168. Quiconque donc, sans crainte d'illusion, qui est ordinaire aux personnes d'oraison, veut avancer dans la voie de la perfection et trouver sûrement et parfaitement Jésus- Christ, qu'il embrasse avec grand coeur, corde magno et animo volenti, cette dévotion à la Très Sainte Vierge, qu'il n'avait peut-être pas encore connue. Qu'il entre dans le chemin excellent qui lui était inconnu et que je lui montre: Excellentiorem viam vobis demonstro.
C'est un chemin frayé par Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, notre unique chef, le membre en y passant ne peut se tromper. C'est un chemin aisé, à cause de la plénitude de la grâce et de l'onction du Saint-Esprit qui le remplit; on ne se lasse point ni on ne recule point en y marchant. C'est un chemin court, qui, en peu de temps, nous mène à Jésus-Christ. C'est un chemin parfait, où il n'y a aucune boue, aucune poussière, ni la moindre ordure du péché. C'est enfin un chemin assuré, qui nous conduit à Jésus-Christ et à la vie éternelle d'une manière droite et assurée, sans détourner à droite, ni à gauche.
Entrons donc dans ce chemin, et marchons-y jour et nuit, jusqu'à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ.

1 novembre 2011

Catéchèse à l'école de Marie (3)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion'  de Montfort (49 - 59)

Supposez que vous aimez quelqu’un et que vous lui offrez quelque chose de beau, mais que votre cadeau ne soit pas accepté, qu’en advient-il de votre don? Aux yeux du donateur, un triste souvenir, auprès de celui à qui il était destiné, le geste disparaît dans la poubelle de sa mémoire. Ce n’est vraiment que lorsqu’un cadeau est accepté qu’il obtient sa pleine valeur: quelque chose se passe alors entre le donateur et  le bénéficiaire, un lien s’établit ou se renforce.

Traverser le fossé

Il s’agit là d’un langage imagé mais il peut aider les gens à comprendre la manière d’agir de Dieu envers les hommes: il s’agit d’une proposition, bien plus, d’une alliance. Mais ce qui est spécial ici, c’est que les deux parties sont totalement différentes. Entre elles, il y a un fossé infranchissable: le premier est invisible et n’a ni pieds ni mains, l’autre est fait de chair et de sang. Comment peuvent-ils se donner la main, conclure une alliance et la réaliser? Seul un homme-Dieu serait en mesure de le faire. Et c’est ce qui est arrivé avec Jésus-Christ.  L’auteur de la lettre aux Hébreux met dans sa bouche cette prière pleine de signification: “Tu n’as voulu ni offrande ni sacrifice mais tu m’as façonné un corps. Tu ne demandais ni holocaustes ni victimes alors j’ai dit: 'Voici, je viens…' (Heb 10, 5-7). Ce même Jésus a ouvert, en franchissant le fossé, un chemin vers le Père. Une nouvelle et éternelle alliance est établie et sa mise en œuvre peut se poursuivre.

Venir sans cesse vers les hommes

Il est faux de penser qu’avec la mort et la résurrection de Jésus, l’œuvre est terminée, même si alors une orientation définitive lui est donnée. Le chemin vers un ciel nouveau et une terre nouvelle est alors ouvert, mais le chemin doit encore être parcouru. En vérité, pour le faire, personne ne peut compter sur ses propres forces. Montfort le répètera plus d’une fois, Jésus-Christ est et restera toujours le sauveur. Comment? De la même manière que la première fois, répond Montfort, à savoir en venant sans cesse vers les hommes. Réfléchissons avec lui.

“C’est par Marie que le salut du monde a commencé et c’est par Marie qu’il doit être consommé ” (VD 49), dit notre auteur. Peut-elle, du haut du ciel, contribuer ici sur terre à l’achèvement de l’œuvre commencée par Jésus? Souvenez-vous des paroles que Montfort a choisies pour expliquer la mission qu’elle a reçue de Dieu. “Demeure près des hommes, mes élus, mes amis.” Comme une bonne mère, tu dois prendre soin d’eux. Comme tu étais présente au Cénacle parmi les disciples en prière, jette, encore aujourd’hui, les racines de tes vertus dans les ‘amis de Dieu’. Ainsi, de nos jours, le fossé pourra être franchi et Jésus pourra encore et toujours s’incarner chez les hommes.

Inimitié et ‘bonne nouvelle’

“Comment voulez-vous que je me taise? ”, s’exclame Montfort ayant acquis une bonne compréhension de ce mystère. Depuis lors, il est devenu un missionnaire infatigable. Beaucoup sont ignorants, ne sont pas conscients de l’alliance que Dieu a conclue avec eux et n’accueillent pas l’offre que Dieu leur fait, c’est pourquoi Dieu ne peut pas agir efficacement dans le monde, conclut-il. Il faut donner à  Dieu toute la place, en commençant par soi-même.

Le mal n’est pas moins attirant que le bien, écrivit un jour saint Bède. En effet, si on s’y arrête, on constate qu’il existe souvent un combat entre le bien et le mal. Déjà le premier livre de la bible en parle. Montfort renvoie à ce passage de Genèse 3,15 où, après la chute, le Seigneur s’adresse au séducteur, le serpent: “Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon” (VD 51). Montfort note que la phrase fait allusion à une hostilité permanente, car il s’agit d’un combat entre le lignage de la femme et celui du tentateur, une inimitié irréconciliable, qui durera, voire augmentera jusqu’à la fin du monde.

Une grande inimitié est donc annoncée et en même temps, une victoire. C’est caractéristique dans la bible: une ‘bonne nouvelle’ est promise, une prophétie qui trouvera son accomplissement en Jésus Christ, le Sauveur. La discorde entre le serpent et la femme annoncée dans le premier livre de la bible, se trouve à nouveau dans le dernier livre, l’Apocalypse. Jean y décrit la lutte radicale entre la Femme et le Dragon. J’écris le mot Femme avec une majuscule, désignant aussi bien Marie que l’Église, le Dragon étant le Démon, l’adversaire. Entre la Genèse et l’Apocalypse se situe l’axe autour duquel tourne l’histoire de la chute et du rachat de l’homme par le Christ.

Le temps où nous vivons

Montfort se sert d’un style apocalyptique, caractérisé par un langage fort imagé et riche en symboles. Il décrit la lutte violente entre les amis du démon et les ‘amis de Dieu’. Marie entre en scène: “L’humble Marie aura toujours la victoire sur cet orgueilleux, et si grande qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil ; elle découvrira toujours sa malice de serpent ; elle éventera ses mines infernales, elle dissipera ses conseils diaboliques et garantira  jusqu’à la fin des temps ses fidèles serviteurs de sa patte cruelle...” (VD 54).

Le livre de l’Apocalypse est souvent compris comme l’annonce d’une catastrophe fatale, la fin du monde. C’est tout à fait faux. Jean donne aux croyants un encouragement très fort. C‘est un écrit de circonstance à un moment où les chrétiens, sous l’empereur Domitien, eurent à subir les pires persécutions et Jean affirme avec force: ce n’est pas la fin. Le Christ  nous aidera à traverser cette période difficile, il y aura sûrement des victimes, mais finalement le Christ vaincra.
Remarquez la double dimension du temps: aujourd’hui la période difficile et la lointaine perspective de la victoire finale. Dans l’extrait de la Vraie Dévotion que nous lisons ici, nous trouvons également cette double dimension. L’expression ‘les derniers temps’ se réfère simultanément à la période commencée avec la mort et la résurrection du Christ et à celle de l’instauration finale d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, donc aussi bien le temps où nous vivons actuellement et celui qui doit encore arriver.

Dans ce temps-ci, Marie et sa descendance (les ‘amis de Dieu’) ont une tâche spécifique: “Dieu veut que sa sainte Mère soit à présent plus connue, plus aimée, plus honorée que jamais elle n’a été: ce qui arrivera sans doute si les prédestinés (‘les amis de Dieu’) entrent, avec la grâce et la lumière du Saint-Esprit, dans la pratique intérieure et parfaite que je leur découvrirai par la suite… Ils éprouveront ses douceurs et ses bontés maternelles… ils connaîtront les miséricordes dont elle est pleine … Ils sauront qu’elle est le moyen le plus assuré, le plus aisé, le plus court et le plus parfait pour aller à Jésus-Christ et ils se livreront à elle.” (VD 55).

Collés intimement à Dieu

Toujours dans un langage apocalyptique, Montfort décrit à quoi ressembleront ceux qui se donnent entièrement à Marie: ils seront des hommes nouveaux. Ils seront transformés tout comme les apôtres craintifs au Cénacle qui, d’hommes angoissés sont devenus de courageux annonciateurs. Notez les comparaisons fortes et parfois provocantes puisées dans la bible.

“Ils seront un feu brûlant : comme serviteurs du Seigneur, ils allumeront partout le feu de l’amour divin ; ils seront des flèches acérées dans la main puissante de Marie pour percer ses ennemis. Ils seront des fils  de Lévi, bien purifiés par le feu de grandes tribulations et ‘intimement collés’ à Dieu, qui porteront l’or de l’amour dans le cœur, l’encens de l’oraison dans l’esprit et la myrrhe de la mortification dans le corps… Ils seront partout la ‘bonne odeur’ de Jésus Christ pour les pauvres et les petits… des nuées tonnantes et volantes par les airs au moindre souffle du Saint-Esprit… Ils seront de véritables apôtres des derniers temps… en un mot, de vrais disciples de Jésus Christ...” (VD 56-59).

Juste pour des génies?

En raison de sa manière de parler, on pourrait croire que Montfort n’a plus les pieds sur terre. En fait, comme missionnaire itinérant, il s’adresse au peuple tel qu’il est, aux intellectuels aussi bien qu’aux petites gens dont il a réussi à s’attirer la confiance. Il a montré un chemin que lui-même a parcouru et les gens l’ont remarqué. À ses yeux, c’est une erreur de se contenter d’une vie médiocre et d’une religiosité superficielle.

En lien avec la sainteté, je cite ici Jean-Paul II qui, après les célébrations du Grand Jubilé, exprime son regard sur l’avenir: “Demander à un catéchumène : ‘Veux-tu recevoir le baptême ?’ signifie lui demander en même temps : ‘Veux-tu devenir saint ?’ Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du discours sur la Montagne… Comme le Concile lui-même l’a expliqué, il ne faut pas se méprendre sur cet idéal de perfection, comme s’il supposait une sorte de vie extraordinaire que seuls quelques ‘génies’ de la sainteté pourraient pratiquer. Les voies de la sainteté sont multiples et adaptées à la vocation de chacun. Je remercie le Seigneur qui m’a permis de béatifier et canoniser ces dernières années de nombreux chrétiens et parmi eux beaucoup de laïcs qui se sont sanctifiés dans les conditions les plus ordinaires de la vie. Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire…” (NMI 31). 

Pour cette vie quotidienne ordinaire, Montfort indique un chemin qui conduit à la sainteté, pas une sainteté qui nous fait garder la tête inclinée et les mains jointes; au contraire, il s’agit d’une manière de vivre en union avec Marie qui nous conduit à l’âge adulte, le cœur et les mains levés vers Dieu et vers les hommes. Il dira que c’est un chemin facile, court, parfait et assuré. Avant de l’expliquer, il nous montrera cinq piliers, des fondations sur lesquelles ce chemin s’appuie. Nous en parlerons la prochaine fois.

Frans Fabry

18 octobre 2011

Catéchèse à l'école de Marie (2)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort  (14 - 46)

Dieu à l’œuvre
Dans l’introduction de cette série, nous avons établi comment Montfort commence par attirer l’attention sur la façon étonnante avec laquelle Dieu est venu vers les hommes, à savoir par Marie. Que pouvons-nous en apprendre? Qu’a-t-elle à faire avec nous?

"Sortie des mains du Très-Haut"
Montfort affirme que Marie est cent pour cent une créature, totalement humaine comme vous et moi. Il emploie pour cela une expression qui se trouve plus d’une fois dans la bible et qui, chez Jérémie, compare Dieu à un potier: sortie des mains du Très-Haut (VD 14). Quand le potier n’est pas content de son œuvre, il la brise et recommence jusqu’à ce qu’il ait un vase qui lui plaise (Jr 18,4). Ainsi Marie est-elle issue des mains du Très-Haut, dans le but qu’il avait, à savoir réaliser un ciel nouveau et une terre nouvelle pour tous les hommes.

La création
Les 72 livres de la bible constituent un ensemble unique et retracent le grand récit de la création avec, en apothéose, la mort et la résurrection de Jésus et son retour au ciel. A partir de ce regard, Paul appelle le Seigneur ressuscité "le Premier-né de toute créature" (Col 1, 15).

Le Pape Benoît XVI − dans son encyclique sur la Parole de Dieu − réfère à un grand processus qui a au lieu: “La révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le plan de Dieu est progressivement devenu visible et s’est réalisé lentement, en phases successives, souvent malgré et à travers l’opposition des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. »

« Lorsque les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils, né d’un femme », c’est ainsi que St Paul, dans sa lettre aux Galates (Ga 4, 4) décrit le moment décisif de l’entrée de Jésus dans l’histoire.  La ‘descente’ de Jésus et son ‘élévation’ vers le Père est un événement irréversible dans l’œuvre créatrice de Dieu et Montfort indique la place que Marie y tient: “Je dis cependant que les choses étant supposées comme elles sont, Dieu ayant voulu commencer et achever ses plus grands ouvrages par la Très Sainte Vierge depuis qu’il l’a formée, il est à croire qu’il ne changera pas de conduite dans les siècles des siècles, car il est Dieu et ne change point en ses sentiments ni en sa conduite” (VD 15). 

Pour exprimer la ‘descente’ de Jésus, Montfort utilise des mots qui renvoient directement au récit de la création: “ Dieu le Fils est descendu dans son sein virginal comme le nouvel Adam dans son paradis terrestre…” (VD 18). Il s’agit clairement de la nouvelle création. Notre auteur entre plus avant dans cet événement et exprime son admiration: “ O admirable et incompréhensible dépendance d’un Dieu ”, et il pointe déjà une de ses réflexions: si Jésus s’est fait si dépendant de Marie, pourquoi devrions-nous nous craindre de dépendre d’elle?

Marie et l’Église
Pour exprimer plus clairement le lien intime qui existe entre Jésus Christ et les baptisés, saint Paul emploie l’image du corps: il s’agit d’un seul corps dont Jésus est la tête et les baptisés sont les membres (1 Co 12, 12-30). Sur cet arrière-fond, Montfort explique le lien entre Marie et les baptisés, l’Église: “Avec Marie et en elle, le Saint-Esprit a produit son chef-d’œuvre qui est un Dieu fait homme. De la même manière, il produit tous les jours, jusqu’à la fin du monde… les membres du corps de ce chef adorable” (VD 20). Montfort développera de plus en plus cette donnée.

Disons quelques mots sur l’actualité de la pensée de Montfort. Il ne possédait bien sûr pas, au 18e siècle, les traductions actuelles de la bible et ne connaissait pas les techniques modernes de l’exégèse, mais ses conclusions sont exactes. Ainsi nous constatons que Vatican II n’a pas contredit ses intuitions quant à la place de Marie et son action efficace envers les croyants mais qu’il les a approfondies. On sait que les évêques belges, avec leurs théologiens, ont apporté une importante contribution à la rédaction des grands documents conciliaires. Quand on demandait au professeur Philips, rédacteur du texte sur Marie, s’il avait alors les écrits de Montfort sous la main, il répondait: je ne les avais pas matériellement sur mon bureau mais je les portais dans mon cœur. En 2003, Jean-Paul II a écrit une lettre spécialement à la Famille montfortaine. Il y souligne le lien étroit entre les intuitions de Montfort et le document conciliaire Lumen Gentium, et demande de maintenir vivante chez les chrétiens la confiance dans les soins maternels de Marie.

Jadis, par respect pour elle, on plaçait volontiers Marie dans les hauteurs du ciel. On soulignait ainsi la différence entre elle et le monde pécheur. C’était comme si sa place était davantage près Dieu que près des hommes. Grâce à une relecture attentive des données bibliques, Vatican II l’a placée au milieu du peuple de Dieu: elle n’est pas seulement un membre éminent de l’Église, mais elle chemine aussi avec les hommes en route vers le ciel nouveau et la terre nouvelle. “Son amour maternel la rend attentive aux frères et sœurs de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse” (LG 62).

Le terme ‘prédestinés’
De la même manière, Montfort place Marie dans le peuple de Dieu, l’Église vivante. Pour l’exprimer, il se rattache au remarquable livre biblique de l’Ecclésiastique, appelé aujourd’hui  Livre de Ben Sira, un écrivain juif du deuxième siècle avant Jésus Christ. Il voulait encourager ses coreligionnaires et il en avait toutes les raisons. En effet, le peuple juif était menacé de ne plus survivre. Pas seulement parce que le pays était occupé depuis longtemps par les Syriens, mais surtout parce que le nouveau roi avait érigé sur l’esplanade du temple à Jérusalem une grande statue en l’honneur de Zeus et empêchait tout autre culte. C’était, pour le petit reste des croyants, comme si l’œuvre de Dieu avec le peuple juif allait définitivement vers sa fin. L’auteur continue cependant à croire que Dieu poursuivra l’œuvre qu’il a commencée et que, comme autrefois, il continuera à s’appuyer sur quelques-uns. Il reprend pour cela le terme ‘peuple élu’ et l’appelle tantôt ‘Jacob’, tantôt ‘Israël’.

Pour expliquer le rôle de Marie au milieu de ces pauvres ‘élus’ de Dieu, Montfort puise quelques phrases du livre de l’Ecclésiastique. Je traduis le terme ‘prédestinés’ par l’expression très significative ‘mes sympathisants’ ou ‘mes amis’.

"C’est là ta place "
Notre auteur fait dire par Dieu le Père ces paroles à Marie: “ Demeure en Jacob. C’est là – au milieu de mes ‘prédestinés’, mes sympathisants, mes amis qu’est ta place; sois pour eux une vraie mère (VD 29-30). "

Et Dieu le Fils dit à Marie: « Israël sera ton héritage.  Reçois le peuple de Dieu comme héritage, il devient ta propriété. Sois en responsable: « Comme une bonne mère, tu les enfanteras, nourriras, élèveras; et, comme leur souveraine, tu les conduiras, gouverneras et défendras » (VD 31).

Dieu le Saint-Esprit à son tour lui dit: Jette tes racines dans mes élus ”… Sois active en eux. “Laisse toutes tes vertus prendre racine dans mes ‘amis’ pour les faire croître de vertu en vertu et de grâce en grâce…Donne-moi la joie de retrouver en eux les racines de ta foi invincible, de ton humilité profonde, de ta mortification universelle, de ton oraison sublime, de ta charité ardente et de toutes tes autres vertus…” (VD 34).

“…Quand Marie a jeté ses racines dans un âme, elle y produit des merveilles de grâce
qu’elle seule peut produire.” (VD 35). “…
Quand le Saint-Esprit, son Époux, l’a trouvée dans une âme, il y vole,
il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment” (VD 36).

En guise de conclusion
D’après Montfort, il ne peut en être autrement : Marie a reçu un  grand pouvoir sur les ‘amis’ de Dieu et, comme en témoigne l’histoire, elle a pris son rôle à cœur (VD 37- 48).
Le prochain article parlera de Marie dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu (VD 49-59).
Père Frans Fabry, directeur
Note:
Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros de la Vraie Dévotion (VD) et du document conciliaire  Lumen Gentium (LG).