Pages

Affichage des articles dont le libellé est Frans Fabry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Frans Fabry. Afficher tous les articles

2 avril 2013

Catéchèse à l' école de Marie (15)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort  (fin 266 – 273)

Cette dévotion et la communion

Montfort vient de terminer son exposé mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre, avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »

Sachant jusqu’à quel point il cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ? Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.

Parce qu’elle a accueilli dans son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte communion. »

Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits, vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.

D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie, prêtes-moi ton cœur (266).

Dans la communion

Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’, ‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en elle une confiance et une espérance singulière.

Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur, je ne suis pas digne… . Demandez lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur, je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut » (267-269).

Après la communion

« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.

Il est bien possible que vous trouviez étrange cette manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait: « Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées » (340).

Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »

D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
Frans Fabry
Montfort termine son écrit

5 mars 2013

Catéchèse à l'école de Marie ( 14)

La Vraie Dévotion de Montfort (257 - 265)

LANGAGE D’UN MYSTIQUE

« Voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint Esprit appelle à une haute perfection », écrit Montfort (257). Maintes fois il a répété que l’Esprit-Saint est à l’œuvre dès qu’on s’ouvre au Seigneur : « Il conduit de grâce en grâce, de lumière en lumière pour arriver jusqu’à la transformation de soi-même en Jésus Christ et à la plénitude de son âge » (119).

D’une façon unique la Vierge Marie a été et est toujours impliquée dans l’œuvre du Christ. Depuis notre baptême nous le sommes également, chacun d’après ses capacités propres. Marie nous est donnée comme exemple et aide efficace. Montfort accumule quatre prépositions pour nous conduire à la Vierge Marie et il les reprend dans le même ordre pour indiquer l’union au Christ qui est le but ultime: « il faut faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus Christ, avec Jésus Christ, en Jésus et pour Jésus » (275). Le baptisé est appelé à devenir ‘homme nouveau’, ni plus ni moins, et à devenir ‘christ de Dieu’ parmi les hommes.
Montfort n’a rien inventé, il réfère à des témoignages de saints ; à leur exemple se sert abondamment d’images bibliques et il fait une lecture mystique des Ecritures, née d’une expérience vécue. Le point de départ est clair: la Vierge Marie est ‘pleine de grâces’, l’Esprit Saint l’a ‘couverte de son ombre’ ; voilà ce qui nous arrivera, toutes proportions gardées, si nous sommes habités de son esprit.

Par Marie

Comment faire tout par Marie ? Ici l’auteur approfondit davantage des suggestions données antérieurement. Faites comme Marie, nous dit-il, ne prenez pas vos projets et votre génie comme seules bases pour la réussite de la vie, sinon vous n’offrez pas dans votre vie l’espace nécessaire au Dieu Créateur. C’est seulement en vous ouvrant au Seigneur que son Esprit pourra vous rejoindre, comme c’est arrivé à la Vierge Marie. « Cet Esprit s’est tellement rendu maître d’elle qu’il est devenu son propre esprit » (258).  

« Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales comme un instrument entre les mains d’un ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur » (259). Comment y arriver ? Le pédagogue expérimenté réfère à la force de la répétition, à tout propos il faut redire votre affection à son égard. Alors vous serez « tout possédé et gouverné par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! » (258).

Avec Marie

Il faut faire ses actions avec Marie. Elle est habitée du Saint-Esprit et par conséquent elle est un exemple parfait. C’est pourquoi vous pouvez la regarder comme un modèle accompli et l’imiter selon votre petite portée. Il faudrait qu'en chaque situation vous vous posiez la question comment elle aurait agit et Montfort réfère aux grandes vertus de Marie : sa foi vive (depuis l’annonciation jusqu’au Golgotha), son humilité profonde (jamais elle ne s’est ventée de sa situation privilégiée aux yeux de Dieu) ; son ouverture à Dieu (qui n‘a jamais eu sa pareille).

L’auteur reprend le langage de Saint-Augustin : Elle est le grand et unique moule de Dieu dans lequel l’image du Dieu invisible, Jésus a été formé. Il conclut : celui qui a trouvé ce moule et qui s’y perd sera bientôt changé en Jésus Christ. Il deviendra un autre christ (260).

En Marie

Ici Montfort fait une réflexion qui peut étonner, mais elle est bien fondée : toute la personne de Marie, son corps et son âme, est un ‘lieu’. Elle est une terre sainte où le Très Haut est venu habiter. Elle est le vrai paradis terrestre, parce que c’est là que le Nouvel Adam y a demeuré pendant neuf mois. Le paradis dans le livre de la Genèse n’en est qu’une image pour annoncer ce qui se réalisera en la Vierge Marie.

L’auteur compare le sein de la Marie avec de la glaise toute vierge dont le Seigneur s’est servi pour donner forme au Nouvel Adam. C’est le Saint Esprit qui a donné la fécondité à cette glaise et qui a nourri le fruit. Montfort compose un florilège, un recueil de pièces choisies, puisé partout dans la bible pour décrire le jardin extraordinaire et fertile qu’est Marie. « C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie… » (261).

Pour exprimer la grâce dont la Vierge a été inondée, à plusieurs reprises notre auteur se sert de l’expression la ‘divine’ Marie, en opposition aux pécheurs que nous sommes. Elle est un ‘lieu’ particulier que Dieu s’est créé dans la perspective de sa mission unique. Il n’est pas évident que les pécheurs y aient accès : ce lieu saint n’est pas gardé par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint Esprit qui s'en est rendu le maître absolu… Les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer dans ce paradis que par une grâce particulière … (263).

Grâce à sa fidélité, on peut obtenir cette faveur. On y est alors nourri comme un enfant dans le sein de sa mère, délivré de ses troubles, craintes et scrupules et à l’abri de ses ennemis qui n’y ont jamais eu d’entrée (264).

Pour Marie

Enfin Montfort reprend une caractéristique de la dévotion qu’il envisage : il s’agit de l’attitude de service. Marie est la servante par excellence du Seigneur et de son œuvre et elle a pris cet engagement sans la moindre recherche de récompense. À deux reprises déjà notre auteur a expliqué pour quelle raison il choisit l’expression ‘esclave’. Il s’agit de la cause du Seigneur et le vrai bonheur de tous.

« Un bon serviteur et esclave, ne doit pas demeurer oisif; mais, appuyé de la protection de Marie, il doit entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il doit défendre ses privilèges quand on les lui dispute; il doit soutenir sa gloire quand on l'attaque; dans la mesure du possible il doit attirer tout le monde à son service et à cette vraie et solide dévotion… il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le temps et l'éternité. »

Il termine en soulignant une fois de plus que Dieu seul est le propos du grand missionnaire. Avec de beaux caractères il remplit le restant de la page : 


« Gloire à Jésus en Marie! 
Gloire à Marie en Jésus! 
Gloire à Dieu seul! » 
(265).
Frans Fabry

4 février 2013

Catéchèse à l'école de Marie (13)


La Vraie Dévotion de Montfort  (243-256)

S’associer à Dieu

Montfort nous offre quatre autres exercices pour s’associer davantage à Dieu et à son œuvre.  D’un bout à l’autre la Bible est l’histoire du Tout Autre qui entre dans la création. Cet événement a été soigneusement préparé depuis Abraham. Quant à l’agir de Dieu Montfort résume : « La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte Trinité ont tenue dans l'Incarnation et le premier avènement de Jésus Christ, elles la gardent tous les jours, d'une manière invisible, dans la Sainte Eglise, et la garderont jusqu'à la consommation des siècles… » (22). Les exercices proposés sont à situer dans cette perspective.

Le propre de cette dévotion

À ceux qui veulent s’associer à Dieu Montfort donne ce conseil : « Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion… » (243). Mettant d’abord le focus sur Jésus incarné, Montfort exprime son étonnement : comment a-t-Il osé dépendre de Marie à ce point-là. En effet, dans cette situation Il s’est fait captif, Il n’avait plus de liberté d’action, il était esclave. Cette audace et cette dépendance totale nous sert d’exemple: nous ne devons pas hésiter à dépendre de la Vierge Marie !

Puis Montfort regarde la personne de Marie et se met à raisonner. Si le Fils de Dieu a osé se rendre dépendant de Marie à ce point-là, cette jeune femme devait avoir des qualités exceptionnelles. Il n’y a pas de doute, avec soin Dieu a dû préparer un cœur humain noble qui ne Le trahirait jamais. Pour décrire cette œuvre, Montfort parle d’un acte créateur sublime : « Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé la Sagesse éternelle ( = Dieu Créateur) se fit elle-même une maison, une demeure digne d'Elle. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers… » (Amour de la Sagesse Eternelle 105). Avec aisance on peut dire que Marie est une femme hors pair.

Malgré les critiques, Montfort n’hésite pas à choisir des termes provocateurs, il veut faire réfléchir les gens. Ici il fait preuve de prudence : « Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On peut, à la vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire l'esclave de Marie, l'esclavage de la Sainte Vierge; mais je crois qu'il vaut mieux qu'on se dise l'esclave de Jésus en Marie… » (244). La dévotion qu’il propose est une imitation de Jésus Christ qui, sans la moindre retenue, s’est livrée à la bienveillance maternelle de Marie.

L’Ave Maria

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. Avec bien d’autres qui l’ont précédé, pour indiquer le fruit de cette petite prière, il se sert d’un vocabulaire biblique. Le cœur humain est comparé à une terre sèche, incapable de produire un Dieu. Seule une fécondité venant de l’extérieur peut changer cette situation, or c’est ce qui est arrivé à la Vierge Marie. La prière de l’Ave nous introduit dans la sphère du Dieu agissant : « C'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et c'est cette même prière, bien dite, qui fait germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus Christ. L'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps… » (249).

Dans la deuxième partie de l’Ave on fait humblement appel à Marie pour qu’elle nous aide à nous mettre fidèlement au service du Seigneur, tout comme elle.

Quant au rosaire, dans La Vraie Dévotion Montfort ne fait que citer la prière, ailleurs il donne des orientations pour la rendre fructueuse, il a même consacré un petit livre à ce sujet : Le Secret admirable du très saint Rosaire. À son tour Jean-Paul II a actualisé cette prière. Accompagné de Marie, il propose de parcourir vingt étapes de la vie de Jésus, de Le contempler et L’écouter, puis de méditer l’événement dans son cœur.

Par l'amour que je vous porte

Le missionnaire expérimenté : « Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne pas vous contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru… » (254).

Rien d’étonnant qu’à l’occasion de l’Année de la Foi, Rome a suggéré la pratique journalière du rosaire. S’il vous est impossible de méditer les vingt mystères, prenez-en chaque jour quelques-uns. Le rosaire est une bonne école de la foi, une école avec Marie comme maîtresse.

Le Magnificat

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. L’évangéliste termine l’épisode de l’annonce sèchement : « Et l’ange la quitta. » Après le ‘oui’ généreux, Luc ne note aucune réaction de la part de l’ange. Marie était seule. Mais le récit continue: « Elle partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. » Ici deux éléments me frappent, d’abord l’expression ‘en hâte’ qui réfère à des émotions dans son cœur, puis la donnée géographique ‘le haut pays, dans une ville de Juda’. Comme je passe souvent dans la région avec les pèlerins, ces deux éléments m’inspirent.

La cousine de Marie habitait la région de Jérusalem. Il est secondaire de savoir si c’était bien à l’endroit précis indiqué à Ein Karem, pour moi ce qui attire l’attention c’est la distance de Nazareth à cette région en Judée: au moins sept jours de marche et de préférence pas seule, mais jointe à une caravane. A-t-elle parlé avec les autres voyageurs, a-t-elle raconté ce qu’elle venait de vivre à Nazareth ? J’en doute. Qui est-ce qui l’aurait cru?

Quand elle entend la salutation de sa cousine son cœur ‘explose’. Voilà l’explication de son empressement et de ce qui s’est passé dans son esprit tout au long du voyage. Sans cesse des bouts de psaumes et des scènes de la Bible ont retentit dans son cœur, elle les a médité, elle les a relié les uns aux autres. C’est ainsi que le Magnificat est né. Marie loue le Dieu agissant à travers l’histoire et confesse sa foi : avec l’événement vécu à Nazareth s’est réalisé l’accomplissement de la promesse faite à Abraham et à sa descendance pour toujours. Dieu est fidèle, Il accomplit ce qu’Il a promis et – très important – cela grâce à son ‘oui’ généreux. Le Magnificat est une forte confession de foi.

Cette foi de Marie sera donnée à ceux et celles qui se confient à elle. Le Magnificat est le cantique des croyants. « L'âme de la Sainte Vierge se communiquera à vous pour glorifier le Seigneur; son esprit entrera en la place du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez fidèles aux pratiques de cette dévotion… Que l'âme de Marie soit en chacun pour y glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun, pour s'y réjouir en Dieu » (217).

Se connaître soi-même

Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). Tirés du contexte, aujourd’hui comme il y a 300 ans, plusieurs s’indigneraient en lisant ces quelques mots: « Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons données dans la première partie ce cet écrit » (256). Il s’agit du choix fondamental auquel Jésus réfère quand il dit qu’on ne peut servir deux maîtres. Une bonne dose de connaissance de soi-même est une sagesse précieuse, pensons par exemple à la parabole du pharisien et du publicain.

Ainsi notre auteur termine la série des pratiques extérieures ‘qu’il ne faut pas omettre par négligence ou par mépris’, ajoute-t-il. La vraie foi demande de la pratique.
Frans Fabry

9 décembre 2012

Edouard Poppe


Edouard Poppe
Nous interrompons la ‘Catéchèse à l’école de Marie’, car en ce mois de décembre cela fait 100 ans que l’abbé Poppe fut ‘né d’en-haut’ (cf. l’expression de Jésus devant Nicodème) et ceci à l’aide des orientations du père de Montfort dans la Vraie Dévotion. L’abbé Poppe est un témoin hors de pair. Nous citons souvent le journal de l’abbé et respectons le style propre à ce genre d’écrit. En effet il ne s’adresse pas à un lecteur mais s’exprime directement tantôt à Jésus, tantôt à la Vierge Marie. On y découvre l’intimité caractéristique de l’enfance louée par Jésus : ‘si vous ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux’ (Mt 18, 3).

Il y a 100 ans ‘né d’en-haut’ -  Edouard Poppe

Le 13 mars 1912

Le 13 mars 1912 Edouard termine son service militaire et se revêt de la soutane des séminaristes. Tout heureux il écrit à sa sœur religieuse : « Voilà mon rêve réalisé, je suis séminariste et peut-être l’homme le plus heureux du monde » ! Et il ajoute qu’il sait bien que tout clergé est humain et risque d’être marqué par l’esprit mondain, mais que lui est décidé de devenir un prêtre selon le cœur de Dieu. Précédemment, un certain Jean Gravin, séminariste aussi, lui avait mis en mains le Traité de la Vraie Dévotion de Montfort en disant : « Voilà ce qu’il faut lire, mais prie d’abord le Saint-Esprit ».

Edouard s’est mis à lire le livre mais était vite déçu. Jean Gravin s’y attendait, tentait d’expliquer la tournure d’esprit de Montfort et insistait : « recommence la lecture ». Il le fit et le refit une troisième fois. Progressivement il dépassa les imperfections du langage du 18e siècle et découvrit la profondeur biblique de l’écrit. C’est alors, ce fameux 13 mars 1912, qu’il entame la première page de son journal et cite la Vraie Dévotion : « Totus tuus… Je suis tout à vous et tout ce qui est à moi vous appartient ». Plus tard, lors de ses voyages pastoraux, Jean-Paul II a rendu célèbre cette expression à travers le monde. Il est important de se rappeler que ces paroles s’adressent à la Vierge Marie, demandant son aide pour devenir chrétien adulte.

De plus, la première page de son journal est marquée d’une longue citation du livre de Montfort. En résumant sa vie, on dirait qu’à ce moment le séminariste écrit sa règle de vie : « La vraie dévotion à la Sainte Vierge est ‘sainte’, c'est-à-dire qu'elle porte une âme à éviter le péché et imiter les vertus de la Très Sainte Vierge, particulièrement son humilité profonde, sa foi vive, son obéissance aveugle, son oraison continuelle, sa mortification universelle, sa pureté divine, sa charité ardente, sa patience héroïque, sa douceur angélique et sa sagesse divine. Ce sont les dix principales vertus de la Très Sainte Vierge » (108).

Le grand défi

Quelques jours plus tard, le 25 mars, lors de la fête de l’Annonciation du Seigneur, il se sert d’une expression caractéristique chez Montfort et marque : « Jésus Christ, tout dépendant d’elle, est emprisonné dans le sein de Marie», puis il médite la belle prière « O Jésus, vivant en Marie ».

Il fait un calcul : du 25 mars au 25 décembre cela fait exactement neuf mois. En union avec Jésus vivant en Marie il établit un programme afin de célébrer une nouvelle naissance le jour de Noël prochain. Il supplie la Vierge Marie de le prendre en charge et de l’aider à croître de vertu en vertu, de grâce en grâce.

Chaque jour, dans le jardin du séminaire, il se rend à la grotte de Lourdes et dans son journal copie des longs passages du livre de Montfort. Une phrase le frappe particulièrement : « Saint Augustin se surpassant lui-même, et tout ce que je viens de dire, dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère ».

Son premier pèlerinage à Montaigu

A l’Ascension, cette même année le 16 mai, tous les séminaristes font le pèlerinage à Montaigu. Pour Edouard c’est un sommet de sa vie. Sous la coupole du sanctuaire marial, à genoux, il reprend et médite lentement phrase après phrase, particulièrement les alinéas adressés à la Vierge Marie, la prière de consécration du père de Montfort qu’il avait copiée:

« … Moi, Edouard Johannes Maria Poppe, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd'hui entre vos mains les vœux de mon baptême; je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à Jésus Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n'ai été jusqu'ici.

Je vous choisis aujourd'hui, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l'éternité …

O Mère de miséricorde! Faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu et de me mettre pour cela au nombre de ceux que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.
O Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que j'arrive, par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux. Ainsi soit-il ».

La tonsure

Du 16 au 19 octobre de cette même année a lieu la retraite préparatoire à la tonsure (une première célébration sur la voie qui conduisait à la prêtrise). Le prédicateur réfère au couronnement d’épines de Jésus et n’hésite pas à rappeler que chaque prêtre participe à la souffrance du Christ. Cette perspective n’effraie pas Edouard. En effet, disant la prière de consécration n’avait-il pas promis ‘qu’il se donnait tout entier à Jésus Christ pour porter sa croix à sa suite tous les jours de sa vie’ ? Dans son journal nous lisons: « Ma chère maman Marie, sachant que je serai couronné d’épines, qu’une lance transpercera mon cœur, que je serai blessé et humilié aussi bien corporellement que spirituellement… je ne renoncerai pas à ma vocation, mais je compte sur votre aide maternelle. Faites de moi un autre Christ. Je suis et je reste tout à vous et tout ce qui m’appartient est à vous… ».

Faites de moi un autre Christ : il pense aux huit mois écoulés et envisage la Noël qui approche. Pour marquer ses désirs les plus profonds il décide de renouveler sa consécration à la fin des 30 jours préparatoires tel que Montfort le suggère dans son livret. Lors de ce trentain les pages de son journal montrent qu’il suit consciencieusement les directives de l’auteur. S’adressant à Marie, son langage devient de plus en plus confidentiel. Il l’appelle avec des surnoms affectueux tels que ‘ma petite maman chérie’, et ‘mèrke chérie’.  Il y a des passages qui montrent qu’une ambition audacieuse naît dans son cœur : « Maman, ne permettez pas que je me contente d’une vie médiocre… Couvrez-moi de votre manteau miséricordieux… Malgré mes défauts, faites de moi un autre Christ… »

L’Avent de 1912

La finale des ses 30 jours coïncide avec la première semaine de l’Avent, cette année-là du 1ier au 7 décembre. Le 8 décembre 1912, pour la troisième fois cette année, il décide de se rendre à Montaigu. Avec encore plus d’appui il reprend le texte de la consécration dont il s’était servi déjà deux fois en ce lieu de pèlerinage et atteste de nouveau son engagement en y ajoutant le lieu, la date et sa signature. A ses yeux il s’agit visiblement d’un acte officiel.
Dans son journal nous constatons que son cœur déborde de confiance : « Ma bonne et chère maman chérie, écoutez, est-ce que vous vous souvenez de mon engagement du 25 mars ? Cela fait maintenant presque neuf mois.  Est-ce que vous vous souvenez de mes prières et de mes désirs ? C’est ce jour que je me suis donné à vous, ma volonté, mon intelligence, mon cœur… Vous m’avez conçu dans votre sein, moi, votre nouveau Jésus, afin que j’y sois par l’opération du Saint-Esprit transformé, que je sois votre vrai fils, grandi en vous et né de vous… Vous me portez dans votre sein. J’aime tellement vivre en Dieu et voir vivre Dieu dans les âmes. Vous aussi vous aspirez à la naissance d’un nouveau Jésus… Ma chère petite maman, le jour approche, bientôt nous nous trouverons à Bethléem. Ma maman chérie, permettez-moi d’être votre petit Jésus… O maman, quelle belle Noël en vue ... !»

Puis après

On s’attendrait à une joyeuse fête de Noël, mais nous savons que le directeur spirituel a refréné l’élan d’Edouard. Lui, extrêmement sensible, était empêché d’exprimer ses sentiments. Dans son journal nous lisons : « O mon Dieu, je prends la ferme résolution d’être obéissant à mon directeur spirituel… ». Jamais il n’a éprouvé une épreuve pareille, elle a duré tout au long du carême de 1913, mais l’a renforcé et l’a conduit à un âge adulte. Dans son journal il y a des expressions qui font penser à la croix que, pour consolider un petit groupe de femmes à l’Hôpital Général à Poitiers, Montfort avait illustrée : ‘Amour divin’, ‘présence de Dieu’, ‘humilité’, ‘confiance’, ‘amour de Marie’….

Tombeau de l'abbé Poppe à Moerzeke
Edouard a apprit qu’être Christ de Dieu dans le monde est bien plus que d’être un beau bébé dans une crèche. Jésus a connu des succès, mais a dû endurer aussi des oppositions et des souffrances. Encore séminariste, Edouard a déjà vécu cette expérience. Progressivement, au-delà des épreuves, il a pu dire avec saint Paul : ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi. La grâce de Dieu l’a renforcé et il a pu transmettre aux autres cette même grâce. En renouvelant de jour en jour sa consécration, avec Jésus il est devenu une ‘hostie vivante’. Lors de la retraite préparatoire à l’ordination dans son journal nous trouvons en majuscules le mot ‘victimatio’, ‘être offrande’. Il était prêt à être de jour en jour un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Tout au long de sa courte vie il a renouvelé sa consécration à sa chère et petite maman et Marie l’a assisté. Ainsi Edouard est devenu fécond bien au-delà des frontières de la petite commune de Moerzeke.

Frans Fabry

11 novembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (12)

 Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (234 - 242)

L’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur

Dans la première partie de son écrit le père de Montfort a répété de multiples façons que Dieu tient à impliquer l’homme dans son agir (terre nouvelle cieux nouveaux). Comme il l’a fait depuis les débuts, depuis Abraham, Il continue à le faire de la même façon. Parmi les nombreux collaborateurs, la Vierge Marie tient une place particulière, car grâce à son ‘oui’ Dieu a pu donner une tour-nure décisive à son grand projet : son incarnation.

Depuis notre ‘oui’ baptismal, le Seigneur compte sur nous pour prolonger son incarnation, mais cela suppose un changement de notre intérieur. L’eau baptismale ne suffit pas pour transformer l’intérieur de l’homme, il faut que de jour en jour le baptisé s’ouvre à la grâce qui lui est offerte. C’est précisément pour cela que Montfort propose des pratiques concrètes. Nous avons déjà découvert le premier exercice, un temps fort de trente jours qui conduit à la conclusion d’un ‘contact avec Dieu’.  En suivent six qui, comme un jogging spirituel journalier, servent à maintenir la forme pour être chrétien de jour en jour. Voici les deux suivants.

La petite couronne

Ce n’est pas Montfort qui a inventé cette prière relativement brève, la formule existait déjà. « Il y a plusieurs manières de bien dire cette prière et il serait trop long de les rapporter ici », nous dit-il. Ailleurs dans ses écrits, il nous offre quelques versions, mais la structure est chaque fois la même. Puisque cette prière n’est plus tellement pratiquée, j’y consacre une petite explication.

« Cette pratique est fort ancienne et elle a son fondement dans l'Écriture Sainte. Saint Jean vit une femme couronnée de douze étoiles, revêtue du soleil, et tenant la lune sous ses pieds, cette femme, selon les interprètes, est la Très Sainte Vierge » (234). Montfort réfère au chapitre 12 de l’Apocalypse riche en symboles. Dans le contexte du passage cité par Montfort, la femme est revêtue du soleil, un symbole pour référer au divin. Puis, elle est enceinte (de Jésus bien sûr) et tient la lune sous ses pieds : elle ne se laisse pas influencer par les forces sinistres. Les douze étoiles réfèrent au lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, les douze tribus de Jacob : l’ancienne Israël et les douze apôtres : le peuple nouveau.

L’auteur de l’Apocalypse cadre l’événement : « un signe grandiose apparut au ciel », tandis que le titre donné à la prière inspire l’humilité : une petite couronne. Est-ce une erreur, ou y-a-t-il un message ? Quoi qu’il en soit, c’est un avertissement pour ceux qui situeraient Marie dans un autre monde et en feraient presque un Dieu. En effet, en priant attentivement les textes, on découvre la proximité de la Vierge Marie. Marie nous rappelle l’humilité de Dieu qui vient vers l’homme pour l’élever auprès de Lui.

Bien dire cette prière

« Il y a plusieurs manières pour bien dire la petite couronne…,  cependant pour la dire tout simplement, il faut… ». C’est rare que Montfort donne une consigne pour bien prier. Profitons-en, découvrons que cette prière est bien plus qu’une simple louange à la Vierge Marie et qu’elle réfère aux merveilles accomplies en elle en faveur de toute l’humanité. Elle revoie au Dieu à l’œuvre. Dans ce sens la petite couronne est aussi une louange à Dieu qui sauve.

Montfort conseille de commencer par cette invocation : « Daigne écouter mes louanges, ô Vierge très sainte, et donne-moi la force contre tes ennemis. » Qui sont les ennemis de Marie ? La réponse est très simple : c’est tout ce qui peut détourner l’homme de son Dieu. Sou-venez-vous des vérités fondamentales citées dans les numéros 61- 89 où, de multiples façons, l’auteur décrit la tension qui existe entre notre situation humaine concrète et le niveau auquel le Seigneur veut nous élever. Encore ce détail : l’expression ‘Vierge très sainte’ pourrait référer à la femme tenant la lune sous ses pieds, celle qui est tout tournée vers Dieu.
Ici dans la Vraie Dévotion, l’auteur conseille de poursuivre la prière en récitant le crédo, ailleurs, dans la formule que l’on découvre dans les prières matinales pour les Filles de la Sagesse, il commence par une prière adressée au Saint Esprit. Les deux formules invitent le priant à s’orienter vers le Dieu agissant.


Douze étoiles

Après cette ouverture suivent en trois séries de quatre, les douze invocations à Marie avec l’Ave, entrecoupées d’un Pater. Les douze invocations renvoient au douze étoiles de la femme dans l’Apocalypse. Elles font penser au Magnificat de Marie qui ne chante pas sa propre gloire, mais confesse que le Tout-Puissant a fait pour elle des merveilles « comme promis à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ». Cette finale est très significative, Marie indique le fondement de sa foi : Dieu réalise ce qu’il a promis.

En contemplant la Vierge Marie, nous entrevoyons le chemin ouvert par Jésus qu’elle a par-couru, elle la première. Ainsi en priant la petite couronne, nous nous sentons impliqués dans l’agir de Dieu, nous voyons le chemin à parcourir et craignons des embuches qui pourraient gêner notre élan. C’est pourquoi Montfort suggère comme conclusion la vieille prière de l’Eglise : ‘Sub tuum praesidium’ (Sous l’abri de ta miséricorde).

De petites chaînettes

La troisième pratique concrète que Montfort suggère est d’un tout autre genre. Il est très louable, dit-il, de porter de petites chaînettes ‘de fer’. Cette précision attire l’attention, elle nous met sur la piste qu’il va indiquer. Il commence par un avis : « Ces marques extérieures, à la vérité, ne sont pas essentielles, et une personne peut fort bien s'en passer… ». Le fait qu’il consacre plusieurs pages au bien fondé de ce signe extérieur prouve bien la richesse de ce symbole. Le port d’une chaînette ou d’une médaille peut être une prière.

Une chaîne peut rappeler la souffrance des esclaves et leur servitude, mais inversement, nous dit Montfort, elle peut référer à la libération réalisée par le Christ vainqueur et il fait allusion au symbole de la croix : « Quoique autrefois il n'y eût rien de plus infâme que la croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus glorieuse du christianisme. Disons le même des fers de l'esclavage » (237). Une autre approche : les chaînes peuvent être des instruments utiles. Montfort cite le prophète Osée qui met dans la bouche du Seigneur ces paroles : « Je les menais (les Hébreux) avec des attaches humaines, avec des liens d’amour » (11,4).

La symbolique

Montfort développe davantage : « C'est pour faire ressouvenir le chrétien des vœux et engagements de son baptême, de la rénovation parfaite qu'il en a faite par cette dévotion, et de l'étroite obligation où il est de s'y rendre fidèle. Comme l'homme, qui se conduit souvent plus par les sens que par la pure foi, oublie facilement ses obligations envers Dieu… ces petites chaînes servent merveilleusement au chrétien pour le faire ressouvenir des chaînes du péché et de l'esclavage du démon, dont le saint baptême l'a délivré, et de la dépendance de Jésus Christ qu'il lui a vouée dans le saint baptême, et de la ratification qu'il en a faite par rénovation de ses vœux… (238).

Aux yeux de Montfort, l’attitude de service et de dévouement est cruciale pour le chrétien. Dieu fait appel à l’homme et par le ‘oui’ de ce dernier il devient serviteur. Parmi une série de citations bibliques, je retiens celle qui de façon plastique caractérise le chrétien. « Soumettons nos épaules, et portons la Sagesse qui est Jésus Christ, et ne nous ennuyons point de ses chaînes » (240).

Frans Fabry

30 septembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (11)



La mise en pratique

Ecriture du Père de Montfort
De sa lecture biblique le père de Montfort retient surtout que Dieu est actif moyennant la collaboration de l’homme. Parmi ses collaborateurs la Vierge Marie se distingue nettement grâce aux merveilles que le Seigneur a opérées en elle : son incarnation. Ce mystère se prolonge jusqu’à nos jours. La grâce du baptême ouvre cette voie, mais rares sont ceux qui en sont conscients. C’est une erreur assez généralisée de penser que l’on est chrétien parce que baptisé. En réalité la grâce du baptême offre tout ce qui est nécessaire pour devenir chrétien, pour devenir un point d’appui pour Dieu dans ce monde et lui offrir des mains et des pieds pour rejoindre beaucoup d’autres. Le chrétien offre à Dieu une demeure, il s’agit du mystère de l’incarnation qui continue, et la Vierge Marie y joue un rôle. C’est pourquoi, nous dit le père de Montfort, il nous faut lui offrir la possibilité d’accomplir la mission qu’elle a reçue.
Après avoir indiqué le bien fondé de la dévotion qu’il propose, notre auteur entame sa mise en pratique. Il commence une nouvelle page et avec de grands et beaux caractères il marque : « Pratiques particulières de cette dévotion ».

‘Avancer’
Rappelons-nous le numéro 119: « Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second? Qui parviendra jusqu'au troisième? Enfin, qui est celui qui y sera par état? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel. » Comme dit précédemment, chaque élément de ce passage mérite une attention particulière, ici j’attire l’attention sur la dynamique de sa composition. Il s’agit d’un processus qui conduit à l’âge adulte chrétien, avancer pas-à-pas à la transformation en Jésus Christ.

L'intérieur qui doit être formé

Qu’entend l’auteur par "l'intérieur qui doit être formé ? " Dans son Secret de Marie nous trouvons une réponse brève qui fait comprendre que Montfort vise très haut et qui suppose un cheminement qui prend du temps, voire toute une vie: « Ame, image vivante de Dieu et rachetée du Sang précieux de Jésus Christ, la volonté de Dieu sur vous est que vous deveniez sainte comme lui dans cette vie, et glorieuse comme lui dans l'autre. L'acquisition de la sainteté de Dieu est votre vocation assurée… O ouvrage admirable ! … il n'y a que Dieu qui, par une grâce, et une grâce abondante et extraordinaire, puisse en venir à bout… » (SM 3). Voilà ce que l’on apprend à l’école de Marie. Les exercices que Montfort va proposer nous conduisent à cette école.

Un tournant

Comme Abraham, comme Moïse... comme Marie, le baptisé est supposé d’oser donner une réponse à la proposition du Seigneur, supposé de se mettre en mouvement et devenir coopérant, même sans savoir où cela le conduira.Tout au long de sa vie, le père de Montfort a été en contact avec des pères jésuites et il est très probable qu’il ait connu le chemin spirituel de saint Ignace, un chemin qui conduit à l’union au Christ. Nous ignorons s’il a suivi les exercices de saint Ignace, mais nous constatons qu’il se sert d’un schéma semblable, c’est-à-dire opter pour un temps continu qui conduit à un contrat avec le Seigneur (renouvellement officiel de son alliance avec Dieu). Pour que cette alliance soit davantage solide et efficace, avec assurance Montfort conseille de faire appel à l’aide de la Vierge Marie. Il demande de réserver au moins douze jours, pour se situer par rapport à la Bible, la Parole de Dieu qui invite à devenir acteur dans son agir en cours, suivis de trois semaines de prière assidue (227). Parmi ceux qui ont entamé le cheminement que Montfort propose, plusieurs parlent d’un tournant dans leur vie. La façon dont le père de Montfort encadre le jour de la consécration montre bien, qu’à ses yeux aussi, il s’agit d’une démarche très engageante.

Les douze jours

La Bible
Pour les douze jours Montfort suggère de se vider de l'esprit du monde et de se remplir de celui de Jésus Christ par la Vierge Marie (227). Sans cesse le lecteur de la Bible constate que les pensées du Seigneur ne sont pas celles des hommes. Dans la première partie de son écrit, de multiples façons, Montfort a attiré l’attention du lecteur sur l’agir de Dieu et sa façon d’y intégrer l’humain, particulièrement la Vierge Marie. Découvrir cet agir de Dieu demande du temps et de l’accoutumance. Voici un témoignage de Jean-Paul II référant à La Vraie Dévotion : « C’est un de ces livres qu’il ne suffit pas d’avoir lu… Je revenais sans cesse et tour à tour sur certains passages… J’ai compris que Marie nous conduit au Christ. » Précisément cette rencontre donne une nouvelle dimension à la vie humaine.

Les trois semaines

Notre auteur suggère pour la première semaine de demander la grâce de la connaissance de soi-même. À cause du langage imagé – il nous compare à des escargots, limaçons, crapauds, cochons, serpents et boucs – plusieurs classent Montfort parmi les négativistes qui dénigrent tout ce qui est humain. Or, avec ironie, il veut secouer le lecteur. Les expressions plastiques renvoient aux numéros 78-82 où il met en contraste notre pauvreté par rapport à l’homme parfait Jésus Christ, notre modèle assuré. C’est dans la prière qu’on peut acquérir une parfaite humilité : « Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint-Esprit de les éclairer, par ces paroles : " Seigneur, fais que je voie ", ou " Que je me connaisse ", ou " Viens, Esprit Saint " et " diront tous les jours les litanies du Saint-Esprit… Ils auront recours à la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront tous les jours l'Ave Maris Stella et ses litanies » (228). Le climat de prière est indispensable durant tout le circuit des 30 jours.
« Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs oraisons et œuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 16-36 et 83-89). Ils réciteront, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention » (229).
« Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 61-77), et dire l'oraison de saint Augustin (cf. 67). Ils pourront, avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par jour: " Seigneur, que je te connaisse ! " ou bien : " Seigneur, que je voie qui tu es’! Ils réciteront, comme aux semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et ajouteront tous les jours les litanies du Saint Nom de Jésus » (230).

En tant que pédagogue

Le père de Montfort
Notons qu’il ne s’agit pas de formules magiques, les suggestions de Montfort ont pour but de vous aider à entrer dans ‘le monde de Dieu’, comme cela est arrivé à la Vierge Marie quand, par l’opération du Saint Esprit, Dieu s’est fait homme (cf. n° 6). Finalement, en tant que bon pédagogue, Montfort devient très concret: signez et datez le texte de votre consécration et faites un geste particulier. Il parle d’un ‘tribut’ pour marquer votre dépendance de Jésus et de Marie. « Ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage, avec un bon cœur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde que la bonne volonté….Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant trois semaines. Ils pourront même, tous les mois et tous les jours, renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles: Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère » (233-234).

Frans Fabry