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27 avril 2013
Catéchèse à l'école de Marie - Un aperçu
Ci-dessous, vous trouvez les liens pour retrouver les quinze articles qui sont publié:
2 avril 2013
Catéchèse à l' école de Marie (15)
Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (fin 266 – 273)
Cette dévotion et la communion
Montfort vient de terminer son exposé
mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre,
avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion.
Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »
Sachant jusqu’à quel point il
cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait
une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion
de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque
chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la
Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ?
Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.
Parce qu’elle a accueilli dans
son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans
lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par
Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la
sainte communion. »
Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une
personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits,
vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà
le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un
accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.
D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre
consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La
confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son
cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie,
prêtes-moi ton cœur (266).
Dans la communion
Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un
climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’,
‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et
dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que
vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en
toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en
elle une confiance et une espérance singulière.
Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur,
je ne suis pas digne… . Demandez
lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez
vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur,
je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur
en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses
inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa
fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le
Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et
former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième
fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant
Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut »
(267-269).
Après la communion
« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les
yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.
Il est bien possible que vous trouviez étrange cette
manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans
avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un
entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait:
« Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le
favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de
Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une
faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et
peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie
mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées »
(340).
Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »
D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
5 mars 2013
Catéchèse à l'école de Marie ( 14)
La Vraie Dévotion de Montfort (257 - 265)
LANGAGE D’UN
MYSTIQUE
« Voici des
pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint Esprit appelle
à une haute perfection », écrit Montfort (257). Maintes fois il a répété
que l’Esprit-Saint est à l’œuvre dès qu’on s’ouvre au Seigneur : « Il
conduit de grâce en grâce, de lumière en lumière pour arriver jusqu’à la
transformation de soi-même en Jésus Christ et à la plénitude de son âge »
(119).
Montfort n’a rien
inventé, il réfère à des témoignages de saints ;
à leur exemple se sert abondamment d’images bibliques et il fait une lecture
mystique des Ecritures, née d’une expérience vécue. Le point de départ est
clair: la Vierge Marie est ‘pleine de grâces’, l’Esprit Saint l’a ‘couverte de
son ombre’ ; voilà ce qui nous arrivera, toutes proportions gardées, si nous
sommes habités de son esprit.
Par Marie
« Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales comme un instrument entre les mains d’un ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur » (259). Comment y arriver ? Le pédagogue expérimenté réfère à la force de la répétition, à tout propos il faut redire votre affection à son égard. Alors vous serez « tout possédé et gouverné par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! » (258).
Avec Marie
Il faut faire ses actions avec Marie. Elle est habitée du
Saint-Esprit et par conséquent elle est un exemple parfait. C’est pourquoi vous
pouvez la regarder comme un modèle accompli et l’imiter selon votre petite
portée. Il faudrait qu'en chaque situation vous vous posiez la question comment
elle aurait agit et Montfort réfère aux grandes vertus de Marie : sa foi
vive (depuis l’annonciation jusqu’au Golgotha), son humilité profonde (jamais
elle ne s’est ventée de sa situation privilégiée aux yeux de Dieu) ; son
ouverture à Dieu (qui n‘a jamais eu sa pareille).
L’auteur reprend le langage de Saint-Augustin : Elle
est le grand et unique moule de Dieu dans lequel l’image du Dieu invisible,
Jésus a été formé. Il conclut : celui qui a trouvé ce moule et qui s’y
perd sera bientôt changé en Jésus Christ. Il deviendra un autre christ (260).
En Marie
Ici Montfort fait une réflexion qui peut étonner, mais
elle est bien fondée : toute la personne de Marie, son corps et son âme,
est un ‘lieu’. Elle est une terre sainte où le Très Haut est venu habiter. Elle
est le vrai paradis terrestre, parce que c’est là que le Nouvel Adam y a demeuré
pendant neuf mois. Le paradis dans le livre de la Genèse n’en est qu’une image
pour annoncer ce qui se réalisera en la Vierge Marie.
L’auteur compare le sein de la Marie avec de la glaise
toute vierge dont le Seigneur s’est servi pour donner forme au Nouvel Adam.
C’est le Saint Esprit qui a donné la fécondité à cette glaise et qui a nourri
le fruit. Montfort compose un florilège, un recueil de pièces choisies, puisé
partout dans la bible pour décrire le jardin extraordinaire et fertile qu’est
Marie. « C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie
qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie… » (261).
Pour exprimer la grâce dont la Vierge a été inondée, à
plusieurs reprises notre auteur se sert de l’expression la ‘divine’ Marie, en
opposition aux pécheurs que nous sommes. Elle est un ‘lieu’ particulier que
Dieu s’est créé dans la perspective de sa mission unique. Il n’est pas évident que
les pécheurs y aient accès : ce lieu saint n’est pas gardé par un
chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint Esprit qui s'en
est rendu le maître absolu… Les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du
paradis terrestre, ne peuvent entrer dans ce paradis que par une grâce
particulière … (263).
Grâce à sa fidélité, on peut obtenir cette faveur. On y
est alors nourri comme un enfant dans le sein de sa mère, délivré de ses
troubles, craintes et scrupules et à l’abri de ses ennemis qui n’y ont jamais
eu d’entrée (264).
Pour Marie
Enfin Montfort reprend une caractéristique de la dévotion
qu’il envisage : il s’agit de l’attitude de service. Marie est la servante
par excellence du Seigneur et de son œuvre et elle a pris cet engagement sans
la moindre recherche de récompense. À deux reprises déjà notre auteur a
expliqué pour quelle raison il choisit l’expression ‘esclave’. Il s’agit de la
cause du Seigneur et le vrai bonheur de tous.
« Un bon serviteur et esclave, ne doit pas demeurer
oisif; mais, appuyé de la protection de Marie, il doit entreprendre et faire de
grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il doit défendre ses privilèges
quand on les lui dispute; il doit soutenir sa gloire quand on l'attaque; dans
la mesure du possible il doit attirer tout le monde à son service et à cette
vraie et solide dévotion… il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses
petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le
bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le
temps et l'éternité. »
Il termine en soulignant une fois de plus que Dieu seul
est le propos du grand missionnaire. Avec de beaux caractères il remplit le
restant de la page :
« Gloire à Jésus en Marie!
Gloire à Marie en
Jésus!
Gloire à Dieu seul! »
(265).
4 février 2013
Catéchèse à l'école de Marie (13)
La Vraie Dévotion de Montfort (243-256)
S’associer à Dieu
Le propre de cette dévotion
À ceux qui veulent s’associer à Dieu Montfort donne ce conseil : « Ils
auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe,
le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion… » (243). Mettant
d’abord le focus sur Jésus incarné, Montfort exprime son étonnement :
comment a-t-Il osé dépendre de Marie à ce point-là. En effet, dans cette
situation Il s’est fait captif, Il n’avait plus de liberté d’action, il était esclave.
Cette audace et cette dépendance totale nous sert d’exemple: nous ne devons pas
hésiter à dépendre de la Vierge Marie !
Puis Montfort regarde la personne de Marie et se met à raisonner. Si le
Fils de Dieu a osé se rendre dépendant de Marie à ce point-là, cette jeune
femme devait avoir des qualités exceptionnelles. Il n’y a pas de doute, avec
soin Dieu a dû préparer un cœur humain noble qui ne Le trahirait jamais. Pour
décrire cette œuvre, Montfort parle d’un acte créateur sublime :
« Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé la
Sagesse éternelle ( = Dieu Créateur) se fit elle-même une maison, une demeure
digne d'Elle. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne,
avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers… » (Amour de la Sagesse Eternelle 105). Avec
aisance on peut dire que Marie est une femme hors pair.
Malgré les critiques, Montfort n’hésite pas à choisir des termes
provocateurs, il veut faire réfléchir les gens. Ici il fait preuve de
prudence : « Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement:
l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On peut, à la
vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire l'esclave de Marie,
l'esclavage de la Sainte
Vierge ; mais je crois qu'il vaut mieux qu'on se dise
l'esclave de Jésus en Marie… » (244). La dévotion qu’il propose est une
imitation de Jésus Christ qui, sans la moindre retenue, s’est livrée à la
bienveillance maternelle de Marie.
L’Ave Maria
Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire.
Avec bien d’autres qui l’ont précédé, pour indiquer le fruit de cette petite
prière, il se sert d’un vocabulaire biblique. Le cœur humain est comparé à une
terre sèche, incapable de produire un Dieu. Seule une fécondité venant de
l’extérieur peut changer cette situation, or c’est ce qui est arrivé à la
Vierge Marie. La prière de l’Ave nous introduit dans la sphère du Dieu
agissant : « C'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et
stérile le fruit de vie, et c'est cette même prière, bien dite, qui fait germer
en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus Christ. L'Ave
Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la
faire porter son fruit en son temps… » (249).
Dans la deuxième partie de l’Ave on fait humblement appel à Marie pour
qu’elle nous aide à nous mettre fidèlement au service du Seigneur, tout comme
elle.
Quant au rosaire, dans La Vraie
Dévotion Montfort ne fait que citer la prière, ailleurs il donne des
orientations pour la rendre fructueuse, il a même consacré un petit livre à ce
sujet : Le Secret admirable du très
saint Rosaire. À son tour Jean-Paul II a actualisé cette prière. Accompagné
de Marie, il propose de parcourir vingt étapes de la vie de Jésus, de Le
contempler et L’écouter, puis de méditer l’événement dans son cœur.
Par l'amour
que je vous porte
Rien d’étonnant qu’à l’occasion de l’Année de la Foi,
Rome a suggéré la pratique journalière du rosaire. S’il vous est impossible de
méditer les vingt mystères, prenez-en chaque jour quelques-uns. Le rosaire est
une bonne école de la foi, une école avec Marie comme maîtresse.
Le Magnificat
Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans
le cœur de Marie. L’évangéliste termine l’épisode de l’annonce sèchement :
« Et l’ange la quitta. » Après le ‘oui’ généreux, Luc ne note aucune réaction
de la part de l’ange. Marie était seule. Mais le récit continue: « Elle
partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. »
Ici deux éléments me frappent, d’abord l’expression ‘en hâte’ qui réfère à des
émotions dans son cœur, puis la donnée géographique ‘le haut pays, dans une
ville de Juda’. Comme je passe souvent dans la région avec les pèlerins, ces
deux éléments m’inspirent.
La cousine de Marie habitait la région de Jérusalem. Il est secondaire de
savoir si c’était bien à l’endroit précis indiqué à Ein Karem, pour moi ce qui
attire l’attention c’est la distance de Nazareth à cette région en Judée: au
moins sept jours de marche et de préférence pas seule, mais jointe à une
caravane. A-t-elle parlé avec les autres voyageurs, a-t-elle raconté ce qu’elle
venait de vivre à Nazareth ? J’en doute. Qui est-ce qui l’aurait
cru?
Quand elle entend la salutation de sa cousine son cœur ‘explose’. Voilà l’explication
de son empressement et de ce qui s’est passé dans son esprit tout au long du
voyage. Sans cesse des bouts de psaumes et des scènes de la Bible ont retentit
dans son cœur, elle les a médité, elle les a relié les uns aux autres. C’est
ainsi que le Magnificat est né. Marie loue le Dieu agissant à travers
l’histoire et confesse sa foi : avec l’événement vécu à Nazareth s’est
réalisé l’accomplissement de la promesse faite à Abraham et à sa descendance
pour toujours. Dieu est fidèle, Il accomplit ce qu’Il a promis et – très
important – cela grâce à son ‘oui’ généreux. Le Magnificat est une forte
confession de foi.
Cette foi de Marie sera donnée à ceux et celles qui se confient à elle. Le
Magnificat est le cantique des croyants. « L'âme de la Sainte Vierge se
communiquera à vous pour glorifier le Seigneur; son esprit entrera en la place
du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez
fidèles aux pratiques de cette dévotion… Que l'âme de Marie soit en chacun pour
y glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun, pour s'y réjouir
en Dieu » (217).
Se connaître soi-même
Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il
conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a
développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). Tirés du contexte, aujourd’hui comme
il y a 300 ans, plusieurs s’indigneraient en lisant ces quelques mots:
« Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir
le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons
données dans la première partie ce cet écrit » (256). Il s’agit du choix
fondamental auquel Jésus réfère quand il dit qu’on ne peut servir deux maîtres.
Une bonne dose de connaissance de soi-même est une sagesse précieuse, pensons par
exemple à la parabole du pharisien et du publicain.
Ainsi notre auteur termine la
série des pratiques extérieures ‘qu’il ne faut pas omettre par négligence
ou par mépris’, ajoute-t-il. La vraie foi demande de la pratique.
Frans Fabry
9 décembre 2012
Edouard Poppe
![]() |
| Edouard Poppe |
Nous interrompons la ‘Catéchèse à l’école de
Marie’, car en ce mois de décembre cela fait 100 ans que l’abbé Poppe fut ‘né
d’en-haut’ (cf. l’expression de Jésus devant Nicodème) et ceci à l’aide des orientations
du père de Montfort dans la Vraie Dévotion. L’abbé Poppe est un témoin hors de
pair. Nous citons souvent le journal de l’abbé et respectons le style propre à
ce genre d’écrit. En effet il ne s’adresse pas à un lecteur mais s’exprime
directement tantôt à Jésus, tantôt à la Vierge Marie. On y découvre l’intimité
caractéristique de l’enfance louée par Jésus : ‘si vous ne devenez comme
les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux’ (Mt 18, 3).
Il y a 100 ans ‘né d’en-haut’ - Edouard Poppe
Le 13 mars 1912
Le 13 mars
1912 Edouard termine son service militaire et se revêt de la soutane des
séminaristes. Tout heureux il écrit à sa sœur religieuse :
« Voilà mon rêve réalisé, je suis séminariste et peut-être l’homme le plus
heureux du monde » ! Et il ajoute qu’il sait bien que tout clergé est
humain et risque d’être marqué par l’esprit mondain, mais que lui est décidé de
devenir un prêtre selon le cœur de Dieu. Précédemment, un certain Jean Gravin,
séminariste aussi, lui avait mis en mains le Traité de la Vraie Dévotion de
Montfort en disant : « Voilà ce qu’il faut lire, mais prie d’abord le
Saint-Esprit ».
Edouard s’est mis
à lire le livre mais était vite déçu. Jean Gravin s’y attendait, tentait
d’expliquer la tournure d’esprit de Montfort et insistait :
« recommence la lecture ». Il le fit et le refit une
troisième fois. Progressivement il dépassa les imperfections du langage du 18e
siècle et découvrit la profondeur biblique de l’écrit. C’est alors, ce fameux
13 mars 1912, qu’il entame la première page de son journal et cite la Vraie
Dévotion : « Totus tuus… Je suis tout à vous et tout ce qui est à moi
vous appartient ». Plus tard, lors de ses voyages pastoraux, Jean-Paul II
a rendu célèbre cette expression à travers le monde. Il est important de se
rappeler que ces paroles s’adressent à la Vierge Marie, demandant son aide pour devenir
chrétien adulte.
De plus, la
première page de son journal est marquée d’une longue citation du livre de
Montfort. En résumant sa vie, on dirait qu’à ce moment le séminariste écrit sa règle
de vie : « La vraie dévotion à la Sainte Vierge est ‘sainte’,
c'est-à-dire qu'elle porte une âme à éviter le péché et imiter les vertus de la Très Sainte Vierge,
particulièrement son humilité profonde, sa foi vive, son obéissance aveugle,
son oraison continuelle, sa mortification universelle, sa pureté divine, sa
charité ardente, sa patience héroïque, sa douceur angélique et sa sagesse
divine. Ce sont les dix principales vertus de la Très Sainte Vierge »
(108).
Le grand défi
Quelques jours plus tard, le 25 mars, lors de la fête de
l’Annonciation du Seigneur, il se sert d’une expression caractéristique chez
Montfort et marque : « Jésus Christ, tout dépendant d’elle, est
emprisonné dans le sein de Marie», puis il médite la belle prière « O
Jésus, vivant en Marie ».
Il fait un calcul : du 25 mars au 25 décembre cela
fait exactement neuf mois. En union avec Jésus vivant en Marie il établit un
programme afin de célébrer une nouvelle naissance le jour de Noël prochain. Il
supplie la Vierge Marie de le prendre en charge et de l’aider à croître de
vertu en vertu, de grâce en grâce.
Chaque jour, dans le jardin du séminaire, il se rend à la
grotte de Lourdes et dans son journal copie des longs passages du livre de
Montfort. Une phrase le frappe particulièrement : « Saint Augustin se
surpassant lui-même, et tout ce que je viens de dire, dit que tous les
prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu, sont en ce monde
cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris,
entretenus et agrandis par cette bonne Mère ».
Son premier pèlerinage
à Montaigu
A l’Ascension, cette même année le 16 mai, tous les
séminaristes font le pèlerinage à Montaigu. Pour Edouard c’est un sommet de sa
vie. Sous la coupole du sanctuaire marial, à genoux, il reprend et médite
lentement phrase après phrase, particulièrement les alinéas adressés à la
Vierge Marie, la prière de consécration du père de Montfort qu’il avait copiée:
« … Moi, Edouard Johannes Maria Poppe, pécheur infidèle, je renouvelle
et ratifie aujourd'hui entre vos mains les vœux de mon baptême; je renonce pour
jamais à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à
Jésus Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les
jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n'ai été jusqu'ici.
Je vous choisis aujourd'hui, en présence de toute
la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en
qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et
la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous
laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui
m'appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire
de Dieu, dans le temps et l'éternité …
O Mère de miséricorde! Faites-moi la grâce
d'obtenir la vraie sagesse de Dieu et de me mettre pour cela au nombre de ceux
que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et
protégez comme vos enfants et vos esclaves.
O Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple,
imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que
j'arrive, par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge
sur la terre et de sa gloire dans les cieux. Ainsi soit-il ».
La tonsure
Du 16 au 19 octobre de cette même année a lieu la retraite préparatoire à
la tonsure (une première célébration sur la voie qui conduisait à la prêtrise).
Le prédicateur réfère au couronnement d’épines de Jésus et n’hésite pas à rappeler
que chaque prêtre participe à la souffrance du Christ. Cette perspective
n’effraie pas Edouard. En effet, disant la prière de consécration n’avait-il
pas promis ‘qu’il se donnait tout entier à Jésus Christ pour porter sa croix à
sa suite tous les jours de sa vie’ ? Dans son journal nous lisons:
« Ma chère maman Marie, sachant que je serai couronné d’épines, qu’une
lance transpercera mon cœur, que je serai blessé et humilié aussi bien
corporellement que spirituellement… je ne renoncerai pas à ma vocation, mais je
compte sur votre aide maternelle. Faites de moi un autre Christ. Je suis et je
reste tout à vous et tout ce qui m’appartient est à vous… ».
Faites de moi un autre
Christ : il pense aux huit mois écoulés et envisage la Noël qui approche.
Pour marquer ses désirs les plus profonds il décide de renouveler sa
consécration à la fin des 30 jours préparatoires tel que Montfort le suggère
dans son livret. Lors de ce trentain les pages de son journal montrent qu’il
suit consciencieusement les directives de l’auteur. S’adressant à Marie, son
langage devient de plus en plus confidentiel. Il l’appelle avec des surnoms
affectueux tels que ‘ma petite maman chérie’, et ‘mèrke chérie’. Il y a des passages qui montrent qu’une
ambition audacieuse naît dans son cœur : « Maman, ne permettez pas
que je me contente d’une vie médiocre… Couvrez-moi de votre manteau
miséricordieux… Malgré mes défauts, faites de moi un autre Christ… »
L’Avent de 1912
La finale des ses 30 jours coïncide avec la première semaine de l’Avent,
cette année-là du 1ier au 7 décembre. Le 8 décembre 1912, pour la
troisième fois cette année, il décide de se rendre à Montaigu. Avec encore plus
d’appui il reprend le texte de la consécration dont il s’était servi déjà deux
fois en ce lieu de pèlerinage et atteste de nouveau son engagement en y
ajoutant le lieu, la date et sa signature. A ses yeux il s’agit visiblement d’un
acte officiel.
Dans son journal nous constatons que son cœur déborde de confiance :
« Ma bonne et chère maman chérie, écoutez, est-ce que vous vous souvenez
de mon engagement du 25 mars ? Cela fait maintenant presque neuf
mois. Est-ce que vous vous souvenez de
mes prières et de mes désirs ? C’est ce jour que je me suis donné à vous,
ma volonté, mon intelligence, mon cœur… Vous m’avez conçu dans votre sein, moi,
votre nouveau Jésus, afin que j’y sois par l’opération du Saint-Esprit
transformé, que je sois votre vrai fils, grandi en vous et né de vous… Vous me
portez dans votre sein. J’aime tellement vivre en Dieu et voir vivre Dieu dans
les âmes. Vous aussi vous aspirez à la naissance d’un nouveau Jésus… Ma chère
petite maman, le jour approche, bientôt nous nous trouverons à Bethléem. Ma
maman chérie, permettez-moi d’être votre petit Jésus… O maman, quelle belle
Noël en vue ... !»
Puis après
On s’attendrait à une joyeuse fête de Noël, mais nous savons que le
directeur spirituel a refréné l’élan d’Edouard. Lui, extrêmement sensible,
était empêché d’exprimer ses sentiments. Dans son journal nous lisons :
« O mon Dieu, je prends la ferme résolution d’être obéissant à mon
directeur spirituel… ». Jamais il n’a éprouvé une épreuve pareille, elle a
duré tout au long du carême de 1913, mais l’a renforcé et l’a conduit à un âge
adulte. Dans son journal il y a des expressions qui font penser à la croix que,
pour consolider un petit groupe de femmes à l’Hôpital Général à Poitiers,
Montfort avait illustrée : ‘Amour divin’, ‘présence de Dieu’, ‘humilité’,
‘confiance’, ‘amour de Marie’….
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| Tombeau de l'abbé Poppe à Moerzeke |
Edouard a apprit qu’être Christ de Dieu dans le monde est bien plus que
d’être un beau bébé dans une crèche. Jésus a connu des succès, mais a dû
endurer aussi des oppositions et des souffrances. Encore séminariste, Edouard a
déjà vécu cette expérience. Progressivement, au-delà des épreuves, il a pu dire
avec saint Paul : ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en
moi. La grâce de Dieu l’a renforcé et il a pu transmettre aux autres cette même
grâce. En renouvelant de jour en jour sa consécration, avec Jésus il est devenu
une ‘hostie vivante’. Lors de la retraite préparatoire à l’ordination dans son
journal nous trouvons en majuscules le mot ‘victimatio’, ‘être offrande’.
Il était prêt à être de jour en jour un sacrifice vivant, saint et agréable à
Dieu. Tout au long de sa courte vie il a renouvelé sa consécration à sa chère
et petite maman et Marie l’a assisté. Ainsi Edouard est devenu fécond bien
au-delà des frontières de la petite commune de Moerzeke.
Frans Fabry
11 novembre 2012
Catéchèse à l'école de Marie (12)
Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (234 - 242)
L’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur
Dans la première partie de son écrit le père de Montfort a répété de multiples façons que Dieu tient à impliquer l’homme dans son agir (terre nouvelle cieux nouveaux). Comme il l’a fait depuis les débuts, depuis Abraham, Il continue à le faire de la même façon. Parmi les nombreux collaborateurs, la Vierge Marie tient une place particulière, car grâce à son ‘oui’ Dieu a pu donner une tour-nure décisive à son grand projet : son incarnation.
Depuis notre ‘oui’ baptismal, le Seigneur compte sur nous pour prolonger son incarnation, mais cela suppose un changement de notre intérieur. L’eau baptismale ne suffit pas pour transformer l’intérieur de l’homme, il faut que de jour en jour le baptisé s’ouvre à la grâce qui lui est offerte. C’est précisément pour cela que Montfort propose des pratiques concrètes. Nous avons déjà découvert le premier exercice, un temps fort de trente jours qui conduit à la conclusion d’un ‘contact avec Dieu’. En suivent six qui, comme un jogging spirituel journalier, servent à maintenir la forme pour être chrétien de jour en jour. Voici les deux suivants.
La petite couronne
Ce n’est pas Montfort qui a inventé cette prière relativement brève, la formule existait déjà. « Il y a plusieurs manières de bien dire cette prière et il serait trop long de les rapporter ici », nous dit-il. Ailleurs dans ses écrits, il nous offre quelques versions, mais la structure est chaque fois la même. Puisque cette prière n’est plus tellement pratiquée, j’y consacre une petite explication.
« Cette pratique est fort ancienne et elle a son fondement dans l'Écriture Sainte. Saint Jean vit une femme couronnée de douze étoiles, revêtue du soleil, et tenant la lune sous ses pieds, cette femme, selon les interprètes, est la Très Sainte Vierge » (234). Montfort réfère au chapitre 12 de l’Apocalypse riche en symboles. Dans le contexte du passage cité par Montfort, la femme est revêtue du soleil, un symbole pour référer au divin. Puis, elle est enceinte (de Jésus bien sûr) et tient la lune sous ses pieds : elle ne se laisse pas influencer par les forces sinistres. Les douze étoiles réfèrent au lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, les douze tribus de Jacob : l’ancienne Israël et les douze apôtres : le peuple nouveau.
L’auteur de l’Apocalypse cadre l’événement : « un signe grandiose apparut au ciel », tandis que le titre donné à la prière inspire l’humilité : une petite couronne. Est-ce une erreur, ou y-a-t-il un message ? Quoi qu’il en soit, c’est un avertissement pour ceux qui situeraient Marie dans un autre monde et en feraient presque un Dieu. En effet, en priant attentivement les textes, on découvre la proximité de la Vierge Marie. Marie nous rappelle l’humilité de Dieu qui vient vers l’homme pour l’élever auprès de Lui.
Bien dire cette prière
« Il y a plusieurs manières pour bien dire la petite couronne…, cependant pour la dire tout simplement, il faut… ». C’est rare que Montfort donne une consigne pour bien prier. Profitons-en, découvrons que cette prière est bien plus qu’une simple louange à la Vierge Marie et qu’elle réfère aux merveilles accomplies en elle en faveur de toute l’humanité. Elle revoie au Dieu à l’œuvre. Dans ce sens la petite couronne est aussi une louange à Dieu qui sauve.
Montfort conseille de commencer par cette invocation : « Daigne écouter mes louanges, ô Vierge très sainte, et donne-moi la force contre tes ennemis. » Qui sont les ennemis de Marie ? La réponse est très simple : c’est tout ce qui peut détourner l’homme de son Dieu. Sou-venez-vous des vérités fondamentales citées dans les numéros 61- 89 où, de multiples façons, l’auteur décrit la tension qui existe entre notre situation humaine concrète et le niveau auquel le Seigneur veut nous élever. Encore ce détail : l’expression ‘Vierge très sainte’ pourrait référer à la femme tenant la lune sous ses pieds, celle qui est tout tournée vers Dieu.
Ici dans la Vraie Dévotion, l’auteur conseille de poursuivre la prière en récitant le crédo, ailleurs, dans la formule que l’on découvre dans les prières matinales pour les Filles de la Sagesse, il commence par une prière adressée au Saint Esprit. Les deux formules invitent le priant à s’orienter vers le Dieu agissant.
Douze étoiles
Après cette ouverture suivent en trois séries de quatre, les douze invocations à Marie avec l’Ave, entrecoupées d’un Pater. Les douze invocations renvoient au douze étoiles de la femme dans l’Apocalypse. Elles font penser au Magnificat de Marie qui ne chante pas sa propre gloire, mais confesse que le Tout-Puissant a fait pour elle des merveilles « comme promis à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ». Cette finale est très significative, Marie indique le fondement de sa foi : Dieu réalise ce qu’il a promis.
En contemplant la Vierge Marie, nous entrevoyons le chemin ouvert par Jésus qu’elle a par-couru, elle la première. Ainsi en priant la petite couronne, nous nous sentons impliqués dans l’agir de Dieu, nous voyons le chemin à parcourir et craignons des embuches qui pourraient gêner notre élan. C’est pourquoi Montfort suggère comme conclusion la vieille prière de l’Eglise : ‘Sub tuum praesidium’ (Sous l’abri de ta miséricorde).
De petites chaînettes
La troisième pratique concrète que Montfort suggère est d’un tout autre genre. Il est très louable, dit-il, de porter de petites chaînettes ‘de fer’. Cette précision attire l’attention, elle nous met sur la piste qu’il va indiquer. Il commence par un avis : « Ces marques extérieures, à la vérité, ne sont pas essentielles, et une personne peut fort bien s'en passer… ». Le fait qu’il consacre plusieurs pages au bien fondé de ce signe extérieur prouve bien la richesse de ce symbole. Le port d’une chaînette ou d’une médaille peut être une prière.
Une chaîne peut rappeler la souffrance des esclaves et leur servitude, mais inversement, nous dit Montfort, elle peut référer à la libération réalisée par le Christ vainqueur et il fait allusion au symbole de la croix : « Quoique autrefois il n'y eût rien de plus infâme que la croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus glorieuse du christianisme. Disons le même des fers de l'esclavage » (237). Une autre approche : les chaînes peuvent être des instruments utiles. Montfort cite le prophète Osée qui met dans la bouche du Seigneur ces paroles : « Je les menais (les Hébreux) avec des attaches humaines, avec des liens d’amour » (11,4).
La symbolique
Montfort développe davantage : « C'est pour faire ressouvenir le chrétien des vœux et engagements de son baptême, de la rénovation parfaite qu'il en a faite par cette dévotion, et de l'étroite obligation où il est de s'y rendre fidèle. Comme l'homme, qui se conduit souvent plus par les sens que par la pure foi, oublie facilement ses obligations envers Dieu… ces petites chaînes servent merveilleusement au chrétien pour le faire ressouvenir des chaînes du péché et de l'esclavage du démon, dont le saint baptême l'a délivré, et de la dépendance de Jésus Christ qu'il lui a vouée dans le saint baptême, et de la ratification qu'il en a faite par rénovation de ses vœux… (238).
Aux yeux de Montfort, l’attitude de service et de dévouement est cruciale pour le chrétien. Dieu fait appel à l’homme et par le ‘oui’ de ce dernier il devient serviteur. Parmi une série de citations bibliques, je retiens celle qui de façon plastique caractérise le chrétien. « Soumettons nos épaules, et portons la Sagesse qui est Jésus Christ, et ne nous ennuyons point de ses chaînes » (240).
Frans Fabry
30 septembre 2012
Catéchèse à l'école de Marie (11)
La mise en pratique
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| Ecriture du Père de Montfort |
Après avoir indiqué le bien
fondé de la dévotion qu’il propose, notre auteur entame sa mise en pratique. Il
commence une nouvelle page et avec de grands et beaux caractères il
marque : « Pratiques particulières de cette dévotion ».
‘Avancer’
Rappelons-nous le numéro 119: « Comme l'essentiel de cette dévotion
consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également
comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a
d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre;
quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y
monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second? Qui parviendra
jusqu'au troisième? Enfin, qui est celui qui y sera par état? Celui-là seul, à
qui l'Esprit de Jésus Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme
bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières
en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus Christ,
et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel. » Comme
dit précédemment, chaque élément de ce passage mérite une attention
particulière, ici j’attire l’attention sur la dynamique de sa composition. Il
s’agit d’un processus qui conduit à l’âge adulte chrétien, avancer pas-à-pas à
la transformation en Jésus Christ.
L'intérieur qui doit être formé
Qu’entend l’auteur par "l'intérieur qui doit être formé ? "
Dans son Secret de Marie nous trouvons
une réponse brève qui fait comprendre que Montfort vise très haut et qui
suppose un cheminement qui prend du temps, voire toute une vie: « Ame,
image vivante de Dieu et rachetée du Sang précieux de Jésus Christ, la volonté
de Dieu sur vous est que vous deveniez sainte comme lui dans cette vie, et
glorieuse comme lui dans l'autre. L'acquisition de la sainteté de Dieu est
votre vocation assurée… O ouvrage admirable ! … il n'y a que Dieu qui, par une
grâce, et une grâce abondante et extraordinaire, puisse en venir à bout… » (SM
3). Voilà ce que l’on apprend à l’école de Marie. Les exercices que Montfort va
proposer nous conduisent à cette école.
Un tournant
Comme Abraham, comme Moïse... comme Marie, le baptisé est supposé d’oser
donner une réponse à la proposition du Seigneur, supposé de se mettre en
mouvement et devenir coopérant, même sans savoir où cela le conduira.Tout au
long de sa vie, le père de Montfort a été en contact avec des pères jésuites et
il est très probable qu’il ait connu le chemin spirituel de saint Ignace, un
chemin qui conduit à l’union au Christ. Nous ignorons s’il a suivi les exercices
de saint Ignace, mais nous constatons qu’il se sert d’un schéma semblable,
c’est-à-dire opter pour un temps continu qui conduit à un contrat avec le
Seigneur (renouvellement officiel de son alliance avec Dieu). Pour que cette
alliance soit davantage solide et efficace, avec assurance Montfort conseille
de faire appel à l’aide de la Vierge Marie. Il demande de réserver au moins
douze jours, pour se situer par rapport à la Bible, la Parole de Dieu qui
invite à devenir acteur dans son agir en cours, suivis de trois semaines de
prière assidue (227). Parmi ceux qui ont entamé le cheminement que Montfort
propose, plusieurs parlent d’un tournant dans leur vie. La façon dont le père
de Montfort encadre le jour de la consécration montre bien, qu’à ses yeux
aussi, il s’agit d’une démarche très engageante.
Les douze jours
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| La Bible |
Les trois semaines
Notre auteur suggère pour la première semaine de demander la grâce de la connaissance
de soi-même. À cause du langage imagé – il nous compare à des escargots,
limaçons, crapauds, cochons, serpents et boucs – plusieurs classent Montfort
parmi les négativistes qui dénigrent tout ce qui est humain. Or, avec ironie,
il veut secouer le lecteur. Les expressions plastiques renvoient aux numéros
78-82 où il met en contraste notre pauvreté par rapport à l’homme parfait Jésus
Christ, notre modèle assuré. C’est dans la prière qu’on peut acquérir une
parfaite humilité : « Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint-Esprit de
les éclairer, par ces paroles : " Seigneur, fais que je voie ", ou "
Que je me connaisse ", ou " Viens, Esprit Saint " et " diront
tous les jours les litanies du Saint-Esprit… Ils auront recours à la Très
Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement
des autres, et pour cela ils diront tous les jours l'Ave Maris Stella et ses
litanies » (228). Le climat de prière est indispensable durant tout le
circuit des 30 jours.
« Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs
oraisons et œuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils
demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce
que nous en avons dit (cf. 16-36 et 83-89). Ils réciteront, comme la première
semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et, de plus, un
rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention »
(229).
« Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus Christ. Ils
pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 61-77), et dire
l'oraison de saint Augustin (cf. 67). Ils pourront, avec le même saint, dire et
répéter cent et cent fois par jour: " Seigneur, que je te connaisse !
" ou bien : " Seigneur, que je voie qui tu es’! Ils réciteront,
comme aux semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris
Stella, et ajouteront tous les jours les litanies du Saint Nom de Jésus »
(230).
En tant que pédagogue
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