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13 janvier 2012

Sur les pas de St Louis-Marie de Montfort (1)


Montfort en son temps

Saint Louis-Marie de Montfort a vécu en France de 1673 à 1716. Cela fait bien longtemps ! On peut donc  se poser la question : Montfort a-t-il encore quelque chose à nous dire aujourd’hui ? Quel est son message et pouvons-nous en tirer quelque chose à notre époque en rapide évolution ?
Montfort a vécu durant la deuxième moitié du règne de Louis XIV (1643-1715). C’était une époque brillante dans l’histoire de France,  tant dans le domaine de la science, de l’art ou de la littérature (Corneille, Molière, Racine). La langue, les mœurs et la mode influençaient les  pays voisins.

Cependant, après 1667, Louis XIV s’est engagé dans un grand nombre de guerres qui ont appauvri l’économie du pays, et le mode de vie luxueux de la Cour a englouti beaucoup d’argent. A l’époque de Montfort, la France fut confrontée à des crises économiques et à des famines (famine de l’hiver 1709), à une diminution de la population et à une opposition politique croissante. C’était aussi l’époque du baroque tardif. Des contemporains de Montfort nous sont encore bien connus : les compositeurs Bach (1685-1750) et Haendel (1685 -1759); le peintre Watteau (1684-1726); les papes: Innocent XII (1691-1700) et Clément XI (1700-1721).

Montfort a vécu dans les premiers jours de l’ère moderne, au temps des grandes inventions. C’était l’époque des ‘Lumières’, les intellectuels ont commencé à réfléchir et à prendre des décisions à partir de leur réflexion. Montfort lui-même n’échappe pas à cette tendance et, à travers sa pensée et ses écrits, il nous offre une nouvelle compréhension des données de la foi.

Présentons la biographie de Montfort à partir de quelques dates importantes, des moments-clefs, des tournants dans sa vie.


Naissance et jeunesse

Montfort est né le 31 janvier 1673 à Montfort-sur-Meu (Bretagne) deuxième enfant de la famille d’un procureur. Il a vécu une enfance heureuse à Iffendic. Ensuite, il a poursuivi ses études secondaires chez les Jésuites, au collège saint Thomas de Rennes où il fut un étudiant sérieux et intelligent.


Montfort décide de devenir prêtre

À 19 ans, Montfort prit la décision de devenir prêtre mais autrement que les prêtres de ce temps. Il décida de partir à Paris afin de s’éloigner de sa famille et aller vers ‘la terre promise’. Il voulait ainsi marcher consciemment sur les traces d’Abraham et s’ouvrir entièrement à Dieu. Sur le pont de Cesson, au-delà de Rennes, il prit congé de sa famille. Au premier mendiant qu’il rencontra, il donna sa bourse, au deuxième ce qu’il possédait encore, puis il échangea ses vêtements contre ceux du troisième. Il mit alors Dieu au défi en disant : « Tu as dit : mets-toi en route, je pars donc » Montfort était convaincu que ce que Dieu avait dit à Abraham était toujours d’actualité. Dieu est toujours le même. Il n’abandonne pas celui qui met sa confiance en Lui.

Montfort étudia la théologie à la Sorbonne à Paris. Cependant, il ne faisait pas partie de ce séminaire mais il appartenait à une communauté de séminaristes pauvres. Là, il multiplia les pénitences et jeûna bien souvent, ce qui mit sa vie en danger. Il dû être hospitalisé et il guérit miraculeusement… au dire de certains ; pour d’autres ce serait surtout grâce à la générosité de quelques bienfaitrices qui, le voyant affamé, lui apportèrent de la nourriture.

Sur les pas de St Louis-Marie de Montfort (2)


Ordination sacerdotale, le 5 juin 1700 à l’âge de 27 ans.

Montfort demanda au supérieur du séminaire l’autorisation de ne plus suivre les cours à la Sorbonne. Cela lui fut accordé et il put alors se former en autodidacte en suivant la méthode de Saint-Sulpice, spécialisée dans la formation des prêtres. Il étudia alors la Bible en profondeur et ces années d’étude personnelle auront une influence décisive dans la vie de Montfort. Sur le conseil de son directeur spirituel, monsieur Leschassier, et bien que lui-même ne s’y sente pas prêt, il fut ordonné prêtre à l’âge de 27 ans dans l’église st Sulpice à Paris. Ce fut un moment-charnière dans sa vie.

Durant les trois premières années de sa vie de prêtre, Montfort n’apparaît pas encore au premier plan. Peu de temps après, nous le retrouvons prêchant des missions. Il habita d’abord parmi les pauvres dans les maisons de pauvres. Il montrait, comme Jésus, une préférence pour les pauvres, les exclus de la société. Gardons à l’esprit que nous sommes alors à l’époque du roi Louis XIV, le roi-soleil, qui vivait dans le luxe à Versailles. Celui-ci voulait une société brillante où il n’y avait pas de place pour les marginaux. Les rues furent ‘nettoyées’ de tous les infirmes, mendiants et autres misérables et ceux-ci furent enfermés dans des ‘hôpitaux généraux’.

C’est dans un de ces hôpitaux généraux, que Montfort séjourna durant trois ans comme aumônier. Il voulut imiter Dieu dans son amour préférentiel pour les pauvres. Et, comme nul autre, il attendait que Dieu réalise en lui sa volonté. Pour y arriver, il choisit délibérément de vivre pauvre. Il mit ainsi en pratique son secret de vie, la consécration. Un des buts principaux de sa consécration réside dans la pauvreté radicale.

Ces trois années de la vie de Montfort, nous pourrions les résumer en une phase contemplative durant laquelle il employait son temps à entrer dans le projet de Dieu et à trouver quelle était sa place dans ce projet. A la fin de cette période, il écrit le livre ‘l’Amour de la Sagesse éternelle’ dans lequel il dit : » Vous avez tant de beautés et de douceurs, vous m’avez préservé de tant de maux et comblé de tant de bienfaits et vous êtes d’ailleurs si inconnue et si méprisée. Comment voulez-vous que je me taise ? » A partir de ce  moment, il sortit de sa retraite et devint un actif missionnaire.

Le tournant : la Pentecôte de Montfort (1703)

Montfort vivait sous un escalier à Paris, rue du Pot de Fer. Ce lieu était pour lui un cénacle où il s’était retiré et plongé dans la prière il méditait sur ce que Dieu attendait de lui. C’est là que, vers sa 30e année, il s’écria : « Comment voulez-vous que je me taise ? » un moment-charnière dans sa vie : l’homme contemplatif entre en action pour annoncer l’amour de Dieu.

Il devient un missionnaire populaire itinérant. Il rencontra souvent l’opposition des Jansénistes,  des spirituels doucereux et des libres penseurs. Mais le peuple lui donna le nom de ’bon père de Montfort’. Il était un prédicateur irrésistible et fit refleurir, par ses prédications, la vie chrétienne dans tout l’Ouest de la France. Il érigea un peu partout des croix, le long des routes de Bretagne.

Pélérinage à Rome

En 1706, à 33 ans, Montfort fut, pour la première fois, éjecté par l’évêque du diocèse de Poitiers. Il décida alors d’aller rencontrer le pape (Clément XI) pour lui demander d’être envoyé en mission hors de France, particulièrement au Canada ou dans les Indes. Mais le pape n’adhéra pas à cette requête et le renvoya en France où il y avait assez de travail pour lui. Montfort se soumit à la décision du pape et retourna en France comme missionnaire apostolique. Entre 1706 et 1710, il fut en effet  un infatigable missionnaire et  prédicateur de missions populaires, développant son propre style d’évangélisation, ne se laissant décourager par rien ni par personne. Bien sûr, il eut huit fois des difficultés avec l’évêque du lieu où il prêchait. Le fait qu’il parlait avec autorité lui valut souvent des problèmes. Cinq fois, il échappa à une agression sur sa personne. En 1712, il échappa de justesse à la mort.

Pontchâteau

En 1710, Montfort vécut à Pontchâteau un nouveau tournant. Il avait mobilisé là une quinzaine de paroisses des environs pour travailler avec lui à la construction d’un Calvaire. Pour cela, il devait également veiller à procurer de la nourriture en suffisance pour  tous ces bénévoles. Le 14 septembre,  jour de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, il voulait que le Calvaire soit béni. Cependant, la veille de ce jour, il reçut un message de l’évêque de Nantes interdisant la bénédiction du Calvaire.

Il y avait alors environ  20.000 personnes rassemblées dans ce lieu. Montfort  partit cette même nuit à pied jusqu’à Nantes – une distance de 45 km – et arriva tôt le matin chez l’évêque. Mais celui-ci ne se laissa pas convaincre de retirer son interdiction. C’était une question politique. Montfort était accusé d’avoir construit une forteresse pour faciliter l’invasion des Anglais. La colline du Calvaire ne fut heureusement jamais totalement détruite. Elle existe encore aujourd’hui  et constitue toujours un des plus grands centres de pèlerinage de Bretagne.

Montfort, après cette grande contrariété, alla faire une retraite chez les Jésuites à Nantes et ce n’est qu’à la fin de cette retraite qu’il leur raconta ce qui était arrivé. Ils en étaient tous fort surpris à cause de la paix qui émanait de lui.