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2 avril 2013

Catéchèse à l' école de Marie (15)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort  (fin 266 – 273)

Cette dévotion et la communion

Montfort vient de terminer son exposé mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre, avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »

Sachant jusqu’à quel point il cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ? Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.

Parce qu’elle a accueilli dans son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte communion. »

Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits, vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.

D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie, prêtes-moi ton cœur (266).

Dans la communion

Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’, ‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en elle une confiance et une espérance singulière.

Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur, je ne suis pas digne… . Demandez lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur, je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut » (267-269).

Après la communion

« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.

Il est bien possible que vous trouviez étrange cette manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait: « Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées » (340).

Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »

D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
Frans Fabry
Montfort termine son écrit

5 mars 2013

Catéchèse à l'école de Marie ( 14)

La Vraie Dévotion de Montfort (257 - 265)

LANGAGE D’UN MYSTIQUE

« Voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint Esprit appelle à une haute perfection », écrit Montfort (257). Maintes fois il a répété que l’Esprit-Saint est à l’œuvre dès qu’on s’ouvre au Seigneur : « Il conduit de grâce en grâce, de lumière en lumière pour arriver jusqu’à la transformation de soi-même en Jésus Christ et à la plénitude de son âge » (119).

D’une façon unique la Vierge Marie a été et est toujours impliquée dans l’œuvre du Christ. Depuis notre baptême nous le sommes également, chacun d’après ses capacités propres. Marie nous est donnée comme exemple et aide efficace. Montfort accumule quatre prépositions pour nous conduire à la Vierge Marie et il les reprend dans le même ordre pour indiquer l’union au Christ qui est le but ultime: « il faut faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus Christ, avec Jésus Christ, en Jésus et pour Jésus » (275). Le baptisé est appelé à devenir ‘homme nouveau’, ni plus ni moins, et à devenir ‘christ de Dieu’ parmi les hommes.
Montfort n’a rien inventé, il réfère à des témoignages de saints ; à leur exemple se sert abondamment d’images bibliques et il fait une lecture mystique des Ecritures, née d’une expérience vécue. Le point de départ est clair: la Vierge Marie est ‘pleine de grâces’, l’Esprit Saint l’a ‘couverte de son ombre’ ; voilà ce qui nous arrivera, toutes proportions gardées, si nous sommes habités de son esprit.

Par Marie

Comment faire tout par Marie ? Ici l’auteur approfondit davantage des suggestions données antérieurement. Faites comme Marie, nous dit-il, ne prenez pas vos projets et votre génie comme seules bases pour la réussite de la vie, sinon vous n’offrez pas dans votre vie l’espace nécessaire au Dieu Créateur. C’est seulement en vous ouvrant au Seigneur que son Esprit pourra vous rejoindre, comme c’est arrivé à la Vierge Marie. « Cet Esprit s’est tellement rendu maître d’elle qu’il est devenu son propre esprit » (258).  

« Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales comme un instrument entre les mains d’un ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur » (259). Comment y arriver ? Le pédagogue expérimenté réfère à la force de la répétition, à tout propos il faut redire votre affection à son égard. Alors vous serez « tout possédé et gouverné par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! » (258).

Avec Marie

Il faut faire ses actions avec Marie. Elle est habitée du Saint-Esprit et par conséquent elle est un exemple parfait. C’est pourquoi vous pouvez la regarder comme un modèle accompli et l’imiter selon votre petite portée. Il faudrait qu'en chaque situation vous vous posiez la question comment elle aurait agit et Montfort réfère aux grandes vertus de Marie : sa foi vive (depuis l’annonciation jusqu’au Golgotha), son humilité profonde (jamais elle ne s’est ventée de sa situation privilégiée aux yeux de Dieu) ; son ouverture à Dieu (qui n‘a jamais eu sa pareille).

L’auteur reprend le langage de Saint-Augustin : Elle est le grand et unique moule de Dieu dans lequel l’image du Dieu invisible, Jésus a été formé. Il conclut : celui qui a trouvé ce moule et qui s’y perd sera bientôt changé en Jésus Christ. Il deviendra un autre christ (260).

En Marie

Ici Montfort fait une réflexion qui peut étonner, mais elle est bien fondée : toute la personne de Marie, son corps et son âme, est un ‘lieu’. Elle est une terre sainte où le Très Haut est venu habiter. Elle est le vrai paradis terrestre, parce que c’est là que le Nouvel Adam y a demeuré pendant neuf mois. Le paradis dans le livre de la Genèse n’en est qu’une image pour annoncer ce qui se réalisera en la Vierge Marie.

L’auteur compare le sein de la Marie avec de la glaise toute vierge dont le Seigneur s’est servi pour donner forme au Nouvel Adam. C’est le Saint Esprit qui a donné la fécondité à cette glaise et qui a nourri le fruit. Montfort compose un florilège, un recueil de pièces choisies, puisé partout dans la bible pour décrire le jardin extraordinaire et fertile qu’est Marie. « C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie… » (261).

Pour exprimer la grâce dont la Vierge a été inondée, à plusieurs reprises notre auteur se sert de l’expression la ‘divine’ Marie, en opposition aux pécheurs que nous sommes. Elle est un ‘lieu’ particulier que Dieu s’est créé dans la perspective de sa mission unique. Il n’est pas évident que les pécheurs y aient accès : ce lieu saint n’est pas gardé par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint Esprit qui s'en est rendu le maître absolu… Les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer dans ce paradis que par une grâce particulière … (263).

Grâce à sa fidélité, on peut obtenir cette faveur. On y est alors nourri comme un enfant dans le sein de sa mère, délivré de ses troubles, craintes et scrupules et à l’abri de ses ennemis qui n’y ont jamais eu d’entrée (264).

Pour Marie

Enfin Montfort reprend une caractéristique de la dévotion qu’il envisage : il s’agit de l’attitude de service. Marie est la servante par excellence du Seigneur et de son œuvre et elle a pris cet engagement sans la moindre recherche de récompense. À deux reprises déjà notre auteur a expliqué pour quelle raison il choisit l’expression ‘esclave’. Il s’agit de la cause du Seigneur et le vrai bonheur de tous.

« Un bon serviteur et esclave, ne doit pas demeurer oisif; mais, appuyé de la protection de Marie, il doit entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il doit défendre ses privilèges quand on les lui dispute; il doit soutenir sa gloire quand on l'attaque; dans la mesure du possible il doit attirer tout le monde à son service et à cette vraie et solide dévotion… il ne faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services, que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien indissoluble dans le temps et l'éternité. »

Il termine en soulignant une fois de plus que Dieu seul est le propos du grand missionnaire. Avec de beaux caractères il remplit le restant de la page : 


« Gloire à Jésus en Marie! 
Gloire à Marie en Jésus! 
Gloire à Dieu seul! » 
(265).
Frans Fabry

Avec Marie - VD 260


Faire toutes ses actions avec Marie

260. 2º Il faut faire ses actions avec Marie: c'est-à-dire qu'il faut, dans ses actions, regarder Marie comme un modèle accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a formé dans un pure créature, pour imiter selon notre petite portée. Il faut donc qu'en chaque action nous regardions comme Marie l'a faite ou la ferait, si elle était en notre place. Nous devons pour cela examiner et méditer les grandes vertus qu'elle a pratiquées pendant sa vie, particulièrement: 1. sa foi vie, par laquelle elle a cru sans hésiter la parole de l'ange; elle a cru fidèlement et constamment jusqu'au pied de la croix sur le Calvaire; 2. son humilité profonde, qui l'a fait se cacher, se taire, se soumettre à tout et se mettre la dernière; 3. sa pureté toute divine, qui n'a jamais ni n'aura jamais de pareille sous le ciel, enfin toutes ses autres vertus.
Qu'on se souvienne, je le répète une deuxième fois, que Marie est le grand et l'unique moule de Dieu, propre à faire des images vivantes de Dieu, à peu de frais et en peu de temps; et qu'une âme qui a trouvé ce moule, et qui s'y perd, est bientôt changée en Jésus-Christ, que ce moule représente au naturel.

En Marie - VD 261 - 263 - 264


Faire toutes ses actions en Marie

261. 3º Il faut faire ses actions en Marie.
Pour bien comprendre cette pratique il faut savoir: 1º Que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis
terrestre du nouvel Adam, et que l'ancien paradis terrestre n'en était que la figure. Il y a donc, dans ce paradis terrestre, des richesses, des beautés, des raretés et des douceurs inexplicables, que le nouvel Adam, Jésus-Christ, y a laissées. C'est en ce paradis qu'il a pris ses complaisances pendant neuf mois, qu'il a opéré ses merveilles et qu'il a étalé ses richesses avec la magnificence d'un Dieu. Ce très saint lieu n'est composé que d'une terre vierge et immaculée, dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l'opération du Saint-Esprit, qui y habite. C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie; l'arbre de science du bien et du mal qui a donné la lumière au monde. Il y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent tous les jours des fruits d'un goût divin; il y a des parterres émaillés de belles et différentes fleurs des vertus, qui jettent une odeur qui embaume même les anges. Il y a dans ce lieu des prairies vertes d'espérance, des tours imprenables de force, des maisons charmantes de confiance, etc. Il n'y a que le Saint-Esprit qui puisse faire connaître la vérité cachée sous ces figures de choses matérielles. Il y a encore en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté; un beau jour, sans nuit, de l'humanité sainte; un beau soleil, sans ombre, de la Divinité; une fournaise ardente et continuelle de charité, où tout le fer qui [y] est mis est embrasé et changé en or; il y a un fleuve d'humilité qui sourd de la terre et qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté; ce sont les quatre vertus cardinales.

263. Mais qu'il est difficile à des pécheurs comme nous sommes d'avoir la permission et la capacité et la lumière pour entrer dans un lieu si haut et si saint, qui est gardé non par un chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint- Esprit même qui s'en est rendu le maître absolu, de laquelle il dit: Hortus conclusus soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus. Marie est fermée; Marie est scellée; les misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer à celui-ci que par une grâce particulière du Saint-Esprit, qu'ils doivent mériter.

264. Après que, par sa fidélité, on a obtenu cette insigne grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance, s'y reposer en paix, s'y appuyer avec confiance, s'y cacher avec assurance et s'y perdre sans réserve, afin que dans ce sein virginal. Ceux qui demeurent en la Sainte Vierge en esprit ne feront point de péché considérable; 4. afin qu'elle soit formée en Jésus-Christ et que Jésus-Christ soit formé en elle: parce que son sein est, comme disent les Pères, la salle des sacrements divins, où Jésus-Christ et tous les élus ont été formés: Homo et homo natus est in ea.

7 mai 2012

L'agir de Dieu dans les évangiles.

Nous lisons dans 'La Vraie Dévotion' le numéro 139 - 140 et 143:


139. Second motif. 
Ce bon Maître n'a pas dédaigné de se renfermer dans le sein de la Sainte Vierge comme un captif et un esclave amoureux, et de lui être soumis et obéissant pendant trente années. C'est ici, je le répète, que l'esprit humain se perd, lorsqu'il fait une sérieuse réflexion à cette conduite de la Sagesse incarnée, qui n'a pas voulu, quoiqu'elle le pût faire, se donner directement aux hommes, mais par la Très Sainte Vierge; qui n'a pas voulu venir au monde à l'âge d'un homme parfait, indépendant d'autrui, mais comme un pauvre et petit enfant, dépendant des soins et de l'entretien de sa sainte Mère. Cette Sagesse infinie, qui avait un désir immense de glorifier Dieu son Père et de sauver les hommes, n'a point trouvé de moyen plus parfait et plus court pour le faire que de se soumettre en toutes choses à la Très Sainte Vierge, non seulement pendant les huit, dix ou quinze années premières de sa vie, comme les autres enfants, mais pendant trente ans; et elle a plus donné de gloire à Dieu son Père, pendant tout ce temps de soumission et de dépendance de la Très Sainte Vierge, qu'elle ne lui en eût donné en employant ces trente ans à faire des prodiges, à prêcher par toute la terre, à convertir tous les hommes; si autrement, elle l'aurait fait. Oh! oh! qu'on glorifie hautement Dieu en se soumettant à Marie, à l'exemple de Jésus!
Ayant devant nos yeux un exemple si visible et si connu de tout le monde, sommes-nous assez insensés pour croire trouver un moyen plus parfait et plus court pour glorifier Dieu que celui de se soumettre à Marie, à l'exemple de son Fils?

140. Qu'on [se] rappelle ici, pour preuve de la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge, ce que j'ai dit ci-cessus, en rapportant les exemples que nous donnent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dans la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge. Le Père n'a donné et ne donne son Fils que par elle, ne se fait des enfants que par elle, et ne communique ses grâces que par elle; Dieu le Fils n'a été formé pour tout le monde et engendré que par elle dans l'union au Saint-Esprit, et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle; le Saint-Esprit n'a formé Jésus-Christ que par elle, ne forme les membres de son Corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et faveurs que par elle. Après tant et de si pressants exemples de la très Sainte Trinité, pouvons-nous, sans un extrème aveuglement, nous passer de Marie, et ne pas nous consacrer à elle, et dépendre d'elle pour aller à Dieu et pour nous sacrifier à Dieu?

143. De plus, c'est ici une pratique d'une grande humilité, que Dieu aime par-dessus les autres vertus. Une âme qui s'élève abaisse Dieu, une âme qui s'humilie élève Dieu. Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. (Jacques 4,6)

Cette dévotion est un chemin aisé.


1°. C'est un chemin aisé, « un chemin que Jésus Christ a frayé en venant à nous, et où il n'y a aucun obstacle pour arriver à lui. On peut, à la vérité, arriver à l'union divine par d'autres chemins; mais ce sera par beaucoup plus de croix…, de plus, des grands saints ont passé par ce chemin aisé que le Saint Esprit leur a montré (152).

152. Cinquième motif. - Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l'union avec Notre-Seigneur, où consiste la perfection du chrétien.
1º C'est un chemin aisé; c'est un chemin que Jésus-Christ a frayé en venant à nous, et où il n'y a aucun obstacle pour arriver à lui. On peut, à la vérité, arriver à l'union divine par d'autres chemins; mais ce sera par beaucoup plus de croix, de morts étranges et avec beaucoup plus de difficultés, que nous ne vaincrons que difficilement. 

2 mars 2012

Des émotions envahissent l'auteur - VD 111 -112 - 113

Nous lisons dans la Vraie Dévotion:


111. J'ai déjà dit beaucoup de choses de la Très Sainte Vierge; mais j'ai encore beaucoup plus à dire, et j'en omettrai encore infiniment davantage, soit par ignorance, insuffisance, ou défaut de temps, dans le dessein que j'ai de former un vrai dévot de Marie et un vrai disciple de Jésus-Christ.

112. Oh! que ma peine serait bien employée si ce petit écrit, tombant entre les mains d'une âme bien née, née de Dieu et de Marie, et non du sang, de la volonte de la chair, ni de la volonté de l'homme, lui découvrait et inspirait, par la grâce du Saint-Esprit, l'excellence et le prix de la vraie et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, que je vais décrire présentement! Si je savais que mon sang criminel pût servir à faire entrer dans le coeur les vérités que j'écris en l'honneur de ma chère Mère et souveraine Maîtresse, dont je suis le dernier des enfants et des esclaves, au lieu d'encre, je m'en servirais pour former ces caractères, dans l'espérance que j'ai de trouver de bonnes âmes, qui par leur fidélité à la pratique que j'enseigne, dédommageront ma chère Mère et Maîtresse des pertes qu'elle a faites par mon ingratitude et infidélité.

113. Je me sens plus que jamais animé à croire et à espérer tout ce que j'ai profondément gravé dans le coeur, et que je demande à Dieu depuis bien des années, savoir: que tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, et que par ce moyen, Jésus- Christ, mon cher Maître, règnera dans les coeurs plus que jamais.

Les principales pratiques de dévotion à Marie


VD 115 - 116 - 117

Nous lisons avec vous les numéros: 115 - 116 - 117:

115. Il y a plusieurs pratiques intérieures de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, dont voici les principales en abrégé:
1º L'honorer comme la digne Mère de Dieu, du culte d'hyperdulie, c'est-à-dire l'estimer et l'honorer par-dessus tous les autres saints, comme le chef-d'oeuvre de la grâce et la première après Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme; 2º méditer ses vertus, ses privilèges et ses actions; 3º contempler ses grandeurs; 4º lui faire des actes d'amour, de louange et de reconnaissance; 5º l'invoquer cordialement; 6º s'offrir et s'unir à elle; 7º faire ses actions en vue de lui plaire; 8º commencer, continuer et finir toutes ses actions par elle, en elle, avec elle [et pour elle], afin de les faire par Jésus-Christ, en Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, notre dernière fin. Nous expliquerons cette dernière pratique.

116. La vraie dévotion à la Sainte Vierge a aussi plusieurs pratiques extérieures dont voici les principales:
1º S'enrôler dans ses confréries et entrer dans ses congrégations; 2º entrer dans les religions instituées en son honneur; 3º publier ses louanges; 4º faire des aumônes, jeûnes et mortification d'esprit ou de corps en son honneur; 5º porter sur soi ses livrées, comme le saint rosaire ou le chapelet, le scapulaire ou la chaînette; 6º réciter avec attention, dévotion et modestie ou le saint rosaire composé de quinze dizaines d'Ave Maria en l'honneur des quinze principaux mystères de Jésus-Christ, ou le chapelet de cinq dizaines, qui est le tiers du rosaire, ou en l'honneur des cinq mystères joyeux, qui sont: l'Annonciation, la Visitation, la Nativité de Jésus-Christ, la Purification et le Recouvrement de Jésus- Christ au Temple; ou en l'honneur des cinq mystères douloureux, qui sont: l'Agonie de Jésus-Christ au jardin des Olives, sa Flagellation, son Couronnement d'épines, son Portement de Croix et son Crucifement; ou en l'honneur des cinq mystères glorieux, qui sont: la Résurrection de Jésus- Christ, son Ascension, la Descente du Saint-Esprit ou la Pentecôte, l'Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme dans le ciel, et son Couronnement par les trois personnes de la très sainte Trinité. On peut dire aussi un chapelet de six ou sept dizaines en l'honneur des années qu'on croit que la Sainte Vierge a vécu sur la terre; ou la petite couronne de la Sainte Vierge, composée de trois Pater et douze Ave, en l'honneur de sa couronne de douze étoiles ou privilèges; ou l'office de la Sainte Vierge, si universellement reçu et recité dans l'Eglise; ou le petit psautier de la Sainte Vierge, que saint Bonaventure a fait en son honneur, et qui est si tendre et si dévot, qu'on ne peut le réciter sans en être attendri; ou quatorze Pater et Ave en l'honneur de ses quatorze allégresses; ou quelques autres prières, hymnes et cantiques de l'Eglise, comme le Salve Regina, l'Alma, l'Ave Regina coelorum, ou le Regina coeli, selon les différents temps; ou l'Ave maris stella, O gloriosa Domina, etc., ou le Magnificat ou quelques autres prières de dévotion, dont les livres sont pleins; 7º chanter et faire chanter en son honneur des cantiques spirituels; 8º lui faire un nombre de génuflexions ou révérences, en lui disant par exemple, tous les matins, soixante ou cent fois: Ave Maria, Virgo fidelis, pour obtenir de Dieu par elle la fidélité aux grâces de Dieu pendant la journée; et le soir, Ave Maria, Mater misericordiae, pour demander pardon à Dieu par elle des péchés qu'on a commis pendant la journée; 9º avoir soin de ses confréries, orner ses autels, couronner ou embellir ses images; 10º porter et faire porter ses images en procession, et en porter une sur soi, comme une arme puissante contre le malin; 11º faire faire ses images ou son nom, et les placer ou dans les églises, ou dans les maisons, ou sur les portes et entrées des villes, des églises et des maisons; 12º se consacrer à elle d'une manière spéciale et solennelle.

117. Il y a une quantité d'autres pratiques de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, que le Saint-Esprit a inspirées aux saintes âmes, qui sont très sanctifiantes; on les pourra lire plus au long dans le Paradis ouvert à Philagie, composé par le R. Père Paul Barry, de la Compagnie de Jésus, où il a recueilli un grand nombre de dévotions que les saints ont pratiquées en l'honneur de la Très Sainte Vierge, lesquelles dévotions servent merveilleusement à sanctifier les âmes, pourvu qu'elles soient faites comme il faut, c'est-à-dire:
1º avec une bonne et droite intention de plaire à Dieu seul, de s'unir à Jésus-Christ comme à sa fin dernière, et d'édifier le prochain; 2º avec attention, sans distraction volontaire; 3º avec dévotion, sans empressement ni négligence; 4º avec modestie et composition de corps respectueuse et édifiante.

30 novembre 2011

Tu as dit 'oui' - VD 68

Avec des images -puisées ci et là dans les évangiles - Montfort décrit la vocation du baptisé. Par son oui il est devenu librement le collaborateur de Jésus-Christ. Ici, il cite à nouveau un passage que nous ne devons pas survoler trop vite.
Nous lisons au numéro 68 dans 'La Vraie Dévotion':

"... C'est pour la même raison que le Saint-Esprit nous compare à des arbres plantés le long des eaux de la grâce, dans le champ de l'Eglise, qui doivent donner leurs fruits en leur temps; aux branches d'une vigne dont Jésus-Christ est le cep, qui doivent rapporter de bons raisins; à un troupeau dont Jésus-Christ est le pasteur, qui doit se multiplier et donner du lait; à une bonne terre dont Dieu est le laboureur et dans laquelle la semence se multiplie et rapporte trente, soixante ou cent pour un. Jésus-Christ a donné sa malédiction au figuier stérile et au serviteur inutile qui n'avait pas fait valoir son talent. Tout cela nous prouve que Jésus-Christ veut recevoir quelques fruits de nos chétives personnes: nos bonnes oeuvres..." 


Offerte par Dieu - VD 78 - 89

Les troisième, quatrième et cinquième vérités que Montfort propose (les numéros 78 - 89) sont étroitement liées. Je résume: soyez honnête et ne vous surestimez pas vous-même, c'est ce qu'il laisse entendre. Sans une aide explicite de Marie, une vie orientée vers Dieu est possible mais soyez intelligent et implorez l'aide de celle que Jésus, avant de mourir nous a offerte: "voici ta mère."

C'est un conseil d'or de prendre Marie dans notre vie, car si le Saint-Esprit peut enfoncer les racines de ses vertus dans notre âme, non seulement nous rencontrerons seulement le Christ tel qu'Il est, mais il entrera de plus en plus dans notre vie; alors un être nouveau naîtra en nous."

1 novembre 2011

Collés intimement à Dieu


VD 56 - VD 57 - VD 58 - VD 59


Le Père de Montfort décrit à quoi ressembleront ceux qui se donnent entièrement à Marie: ils seront des hommes nouveaux.
Nous lisons avec vous quelques extraits dans la Vraie Dévotion:

56. Mais qui seront ces serviteurs, esclaves et enfants de Marie?
Ce seront un feu brûlant, ministres du Seigneur qui mettront le feu de l'amour divin partout.
Ce seront sicut sagittae in manu potentis, des flèches aiguës dans la main de la puissante Marie pour percer ses ennemis.
Ce seront des enfants de Lévi, bien purifiés par le feu de grandes tribulations et bien collés à Dieu, qui porteront l'or de l'amour divin dans le coeur, l'encens de l'oraison dans l'esprit et la myrrhe de la mortification dans le corps, et qui seront partout la bonne odeur de Jésus-Christ aux pauvres et aux petis, tandis qu'ils seront une odeur de mort aux grands, aux riches et orgueilleux mondains.

57. Ce seront des nues tonnantes et volantes par les airs au moindre souffle du Saint-Esprit, qui, sans s'attacher à rien, ni s'étonner de rien, ni se mettre en peine de rien, répandront la pluie de la parole de Dieu et de la vie éternelle; ils tonneront contre le péché, ils gronderont contre le monde, ils frapperont le diable et ses suppôts, et ils perceront d'outre en outre, pour la vie ou pour la mort, avec leur glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, tous ceux auquels ils seront envoyés de la part du Très-Haut.

58. Ce seront des apôtres véritables des derniers temps, à qui le Seigneur des vertus donnera la parole et la force pour opérer des merveilles et remporter des dépouilles glorieuses sur ses ennemis; ils dormiront sans or ni argent et, qui plus est, sans soin, au milieu des autres prêtres, et écclésiastiques et clercs, inter medios cleros; et cependant auront les ailes argentées de la colombe, pour aller avec la pure intention de la gloire de Dieu et du salut des âmes, où le Saint-Esprit les appellera, et ils ne laisseront après eux, dans les lieux où ils auront prêché, que l'or de la charité qui est l'accomplissement de toute la loi.

59. Enfin, nous savons que ce seront de vrais disciples de Jésus-Christ, qui marchant sur les traces de sa pauvreté, humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie étroite de Dieu dans la pure vérité, selon le saint Evangile, et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni faire acception de personne, sans épargner, écouter ni craindre aucun mortel, quelque puissant qu'ils soit. Ils auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu; ils porteront sur leurs épaules l'étendard ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche, les sacrés noms de Jésus et de Marie sur leur coeur, et la modestie et mortification de Jésus- Christ dans toute leur conduite.
Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut, pour étendre son empire sur celui des impies, idolâtres et mahométans. Mais quand et comment cela sera-t-il?... Dieu seul le sait: c'est à nous de nous taire, de prier, soupirer et attendre: Expectans expectavi.

18 octobre 2011

Catéchèse à l'école de Marie (2)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort  (14 - 46)

Dieu à l’œuvre
Dans l’introduction de cette série, nous avons établi comment Montfort commence par attirer l’attention sur la façon étonnante avec laquelle Dieu est venu vers les hommes, à savoir par Marie. Que pouvons-nous en apprendre? Qu’a-t-elle à faire avec nous?

"Sortie des mains du Très-Haut"
Montfort affirme que Marie est cent pour cent une créature, totalement humaine comme vous et moi. Il emploie pour cela une expression qui se trouve plus d’une fois dans la bible et qui, chez Jérémie, compare Dieu à un potier: sortie des mains du Très-Haut (VD 14). Quand le potier n’est pas content de son œuvre, il la brise et recommence jusqu’à ce qu’il ait un vase qui lui plaise (Jr 18,4). Ainsi Marie est-elle issue des mains du Très-Haut, dans le but qu’il avait, à savoir réaliser un ciel nouveau et une terre nouvelle pour tous les hommes.

La création
Les 72 livres de la bible constituent un ensemble unique et retracent le grand récit de la création avec, en apothéose, la mort et la résurrection de Jésus et son retour au ciel. A partir de ce regard, Paul appelle le Seigneur ressuscité "le Premier-né de toute créature" (Col 1, 15).

Le Pape Benoît XVI − dans son encyclique sur la Parole de Dieu − réfère à un grand processus qui a au lieu: “La révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le plan de Dieu est progressivement devenu visible et s’est réalisé lentement, en phases successives, souvent malgré et à travers l’opposition des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. »

« Lorsque les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils, né d’un femme », c’est ainsi que St Paul, dans sa lettre aux Galates (Ga 4, 4) décrit le moment décisif de l’entrée de Jésus dans l’histoire.  La ‘descente’ de Jésus et son ‘élévation’ vers le Père est un événement irréversible dans l’œuvre créatrice de Dieu et Montfort indique la place que Marie y tient: “Je dis cependant que les choses étant supposées comme elles sont, Dieu ayant voulu commencer et achever ses plus grands ouvrages par la Très Sainte Vierge depuis qu’il l’a formée, il est à croire qu’il ne changera pas de conduite dans les siècles des siècles, car il est Dieu et ne change point en ses sentiments ni en sa conduite” (VD 15). 

Pour exprimer la ‘descente’ de Jésus, Montfort utilise des mots qui renvoient directement au récit de la création: “ Dieu le Fils est descendu dans son sein virginal comme le nouvel Adam dans son paradis terrestre…” (VD 18). Il s’agit clairement de la nouvelle création. Notre auteur entre plus avant dans cet événement et exprime son admiration: “ O admirable et incompréhensible dépendance d’un Dieu ”, et il pointe déjà une de ses réflexions: si Jésus s’est fait si dépendant de Marie, pourquoi devrions-nous nous craindre de dépendre d’elle?

Marie et l’Église
Pour exprimer plus clairement le lien intime qui existe entre Jésus Christ et les baptisés, saint Paul emploie l’image du corps: il s’agit d’un seul corps dont Jésus est la tête et les baptisés sont les membres (1 Co 12, 12-30). Sur cet arrière-fond, Montfort explique le lien entre Marie et les baptisés, l’Église: “Avec Marie et en elle, le Saint-Esprit a produit son chef-d’œuvre qui est un Dieu fait homme. De la même manière, il produit tous les jours, jusqu’à la fin du monde… les membres du corps de ce chef adorable” (VD 20). Montfort développera de plus en plus cette donnée.

Disons quelques mots sur l’actualité de la pensée de Montfort. Il ne possédait bien sûr pas, au 18e siècle, les traductions actuelles de la bible et ne connaissait pas les techniques modernes de l’exégèse, mais ses conclusions sont exactes. Ainsi nous constatons que Vatican II n’a pas contredit ses intuitions quant à la place de Marie et son action efficace envers les croyants mais qu’il les a approfondies. On sait que les évêques belges, avec leurs théologiens, ont apporté une importante contribution à la rédaction des grands documents conciliaires. Quand on demandait au professeur Philips, rédacteur du texte sur Marie, s’il avait alors les écrits de Montfort sous la main, il répondait: je ne les avais pas matériellement sur mon bureau mais je les portais dans mon cœur. En 2003, Jean-Paul II a écrit une lettre spécialement à la Famille montfortaine. Il y souligne le lien étroit entre les intuitions de Montfort et le document conciliaire Lumen Gentium, et demande de maintenir vivante chez les chrétiens la confiance dans les soins maternels de Marie.

Jadis, par respect pour elle, on plaçait volontiers Marie dans les hauteurs du ciel. On soulignait ainsi la différence entre elle et le monde pécheur. C’était comme si sa place était davantage près Dieu que près des hommes. Grâce à une relecture attentive des données bibliques, Vatican II l’a placée au milieu du peuple de Dieu: elle n’est pas seulement un membre éminent de l’Église, mais elle chemine aussi avec les hommes en route vers le ciel nouveau et la terre nouvelle. “Son amour maternel la rend attentive aux frères et sœurs de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse” (LG 62).

Le terme ‘prédestinés’
De la même manière, Montfort place Marie dans le peuple de Dieu, l’Église vivante. Pour l’exprimer, il se rattache au remarquable livre biblique de l’Ecclésiastique, appelé aujourd’hui  Livre de Ben Sira, un écrivain juif du deuxième siècle avant Jésus Christ. Il voulait encourager ses coreligionnaires et il en avait toutes les raisons. En effet, le peuple juif était menacé de ne plus survivre. Pas seulement parce que le pays était occupé depuis longtemps par les Syriens, mais surtout parce que le nouveau roi avait érigé sur l’esplanade du temple à Jérusalem une grande statue en l’honneur de Zeus et empêchait tout autre culte. C’était, pour le petit reste des croyants, comme si l’œuvre de Dieu avec le peuple juif allait définitivement vers sa fin. L’auteur continue cependant à croire que Dieu poursuivra l’œuvre qu’il a commencée et que, comme autrefois, il continuera à s’appuyer sur quelques-uns. Il reprend pour cela le terme ‘peuple élu’ et l’appelle tantôt ‘Jacob’, tantôt ‘Israël’.

Pour expliquer le rôle de Marie au milieu de ces pauvres ‘élus’ de Dieu, Montfort puise quelques phrases du livre de l’Ecclésiastique. Je traduis le terme ‘prédestinés’ par l’expression très significative ‘mes sympathisants’ ou ‘mes amis’.

"C’est là ta place "
Notre auteur fait dire par Dieu le Père ces paroles à Marie: “ Demeure en Jacob. C’est là – au milieu de mes ‘prédestinés’, mes sympathisants, mes amis qu’est ta place; sois pour eux une vraie mère (VD 29-30). "

Et Dieu le Fils dit à Marie: « Israël sera ton héritage.  Reçois le peuple de Dieu comme héritage, il devient ta propriété. Sois en responsable: « Comme une bonne mère, tu les enfanteras, nourriras, élèveras; et, comme leur souveraine, tu les conduiras, gouverneras et défendras » (VD 31).

Dieu le Saint-Esprit à son tour lui dit: Jette tes racines dans mes élus ”… Sois active en eux. “Laisse toutes tes vertus prendre racine dans mes ‘amis’ pour les faire croître de vertu en vertu et de grâce en grâce…Donne-moi la joie de retrouver en eux les racines de ta foi invincible, de ton humilité profonde, de ta mortification universelle, de ton oraison sublime, de ta charité ardente et de toutes tes autres vertus…” (VD 34).

“…Quand Marie a jeté ses racines dans un âme, elle y produit des merveilles de grâce
qu’elle seule peut produire.” (VD 35). “…
Quand le Saint-Esprit, son Époux, l’a trouvée dans une âme, il y vole,
il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment” (VD 36).

En guise de conclusion
D’après Montfort, il ne peut en être autrement : Marie a reçu un  grand pouvoir sur les ‘amis’ de Dieu et, comme en témoigne l’histoire, elle a pris son rôle à cœur (VD 37- 48).
Le prochain article parlera de Marie dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu (VD 49-59).
Père Frans Fabry, directeur
Note:
Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros de la Vraie Dévotion (VD) et du document conciliaire  Lumen Gentium (LG).

Marie et l' Eglise - VD 20 et LG 62


Quand nous lisons dans l'article 'Catéchèse à l'école de Marie', nous arrivons sur le passage 'Marie et l'Eglise'. Ici nous citons le numéro 20 que le père de Montfort a écrit dans 'La Vraie Dévotion':

20. Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c'est-à-dire ne produisant point d'autre personne divine, est devenu fécond par Marie qu'il a épousée. C'est avec elle et en elle et d'elle qu'il a produit son chef-d'oeuvre, qui est un Dieu fait homme, et qu'il produit tous les jours jusqu'à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce chef adorable: c'est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère et indissoluble Epouse, dans une âme, et plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en Jésus-Christ.


Ci-dessous nous citons encore le passage d'une écriture de l'Eglise 'Lumen Gentium' n° 62:
“Son amour maternel la rend attentive aux frères et sœurs de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse” (LG 62).

"C’est là ta place "

VD 29 - 31 - 34 - 35 - 36 - 37 - 38 - 39 - 43

Nous arrivons à la fin du texte 'Catéchèse à l'école de Marie' avec le passage: 'C'est là ta place'. 
Nous citons des numéros que le Père de Montfort a écrit dans 'La Vraie Dévotion':
29. Dieu le Père se veut faire des enfants par Marie jusqu'à la consommation du monde, et il lui dit ces paroles: In Jacob inhabita: demeurez en Jacob, c'est-à-dire faites votre demeure et résidence dans mes enfants et prédestinés, figurés par Jacob.

31. Comme leur bonne mère, vous les enfanterez, nourrirez, élèverez; et, comme leur souveraine, vous les conduirez, gouvernerez et défendrez.

34. Dieu le Saint-Esprit veut se former en elle et par elle des élus et il lui dit: In electis meis mitte radices. Jetez, ma bien-aimée et mon Epouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu'ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce. J'ai pris tant de complaisance en vous, lorque vous viviez sur la terre dans la pratique des plus sublimes vertus, que je désire encore vous trouver sur la terre, sans cesser d'être dans le ciel. Reproduisez-vous pour cet effet dans mes élus: que je voie en eux avec complaisance les racines de votre foi invincible, de votre humilité profonde, de votre mortification universelle, de votre oraison sublime, de votre charité ardente, de votre espérance ferme et de toutes vos vertus. Vous êtes toujours mon Epouse aussi fidèle, aussi pure et aussi féconde que jamais: que votre foi me donne des fidèles; que votre pureté me donne des vierges, que votre fécondité me donne des élus et des temples.

35. Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y produit des merveilles de grâces qu'elle seule peut produire parce qu'elle est seule la Vierge féconde qui n'a jamais eu ni n'aura jamais sa semblable en pureté et en fécondité.
Marie a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps. La formation et l'éducation des grands saints qui seront sur la fin du monde lui est réservée; car il n'y a que cette Vierge singulière et miraculeuse qui peut produire, en union du Saint-Esprit, les choses singulières et extraordinaires.

36. Quand le Saint-E sprit, son Epoux, l'a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu'elle donne place à son Epouse.

37.  On doit conclure évidemment de ce que je viens de dire:
Premièrement, que Marie a reçu de Dieu une grande domination dans les âmes des élus: car elle ne peut pas faire en eux sa résidence, comme Dieu le Père lui a ordonné; les former, les nourrir et les enfanter à la vie éternelle comme leur mère, les avoir pour son héritage et sa portion, les former en Jésus-Christ et Jésus-Christ en eux; jeter dans leur coeur les racines de ses vertus, et être la compagne indissoluble du Saint-Esprit pour tous ces ouvrages de grâces; elle ne peut pas, dis-je, faire toutes ces choses, qu'elle n'ait droit et domination dans leurs âmes par une grâce singulière du Très-Haut, qui, lui ayant donné puissance sur son Fils unique et naturel, la lui a aussi donné sur ses enfants adoptifs, non seulement quant au corps, ce qui serait peut de chose, mais aussi quant à l'âme.

38. Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête. Or, comme le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le coeur ou l'intérieur de l'homme, selon cette parole: Le royaume de Dieu est au-dedans de vous, de même le royaume de la Très Sainte Vierge est principalement dans l'intérieur de l'homme, c'est-à-dire dans son âme, et c'est principalement dans les âmes qu'elle est plus glorifiée avec son Fils que dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l'appeler avec les saints la Reine des Coeurs.

39. Secondement, il faut conclure que la Très Sainte Vierge étant nécessaire à Dieu, d'une nécessité qu'on appelle hypothétique, en conséquence de sa volonté, elle est bien plus nécessaire aux hommes pour arriver à leur dernière fin. Il ne faut donc pas mêler la dévotion à la Très Sainte Vierge avec les dévotions aux autres saints, comme si elle n'était pas plus nécessaire, et que de surérogation.

43. Si la dévotion à la Très Sainte Vierge est nécessaire à tous les hommes pour faire simplement leur salut, elle l'est encore beaucoup plus à ceux qui sont appelés à une perfection particulière; et je ne crois pas qu'une personne puisse acquérir une union intime avec Notre-Seigneur et une parfaite fidélité au Saint-Esprit, sans une très grande union avec la Très Sainte Vierge et une grande dépendance de son secours.