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1 décembre 2013

Petite méditation: Prière Embrasée n° 25

25.  Vous seul, comme le Roi des cieux et le Roi des rois, séparerez du commun ces missionnaires comme autant de rois pour les rendre plus blancs que la neige sur la montagne de Selmon, montagne de Dieu, montagne abondante et fertile, montagne forte et coagulée, montagne dans laquelle Dieu se complait merveilleusement et dans laquelle il demeure et demeurera jusqu'à la fin. 

Qui est, Seigneur, Dieu de vérité, cette mystérieuse montagne dont vous nous dites tant de merveilles, sinon Marie, votre chère Epouse, dont vous avez mis les fondements sur les cimes des plus hautes montagnes: Fundamenta ejus in montibus sanctis. Mons in vertice montium. 

Heureux et mille fois heureux les prêtres que vous avez si bien choisis et prédestinés pour demeurer avec vous sur cette abondante et divine montagne, afin d'y devenir des rois de l'éternité par leur mépris de la terre et leur élévation en Dieu, afin d'y devenir plus blancs que la neige par leur union à Marie, votre Epouse toute belle, toute pure et toute immaculée, afin de s'y enrichir de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, de toutes les bénédictions temporelles et éternelles dont Marie est toute remplie. 

C'est du haut de cette montagne [que], comme des Moïse, ils lanceront par leurs ardentes prières des traits contre leurs ennemis pour les terrasser ou convertir. 

C'est sur cette montagne où ils apprendront de la bouche même de Jésus-Christ, qui y demeure toujours, l'intelligence de ses huit béatitudes. 

C'est sur cette montagne de Dieu qu'ils seront transfigurés avec lui comme sur le Thabor, qu'ils mourront avec lui comme sur le calvaire et qu'ils monteront au ciel avec lui comme sur la montagne des Oliviers.

Pour la réflexion

°Je suis déjà monté sur une montagne. Je me rappelle   que....

° Marie est la montagne que Dieu a choisi. Je souligne l’attention particulière que Dieu a mnifesté vers Marie, en soulignant les verbes employés par Montfort.

° il ya bien une différence entre visiter et demeurer, entre monter sur une montagne et demeurer sur la montagne.....

2 avril 2013

Catéchèse à l' école de Marie (15)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort  (fin 266 – 273)

Cette dévotion et la communion

Montfort vient de terminer son exposé mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre, avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »

Sachant jusqu’à quel point il cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ? Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.

Parce qu’elle a accueilli dans son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte communion. »

Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits, vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.

D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie, prêtes-moi ton cœur (266).

Dans la communion

Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’, ‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en elle une confiance et une espérance singulière.

Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur, je ne suis pas digne… . Demandez lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur, je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut » (267-269).

Après la communion

« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.

Il est bien possible que vous trouviez étrange cette manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait: « Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées » (340).

Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »

D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
Frans Fabry
Montfort termine son écrit

Après la communion - VD 270 - 271 - 272 - 273



Après la communion

270. Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus-Christ dans le coeur de Marie. Vous le donnerez à sa Mère, qui le recevra amoureusement, le placera honorablement, l'adorera profondément, l'aimera parfaitement, l'embrassera étroitement, et lui rendra, en esprit et en vérité, plusieurs devoirs qui nous sont inconnus dans nos ténèbres épaisses.

271. Ou bien vous vous tiendrez profondément humilié dans votre coeur, en la présence de Jésus résidant en Marie. Ou vous vous tiendrez comme un esclave à la porte du palais du Roi, où il est à parler à la Reine; et tandis qu'ils se parlent l'un à l'autre, sans avoir besoin de vous, vous irez en esprit au ciel et par toute la terre, prier les créatures de remercier, adorer et aimer Jésus et Marie en votre place: Venite, adoremus, venite, etc.

272. Ou bien, vous demanderez vous-même à Jésus en union de Marie, l'avènement de son règne sur la terre par sa sainte Mère, ou la divine sagesse, ou l'amour divin, ou le pardon de vos péchés, ou quelque autre grâce, mais toujours par Marie et en Marie; disant en vous regardant de travers: Ne respicias, Domine, peccata mea. Seigneur, ne regardez pas mes péchés; sed oculi tui videant aequitates Mariae: mais que vos yeux ne regardent en moi que les vertus et mérites de Marie. Et en vous souvenant de vos péchés, vous ajouterez: Inimicus homo hoc fecit: C'est moi, qui suis le plus [grand] ennemi que j'ai sur les bras, qui ai fait ces péchés; ou bien: Ab homine iniquo et doloso erue me, ou bien: Te oportet crescere, me autem minui: Mon Jésus, il faut que vous croissiez dans mon âme et que je décroisse. Marie, il faut que vous croissiez chez moi, et que je sois moins que je n'ai été. Crescite et multiplicamini: O Jésus et Marie, croissez en moi, et multipliez-vous au dehors dans les autres.

273. Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi: Justus meus ex fide vivit. 

5 mars 2013

Catéchèse à l'école de Marie ( 14)

La Vraie Dévotion de Montfort (257 - 265)

LANGAGE D’UN MYSTIQUE

« Voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint Esprit appelle à une haute perfection », écrit Montfort (257). Maintes fois il a répété que l’Esprit-Saint est à l’œuvre dès qu’on s’ouvre au Seigneur : « Il conduit de grâce en grâce, de lumière en lumière pour arriver jusqu’à la transformation de soi-même en Jésus Christ et à la plénitude de son âge » (119).

D’une façon unique la Vierge Marie a été et est toujours impliquée dans l’œuvre du Christ. Depuis notre baptême nous le sommes également, chacun d’après ses capacités propres. Marie nous est donnée comme exemple et aide efficace. Montfort accumule quatre prépositions pour nous conduire à la Vierge Marie et il les reprend dans le même ordre pour indiquer l’union au Christ qui est le but ultime: « il faut faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus Christ, avec Jésus Christ, en Jésus et pour Jésus » (275). Le baptisé est appelé à devenir ‘homme nouveau’, ni plus ni moins, et à devenir ‘christ de Dieu’ parmi les hommes.
Montfort n’a rien inventé, il réfère à des témoignages de saints ; à leur exemple se sert abondamment d’images bibliques et il fait une lecture mystique des Ecritures, née d’une expérience vécue. Le point de départ est clair: la Vierge Marie est ‘pleine de grâces’, l’Esprit Saint l’a ‘couverte de son ombre’ ; voilà ce qui nous arrivera, toutes proportions gardées, si nous sommes habités de son esprit.

Par Marie

Comment faire tout par Marie ? Ici l’auteur approfondit davantage des suggestions données antérieurement. Faites comme Marie, nous dit-il, ne prenez pas vos projets et votre génie comme seules bases pour la réussite de la vie, sinon vous n’offrez pas dans votre vie l’espace nécessaire au Dieu Créateur. C’est seulement en vous ouvrant au Seigneur que son Esprit pourra vous rejoindre, comme c’est arrivé à la Vierge Marie. « Cet Esprit s’est tellement rendu maître d’elle qu’il est devenu son propre esprit » (258).  

« Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales comme un instrument entre les mains d’un ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur » (259). Comment y arriver ? Le pédagogue expérimenté réfère à la force de la répétition, à tout propos il faut redire votre affection à son égard. Alors vous serez « tout possédé et gouverné par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! » (258).

Avec Marie

Il faut faire ses actions avec Marie. Elle est habitée du Saint-Esprit et par conséquent elle est un exemple parfait. C’est pourquoi vous pouvez la regarder comme un modèle accompli et l’imiter selon votre petite portée. Il faudrait qu'en chaque situation vous vous posiez la question comment elle aurait agit et Montfort réfère aux grandes vertus de Marie : sa foi vive (depuis l’annonciation jusqu’au Golgotha), son humilité profonde (jamais elle ne s’est ventée de sa situation privilégiée aux yeux de Dieu) ; son ouverture à Dieu (qui n‘a jamais eu sa pareille).

L’auteur reprend le langage de Saint-Augustin : Elle est le grand et unique moule de Dieu dans lequel l’image du Dieu invisible, Jésus a été formé. Il conclut : celui qui a trouvé ce moule et qui s’y perd sera bientôt changé en Jésus Christ. Il deviendra un autre christ (260).

En Marie

Ici Montfort fait une réflexion qui peut étonner, mais elle est bien fondée : toute la personne de Marie, son corps et son âme, est un ‘lieu’. Elle est une terre sainte où le Très Haut est venu habiter. Elle est le vrai paradis terrestre, parce que c’est là que le Nouvel Adam y a demeuré pendant neuf mois. Le paradis dans le livre de la Genèse n’en est qu’une image pour annoncer ce qui se réalisera en la Vierge Marie.

L’auteur compare le sein de la Marie avec de la glaise toute vierge dont le Seigneur s’est servi pour donner forme au Nouvel Adam. C’est le Saint Esprit qui a donné la fécondité à cette glaise et qui a nourri le fruit. Montfort compose un florilège, un recueil de pièces choisies, puisé partout dans la bible pour décrire le jardin extraordinaire et fertile qu’est Marie. « C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie… » (261).

Pour exprimer la grâce dont la Vierge a été inondée, à plusieurs reprises notre auteur se sert de l’expression la ‘divine’ Marie, en opposition aux pécheurs que nous sommes. Elle est un ‘lieu’ particulier que Dieu s’est créé dans la perspective de sa mission unique. Il n’est pas évident que les pécheurs y aient accès : ce lieu saint n’est pas gardé par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint Esprit qui s'en est rendu le maître absolu… Les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer dans ce paradis que par une grâce particulière … (263).

Grâce à sa fidélité, on peut obtenir cette faveur. On y est alors nourri comme un enfant dans le sein de sa mère, délivré de ses troubles, craintes et scrupules et à l’abri de ses ennemis qui n’y ont jamais eu d’entrée (264).

Pour Marie

Enfin Montfort reprend une caractéristique de la dévotion qu’il envisage : il s’agit de l’attitude de service. Marie est la servante par excellence du Seigneur et de son œuvre et elle a pris cet engagement sans la moindre recherche de récompense. À deux reprises déjà notre auteur a expliqué pour quelle raison il choisit l’expression ‘esclave’. Il s’agit de la cause du Seigneur et le vrai bonheur de tous.

« Un bon serviteur et esclave, ne doit pas demeurer oisif; mais, appuyé de la protection de Marie, il doit entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il doit défendre ses privilèges quand on les lui dispute; il doit soutenir sa gloire quand on l'attaque; dans la mesure du possible il doit attirer tout le monde à son service et à cette vraie et solide dévotion… il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le temps et l'éternité. »

Il termine en soulignant une fois de plus que Dieu seul est le propos du grand missionnaire. Avec de beaux caractères il remplit le restant de la page : 


« Gloire à Jésus en Marie! 
Gloire à Marie en Jésus! 
Gloire à Dieu seul! » 
(265).
Frans Fabry

En Marie - VD 261 - 263 - 264


Faire toutes ses actions en Marie

261. 3º Il faut faire ses actions en Marie.
Pour bien comprendre cette pratique il faut savoir: 1º Que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis
terrestre du nouvel Adam, et que l'ancien paradis terrestre n'en était que la figure. Il y a donc, dans ce paradis terrestre, des richesses, des beautés, des raretés et des douceurs inexplicables, que le nouvel Adam, Jésus-Christ, y a laissées. C'est en ce paradis qu'il a pris ses complaisances pendant neuf mois, qu'il a opéré ses merveilles et qu'il a étalé ses richesses avec la magnificence d'un Dieu. Ce très saint lieu n'est composé que d'une terre vierge et immaculée, dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l'opération du Saint-Esprit, qui y habite. C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie; l'arbre de science du bien et du mal qui a donné la lumière au monde. Il y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent tous les jours des fruits d'un goût divin; il y a des parterres émaillés de belles et différentes fleurs des vertus, qui jettent une odeur qui embaume même les anges. Il y a dans ce lieu des prairies vertes d'espérance, des tours imprenables de force, des maisons charmantes de confiance, etc. Il n'y a que le Saint-Esprit qui puisse faire connaître la vérité cachée sous ces figures de choses matérielles. Il y a encore en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté; un beau jour, sans nuit, de l'humanité sainte; un beau soleil, sans ombre, de la Divinité; une fournaise ardente et continuelle de charité, où tout le fer qui [y] est mis est embrasé et changé en or; il y a un fleuve d'humilité qui sourd de la terre et qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté; ce sont les quatre vertus cardinales.

263. Mais qu'il est difficile à des pécheurs comme nous sommes d'avoir la permission et la capacité et la lumière pour entrer dans un lieu si haut et si saint, qui est gardé non par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint- Esprit même qui s'en est rendu le maître absolu, de laquelle il dit: Hortus conclusus soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus. Marie est fermée; Marie est scellée; les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer à celui-ci que par une grâce particulière du Saint-Esprit, qu'ils doivent mériter.

264. Après que, par sa fidélité, on a obtenu cette insigne grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance, s'y reposer en paix, s'y appuyer avec confiance, s'y cacher avec assurance et s'y perdre sans réserve, afin que dans ce sein virginal. Ceux qui demeurent en la Sainte Vierge en esprit ne feront point de péché considérable; 4. afin qu'elle soit formée en Jésus-Christ et que Jésus-Christ soit formé en elle: parce que son sein est, comme disent les Pères, la salle des sacrements divins, où Jésus-Christ et tous les élus ont été formés: Homo et homo natus est in ea.

Pour Marie - VD 260

Faire toutes ses actions pour Marie

265. 4º Enfin il faut faire toutes ses actions pour Marie, Car, comme on s'est tout livré à son service, il est juste qu'on fasse tout pour elle comme un valet, un serviteur et un esclave; non pas qu'on la prenne pour la dernière fin de ses services, qui est Jésus-Christ seul, mais pour sa fin prochaine et son milieu mystérieux, et son moyen aisé pour aller à lui. Ainsi qu'un bon serviteur et esclave, il ne faut pas demeurer oisif; mais il faut, appuyé de sa protection, entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il faut défendre ses privilèges quand on les lui dispute; il faut soutenir sa gloire quand on l'attaque; il faut attirer tout le monde, si on peut, à son service et à cette vraie et solide dévotion; il faut parler et crier contre ceux qui abusent de sa dévotion pour outrager son Fils; il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le temps et l'éternité.

GLOIRE A JESUS EN MARIE! 
GLOIRE A MARIE EN JESUS! 
GLOIRE A DIEU SEUL!

11 novembre 2012

La petite couronne

Voici comment prier la petite couronne:

Viens, Esprit Saint, emplis les coœurs de tes fidèles et allume en eux le feu du pur amour. Seigneur, envoi ton Esprit et tout sera créé et tu renouvelleras la face de la terre.

Prions.

Seigneur Dieu, puisque tu as instruit tes fidèles en éclairant leur âme par les lumières de l’Esprit Saint, donne-nous d’animer par cet Esprit ce qui est bien et de jouir sans cesse du réconfort qu’il nous apporte par le Christ notre Seigneur. Amen.

Sois glorifiée, Marie, Fille très amiable de Dieu le Père. Nous te louons, car en toi se sont manifestées les œuvres de Dieu.

Notre Père…

Nous te louons, Marie, car Dieu t’a choisie pour devenir mère de son Fils.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, car pour le Royaume de Dieu, tu as suivi le Christ dans une virginité et un détachement total.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, parce que tu as assume le privilege de l’Immaculée Conception avec une fidélité et un amour tells que la redemption du Christ a trouvé sa plenitude en ton âme et en ton corps.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, parce que, comme une nouvelle Eve, tu as mis ta vie au service de Dieu pour la redemption du monde.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Sois glorifiée, Marie, Mère du Fils de Dieu. Nous te louons, car tu as vécu ta vocation avec un amour fidèle.

Notre Père,…

Nous te remercions, Marie, car tu nous as donné l’exemple d’une foi vive qui écoute la parole de Dieu et accomplit sa volonté.
Je te salue, Marie,…

Nous te remercions, Marie, car tu as été pour nous l’exemple de notre humanité indigente qui aspire de tout son être vers la promesse de Dieu.
Je te salue, Marie,…

Nous te remercions, Marie, parce que tu as été pour nous l’exmple d’une personne serviable, qui realise son amour de Dieu dans la charité du prochain.
Je te salue, Marie, …

Nous te remercions, Marie, parce que tu nous a donné l’exemple d’une personne sauvée, qui accepte la croix du Christ pour la redemption du monde.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Sois glorifiée, Marie, Epouse du Saint-Esprit. Nous te louons, car tu nous aimes comme une mere attentive, qui nous conduit tout au long de la vie vers Dieu, notre Père.

Notre Père,…

Nous t’aimons, Marie, pour l’amour maternel don’t tu entoures les croyants à leur naissance et pour le souci que tu déploies à assurer leur croissance vers une vie adulte.
Je te salue, Marie,…

Nous t’aimons, Marie, car tu nous portes dans ton cœur comme tes enfants, et tu intercedes pour nous auprès de Jésus ton Fils.
Je te salue, Marie,…

Nous t’aimons, Marie, car tu es la mere de l’Église qui cherche à réunir tout le genre humain dans le Christ unique.
Je te salue, Marie, …

Nous t’aimons, Marie, car tu es pour nous le signe de l’espérance sur le chemin du Royaume de Dieu.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Prions.

À l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse, Vierge bienheureuse.

30 septembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (11)



La mise en pratique

Ecriture du Père de Montfort
De sa lecture biblique le père de Montfort retient surtout que Dieu est actif moyennant la collaboration de l’homme. Parmi ses collaborateurs la Vierge Marie se distingue nettement grâce aux merveilles que le Seigneur a opérées en elle : son incarnation. Ce mystère se prolonge jusqu’à nos jours. La grâce du baptême ouvre cette voie, mais rares sont ceux qui en sont conscients. C’est une erreur assez généralisée de penser que l’on est chrétien parce que baptisé. En réalité la grâce du baptême offre tout ce qui est nécessaire pour devenir chrétien, pour devenir un point d’appui pour Dieu dans ce monde et lui offrir des mains et des pieds pour rejoindre beaucoup d’autres. Le chrétien offre à Dieu une demeure, il s’agit du mystère de l’incarnation qui continue, et la Vierge Marie y joue un rôle. C’est pourquoi, nous dit le père de Montfort, il nous faut lui offrir la possibilité d’accomplir la mission qu’elle a reçue.
Après avoir indiqué le bien fondé de la dévotion qu’il propose, notre auteur entame sa mise en pratique. Il commence une nouvelle page et avec de grands et beaux caractères il marque : « Pratiques particulières de cette dévotion ».

‘Avancer’
Rappelons-nous le numéro 119: « Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second? Qui parviendra jusqu'au troisième? Enfin, qui est celui qui y sera par état? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel. » Comme dit précédemment, chaque élément de ce passage mérite une attention particulière, ici j’attire l’attention sur la dynamique de sa composition. Il s’agit d’un processus qui conduit à l’âge adulte chrétien, avancer pas-à-pas à la transformation en Jésus Christ.

L'intérieur qui doit être formé

Qu’entend l’auteur par "l'intérieur qui doit être formé ? " Dans son Secret de Marie nous trouvons une réponse brève qui fait comprendre que Montfort vise très haut et qui suppose un cheminement qui prend du temps, voire toute une vie: « Ame, image vivante de Dieu et rachetée du Sang précieux de Jésus Christ, la volonté de Dieu sur vous est que vous deveniez sainte comme lui dans cette vie, et glorieuse comme lui dans l'autre. L'acquisition de la sainteté de Dieu est votre vocation assurée… O ouvrage admirable ! … il n'y a que Dieu qui, par une grâce, et une grâce abondante et extraordinaire, puisse en venir à bout… » (SM 3). Voilà ce que l’on apprend à l’école de Marie. Les exercices que Montfort va proposer nous conduisent à cette école.

Un tournant

Comme Abraham, comme Moïse... comme Marie, le baptisé est supposé d’oser donner une réponse à la proposition du Seigneur, supposé de se mettre en mouvement et devenir coopérant, même sans savoir où cela le conduira.Tout au long de sa vie, le père de Montfort a été en contact avec des pères jésuites et il est très probable qu’il ait connu le chemin spirituel de saint Ignace, un chemin qui conduit à l’union au Christ. Nous ignorons s’il a suivi les exercices de saint Ignace, mais nous constatons qu’il se sert d’un schéma semblable, c’est-à-dire opter pour un temps continu qui conduit à un contrat avec le Seigneur (renouvellement officiel de son alliance avec Dieu). Pour que cette alliance soit davantage solide et efficace, avec assurance Montfort conseille de faire appel à l’aide de la Vierge Marie. Il demande de réserver au moins douze jours, pour se situer par rapport à la Bible, la Parole de Dieu qui invite à devenir acteur dans son agir en cours, suivis de trois semaines de prière assidue (227). Parmi ceux qui ont entamé le cheminement que Montfort propose, plusieurs parlent d’un tournant dans leur vie. La façon dont le père de Montfort encadre le jour de la consécration montre bien, qu’à ses yeux aussi, il s’agit d’une démarche très engageante.

Les douze jours

La Bible
Pour les douze jours Montfort suggère de se vider de l'esprit du monde et de se remplir de celui de Jésus Christ par la Vierge Marie (227). Sans cesse le lecteur de la Bible constate que les pensées du Seigneur ne sont pas celles des hommes. Dans la première partie de son écrit, de multiples façons, Montfort a attiré l’attention du lecteur sur l’agir de Dieu et sa façon d’y intégrer l’humain, particulièrement la Vierge Marie. Découvrir cet agir de Dieu demande du temps et de l’accoutumance. Voici un témoignage de Jean-Paul II référant à La Vraie Dévotion : « C’est un de ces livres qu’il ne suffit pas d’avoir lu… Je revenais sans cesse et tour à tour sur certains passages… J’ai compris que Marie nous conduit au Christ. » Précisément cette rencontre donne une nouvelle dimension à la vie humaine.

Les trois semaines

Notre auteur suggère pour la première semaine de demander la grâce de la connaissance de soi-même. À cause du langage imagé – il nous compare à des escargots, limaçons, crapauds, cochons, serpents et boucs – plusieurs classent Montfort parmi les négativistes qui dénigrent tout ce qui est humain. Or, avec ironie, il veut secouer le lecteur. Les expressions plastiques renvoient aux numéros 78-82 où il met en contraste notre pauvreté par rapport à l’homme parfait Jésus Christ, notre modèle assuré. C’est dans la prière qu’on peut acquérir une parfaite humilité : « Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint-Esprit de les éclairer, par ces paroles : " Seigneur, fais que je voie ", ou " Que je me connaisse ", ou " Viens, Esprit Saint " et " diront tous les jours les litanies du Saint-Esprit… Ils auront recours à la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront tous les jours l'Ave Maris Stella et ses litanies » (228). Le climat de prière est indispensable durant tout le circuit des 30 jours.
« Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs oraisons et œuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 16-36 et 83-89). Ils réciteront, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention » (229).
« Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 61-77), et dire l'oraison de saint Augustin (cf. 67). Ils pourront, avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par jour: " Seigneur, que je te connaisse ! " ou bien : " Seigneur, que je voie qui tu es’! Ils réciteront, comme aux semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et ajouteront tous les jours les litanies du Saint Nom de Jésus » (230).

En tant que pédagogue

Le père de Montfort
Notons qu’il ne s’agit pas de formules magiques, les suggestions de Montfort ont pour but de vous aider à entrer dans ‘le monde de Dieu’, comme cela est arrivé à la Vierge Marie quand, par l’opération du Saint Esprit, Dieu s’est fait homme (cf. n° 6). Finalement, en tant que bon pédagogue, Montfort devient très concret: signez et datez le texte de votre consécration et faites un geste particulier. Il parle d’un ‘tribut’ pour marquer votre dépendance de Jésus et de Marie. « Ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage, avec un bon cœur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde que la bonne volonté….Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant trois semaines. Ils pourront même, tous les mois et tous les jours, renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles: Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère » (233-234).

Frans Fabry

Lecture dans 'La Vraie Dévotion 226 - 233

Ci-dessous vous trouvez les numéros 226 jusqu'au 233 qui se trouvent dans 'La Vraie Dévotion'.

PRATIQUES PARTICULIERES DE CETTE DEVOTION.

Pratiques Extérieures

226. Quoique l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur, elle ne laisse pas d'avoir plusieurs pratiques extérieures qu'il ne faut pas négliger: Haec oportuit facere et illa non omittere, soit parce que les pratiques extérieures bien faites aident les intérieures, soit parce qu'elles font ressouvenir l'homme, qui se conduit toujours par les sens, de ce qu'il a fait ou doit faire; soit parce qu'elles sont propres à édifier le prochain qui les voit, ce que ne font pas celles qui sont purement intérieures. Qu'aucun mondain donc, ni critique, ne mette ici le nez pour dire que la vraie dévotion est dans le coeur, qu'il faut éviter ce qui est extérieur, qu'il peut y avoir de la vanité, qu'il faut cacher sa dévotion, etc. Je leur réponds avec mon Maître: Que les hommes voient vos bonnes oeuvres, afin qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux; non pas, dit saint Grégoire, qu'on doive faire ses actions et dévotions extérieures pour plaire aux hommes et en tirer quelque louange, ce serait vanité; mais on les fait quelquefois devant les hommes, dans la vue de plaire à Dieu et de le faire glorifier par là, sans se soucier des mépris ou des louanges des hommes.
Je ne rapporterai qu'en abrégé quelques pratiques extérieures, que je n'appelle pas extérieures parce qu'on les fait sans intérieur, mais parce qu'elles ont quelque chose d'extérieur, pour les distinguer de celles qui sont purement intérieures.

[Consécration après exercices préparatoires] 227. Première pratique. - Ceux et celles qui voudront entrer en cette dévotion particulière, qui n'est point érigée en confrérie, quoiqu'il le fût à souhaiter, après avoir, comme j'ai [dit] dans la première partie de cette préparation au Règne de Jésus-Christ, employé douze jours au moins à se vider de l'esprit du monde contraire à celui de Jésus-Christ, emploieront trois semaines à se remplir de Jésus-Christ par la Très Sainte Vierge. Voici l'ordre qu'ils pourront garder:

228. Pendant la première semaine, ils emploieront toutes leurs oraisons et actions de piété à demander la connaissance d'eux- mêmes et la contrition de leurs péchés: et ils feront tout en esprit d'humilité. Pour cela, ils pourront, s'ils veulent, méditer ce que j'ai dit de notre mauvais fond et ne se regarder, les six jours de cette semaine, que comme des escargots, limaçons, crapauds, cochons et serpents et boucs; ou bien ces trois paroles de saint Bernard: Cogita quid fueris, semen putridum; quid sis, vas stercorum; quid futurus sis, esca vermium. Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint- Esprit de les éclairer, par ces paroles: Domine, ut videam; ou Noverim me; ou Veni, Sancte Spiritus, et diront tous les jours les litanies du Saint-Esprit et l'oraison qui suit, marqués dans la première partie de cet ouvrage. Ils auront recours à la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront tous les jours, l'Ave maris stella, et ses litanies.

229. Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs oraisons et oeuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit. Ils réciteront, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella, et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention.

230. Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus- Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit, et dire l'oraison de saint Augustin, qui est mis vers le commencement de cette seconde partie. [VD 67] Ils pourront, avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par jour: Noverim te: Seigneur, que je vous connaisse! ou bien, Domine, ut videam: Seigneur, que je voie qui vous êtes! Ils réciteront, comme aux autres semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella, et ajouteront tous les jours les litanies [du Saint-Nom] de Jésus.

231. Au bout de ces trois semaines, ils se confesseront et communieront à l'intention de se donner à Jésus-Christ, en qualité d'esclaves d'amour, par les mains de Marie. Et, après la communion, qu'ils tâcheront de faire selon la méthode qui est ci-après, ils réciteront la formule de leur consécration, qu'ils trouveront aussi ci-après; il faudra qu'ils l'écrivent ou la fassent écrire, si elle n'est imprimée, et qu'ils la signent le même jour qu'ils l'auront faite.

Contrat d'alliance de Montfort
232. Il sera bon que, ce jour, ils payent quelque tribut à Jésus-Christ et à sa sainte Mère, soit pour pénitence de leur infidélité passée aux voeux de leur baptême, soit pour protester de leur dépendance du domaine de Jésus et de Marie. Or, ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage, avec un bon coeur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde que la bonne volonté.

233. Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant trois semaines.
Ils pourront même, tous les mois et tous les jours, renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles: Tuus totus ego sum, et omnia mea tua sunt: Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère.

1 septembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (10)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (213 - 225)

Marie et le chemin de la foi

ND de la Sagesse
De différentes façons on peut devenir ‘serviteur’ et ‘servante’ du Seigneur, or, nous dit Montfort, ‘par les mains de Marie’ est la façon la plus directe : « Qui veut avancer dans la voie de la perfection et trouver sûrement et parfaitement Jésus Christ, qu'il embrasse avec grand cœur, qu'il entre dans le chemin excellent qui lui était inconnu et que je lui montre » (168).
Il ne s’agit point d’une voie latérale dans l’univers de dévotion, mais de la voie principale : à savoir, la fidélité à notre baptême. Cette consécration ne vise rien d’autre que ce que nous faisons à chaque veillée pascale : renouveler nos promesses baptismales. Qu’est ce qu’il y a de particulier ? Voilà : la Vierge Marie viendra nous rejoindre et nous aider.

Marie qui agit

Celui qui introduit Marie dans sa vie de foi, subira un vrai processus de transformation. Il entre dans ‘le monde de Dieu’ et devient de plus en plus ‘christ’ de Dieu, son délégué parmi ses frères les hommes. Voilà ce dont nous avons besoin aujourd’hui.
Montfort cite sept ‘effets merveilleux’ que la consécration qu’il propose, produit en ceux qui y sont fidèles. Il ne s’agit pas d’étapes que l’on parcourt l’une après l’autre, mais d’une description de ce que la Vierge Marie opère. Le chiffre sept pourrait suggérer la perfection.

1. Une connaissance de nous-mêmes

Marie nous aide à découvrir qui nous sommes aux yeux de Dieu. Montfort écrit au 18e siècle, or sur les entrefaites l’homme n’a pas beaucoup changé. En effet, aujourd’hui encore nous sommes tentés de nous faire des illusions sur notre vie spirituelle et notre religion, car notre époque est investie de religions illusoires et nous prenons si facilement nos rêves pour la réalité. Qui sommes-nous dans le grand agir de Dieu ? En nous baptisant, quel est son projet sur nous? Nous avons une place dans le grand projet de Dieu, voilà le message biblique.
Marie nous aide à découvrir l’agir de Dieu et nous fait part de sa profonde humilité. Elle nous aidera à nous situer correctement par rapport à notre environnement, à ceux et celles qui nous entourent, et surtout à Dieu lui-même (213).

2. Elle nous partage à sa foi

Poitiers
Elle nous fait part de sa foi, nous dit Montfort qui se sert de superlatifs étonnants : sa foi est plus grande que celle des patriarches, prophètes, apôtres et saints réunis. En réalité il y a de ces données qu’on ne peut jamais comparer. Par exemple, la détresse d’une maman perdant son enfant est immesurable, et on ne peut la comparer avec celle d’un partenaire trompé. La joie intense d’un enfant est incomparable avec celle du gagneur du grand lot.
De même on ne peut mesurer la foi de Marie, de plus la Vierge Marie est un ‘cas’ hors pair. Pensons à Paul qui, pour indiquer le tournant décisif dans l’histoire, dit : « Quand furent accomplis les temps, Dieu envoya son fils, né de la femme." La qualité d’accueil de la part de Marie, sa foi et sa fidélité étaient telles qu’elle dépasse les grandes figures aussi bien de l’Ancien que celles du Nouveau Testament. Marie vous fait part de sa foi, nous dit Montfort.
Puis, il décrit la foi de Marie qui naîtra en nous : « …une foi pure, qui fera que vous ne vous soucierez guère du sensible et de l'extraordinaire; une foi vive et animée par la charité … une foi ferme et inébranlable comme un rocher…  une foi agissante et perçante… une foi courageuse, qui vous fera entreprendre et venir à bout de grandes choses pour Dieu et le salut des âmes. Une foi qui sera votre flambeau enflammé, votre … arme toute-puissante dont vous vous servirez pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour embraser ceux qui sont tièdes et qui ont besoin de l'or embrasé de la charité, pour donner vie à ceux qui sont morts par le péché, pour toucher et renverser, par vos paroles douces et puissantes, les cœurs de marbre et les cèdres du Liban, et enfin pour résister au diable et à tous les ennemis du salut » (214).

Avez-vous remarqué que Montfort dit explicitement que Marie nous ‘fait part de sa foi’ ? Je répète ce que j’ai dit précédemment : on ne peut pas construire sa foi. Elle est suscitée par un vis-à-vis qui la provoque. Il arrive qu’on entend dire : " Je n’ai plus la foi " ou " je ne crois plus ", avec l’accent sur le ‘je’. Comme si c’est moi qui étais la seule personne active dans le domaine de la foi. C’est comme l’amour que l’on reçoit et que l’on donne. Sans cette interaction, l’amour n’est pas complet. De même pour la foi, on la reçoit et on la donne. Marie nous fait part de sa foi.
Monsieur Blain, ami intime de Montfort et devenu chanoine à la cathédrale de Rouen, note dans ses Mémoires que c’est grâce à la Vierge Marie que Montfort a pu progresser à pas de géant sur le chemin de la foi.

3. Elle dilate notre cœur

Montbernage
Marie neutralisera la peur et bannit la crainte servile dont nous sommes souvent victimes. Elle nous libère du scrupule et du respect humain. Elle fait naître " … le pur amour dont elle a le trésor. Vous ne vous conduisez plus ‘par crainte de Dieu de charité’ ", dit Montfort. La loi et les commandements ne sont plus expérimentés comme une contrainte à la liberté, mais comme un chemin qui libère (215).

4. Elle nous inspire une confiance solide

Marie inspire une confiance sans limites en les promesses de Dieu. Non pas une confiance téméraire ou arrogante, car ce n’est pas une confiance en nous-mêmes et en nos propres forces, mais uniquement en Dieu qui est fidèle et en la Vierge Marie, qui montrera qu’elle est une vraie maman. Elle se dévouera en notre faveur, ou comme notre auteur l’a déjà dit, Marie se consacrera à nous (215).

Les temps modernes ont fait croire que nous n’avons pas besoin d’un Dieu pour créer un monde plus humain. Or, en relisant l’histoire ancienne et récente, nous devons conclure jusqu’à quel point nous sommes incapables de nous sauver nous-mêmes et le monde avec nous, et comment le monde souffre d’un manque d’espérance. En dépit de ce qui arrive, nous gardons confiance en la Parole de Dieu : Il est fidèle.

5. Elle communique ses propres attitudes

ND de la Route
Marie nous revêt de sa propre sainteté. Montfort se sert d’une expression très forte : nous deviendrons des ‘copies vivantes’ de Marie.  C’est pourquoi « le Saint Esprit, trouvant sa chère épouse comme reproduite dans les âmes, y surviendra abondamment et les remplira de ses dons, particulièrement du don de la sagesse pour opérer des merveilles de grâce. »  (217).

6. Elle enfante en notre âme son Fils

Lorsque Marie nous confie son état d’âme, le miracle de l’Annonciation peut se refaire aussi en nous. L’Esprit Saint nous prendra sous son ombre et ce qui naîtra de nous est de Dieu... nous serons capables d’accomplir des ‘œuvres divines’. « Si Marie, qui est l'arbre de vie, est bien cultivée en votre âme par la fidélité aux pratiques de cette dévotion, elle portera son fruit en son temps; et ce fruit n'est autre que Jésus Christ » (218).

Montfort cite saint Augustin qui appelle Marie ‘le moule de Dieu’, ‘le moule propre à former et mouler des dieux’. Il compare l’œuvre d’un sculpteur avec le résultat de celui qui s’est servi d’un moule impeccable pour reproduire Dieu et il pose la question rhétorique : quelle œuvre ressemblera le plus à Dieu tel qu’il est ? La réponse est simple, mais il y a une condition: « O la belle et véritable comparaison! Mais qui la comprendra? Je désire que ce soit vous, mon cher frère. Mais souvenez-vous qu'on ne jette en moule que ce qui est fondu et liquide: c'est-à-dire qu'il faut détruire et fondre en vous le vieil Adam, pour devenir le nouveau en Marie » (221).

7. Elle fait avancer plus vite

Celui qui choisit de passer par Marie pour aller à Jésus, avancera plus vite que celui qui chemine tout seul. « Par cette pratique, bien fidèlement observée, vous donnerez à Jésus Christ plus de gloire en un moins de temps que par aucune autre, quoique plus difficile et en plusieurs années ». Il s’agit d’une transformation de nous-mêmes, d’une nouvelle naissance à laquelle Jésus référait pour entrer dans le monde de Dieu. « Voici ta mère » disait Jésus au disciple présent au pied de la croix.
Notons qu’il n’y a rien de magique à la formule de consécration que Montfort propose. Il s’agit d’un cheminement assidu et des attitudes à acquérir : « cette pratique bien fidèlement observée », nous dit-il (222).

Pour pratiquer cette dévotion, Montfort offrira par la suite une pédagogie concrète.

Frans Fabry