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2 mars 2012

Catéchèse à l'école de Marie (6)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort (110 - 119)

Un préambule

La ‘vraie’ religiosité, telle que Montfort la développe, est suscitée par Dieu dans le cœur de l’homme. C’est Lui qui est le premier. De son coté l’homme réagit à l’offre, à l’alliance, qui dans le fond est une proposition d’un partenariat. De la réponse positive ou négative dépend si oui ou non l’alliance est efficace. Presque inconsciemment en s’adressant à Dieu, l’homme cherche un avantage personnel. Le ‘oui’ de Marie par contre était limpide et gratuit. Il est rare de trouver des chrétiens de cette trempe, écrit Montfort : “Qu’il est rare maintenant! C'est afin qu'il ne soit plus si rare que j'ai mis la plume à la main pour écrire sur le papier ce que j'ai enseigné avec fruit en public et en particulier dans mes missions, pendant bien des années »  (110).

Des émotions envahissent l’auteur

J'ai déjà dit beaucoup de choses de la Très Sainte Vierge; mais j'ai encore beaucoup plus à dire, et j'en omettrai encore infiniment davantage, soit par ignorance, insuffisance, ou manque de temps, dans le dessein que j'ai de former un vrai dévot de Marie et un vrai disciple de Jésus Christ » (111). Remarquez que Montfort avoue ses limites : son objectif est de ‘former un vrai disciple de Jésus Christ’, mais comme il le dira plus loin, ce n’est pas lui qui peut opérer cela, c’est l’œuvre de l’Esprit et il précisera : c’est l’œuvre de l’Esprit et Marie.

Oh! que ma peine serait bien employée si ce petit écrit, tombant entre les mains d'une âme bien née, née de Dieu et de Marie… lui découvrait et inspirait, par la grâce du Saint-Esprit, l'excellence et le prix de la vraie et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, que je vais décrire présentement » (112). Avez-vous remarqué, Montfort parle d’une naissance ? Il fait penser à la parole de Jésus devant Nicodème et l’étonnement de ce dernier: naître une deuxième fois, comment est-ce possible ?

L’auteur se sent dépassé et des émotions l’envahissent : “Si je savais que mon sang criminel pût servir à faire entrer dans le cœur les vérités que j'écris… au lieu d'encre, je m'en servirais pour former ces caractères… » (112). Il continue : Je me sens plus que jamais animé à croire et à espérer tout ce que j'ai profondément gravé dans le cœur, et que je demande à Dieu depuis bien des années, à savoir : que tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, et que par ce moyen, Jésus Christ, mon cher Maître, règnera dans les cœurs plus que jamais » (113).

Un alinéa étonnant

“Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou du moins pour l'envelopper dans les ténèbres et le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n'importe! mais tant mieux! Cette vue m'encourage et me fait espérer un grand succès, c'est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais » (114). Et il termine par deux citation bibliques qui appellent à la réflexion : “Que celui qui lit, comprenne” ; “Que celui qui peut comprendre comprenne.”

Deux observations

La disparition de son écrit dans un coffre, les dents diaboliques qui le déchireraient, la furie qui attaqueraient des hommes et des femmes, les temps périlleux qui arriveraient font penser à la révolution française et l’anticléricalisme qui ont frappé lourdement les Montfortains et les Filles de la Sagesse. Par mesure de sécurité ils avaient enterré tout ce qui était précieux pour le reprendre après la calamité, entre autres le manuscrit abîmé, découvert en 1842 seulement et dont les premières et dernières pages étaient arrachées. Comment est-t-il possible que l’auteur, en plein milieu de son écrit, en mentionne le sort ?

Il y a une deuxième remarque étonnante. Quant à la mission du chrétien, il met explicitement les hommes et les femmes sur le même pied : “…un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe”. Montfort rédige le texte au début du 18e siècle et déjà, à ce moment de l’histoire, il indique le fondement théologique solide de la mission apostolique du laïc.  D’ailleurs, surtout à partir du début du 20e siècle, le livre ‘La Vraie Dévotion’ a mis en route des mouvements apostoliques qui ne font pas de distinction entre hommes et femmes. Le plus connu et universellement répandu est la Légion de Marie, mais il y en a d’autres, même des instituts religieux, masculins et féminins. Lors de ses nombreux voyages apostoliques, avec conviction, Jean-Paul II a témoigné du ‘Totus Tuus’ de Montfort, résumant son message.

Reprenons le fil

Après cette interruption, Montfort reprend le fil de ses idées. Il cite une longue série de dévotions mariales valables en ajoutant qu’il y en a une quantité d’autres « pourvu qu’elles soient faites comme il faut », puis il indique son propos : faire connaître la ‘parfaite’ dévotion à Marie. Est-il prétentieux ? Il s’explique : “Après tout, je proteste hautement qu'ayant lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la Très Sainte Vierge, et ayant conversé familièrement avec les plus saints et savants personnages de ces derniers temps, je n'ai point connu ni appris de pratique de dévotion envers la Sainte Vierge semblable à celle que je veux dire… »

Il en donne la raison: “…qui exige d'une âme plus de sacrifices pour Dieu, qui la vide plus d'elle même et de son amour-propre, qui la conserve plus fidèlement dans la grâce, et la grâce en elle, qui l'unisse plus parfaitement et plus facilement à Jésus Christ, et enfin qui soit plus glorieuse à Dieu, sanctifiante pour l'âme et utile au prochain » (118). Une fois de plus, l’auteur nous livre une longue phrase dont chaque élément a sa portée. La première partie fait penser à un passage chez Paul indiquant le vrai culte du chrétien : “Je vous exhorte, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu: ce sera là votre culte spirituel à rendre” (Rom 12,1). Dans la deuxième partie de cette longue phrase, nous découvrons la triple dimension d’une vraie dévotion : la gloire de Dieu, la sanctification personnelle et le profit qu’en tire le prochain.

L’homme d’expérience parle

“ Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second ? Qui parviendra jusqu'au troisième ? Enfin, qui est celui qui y sera par état ? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus-Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel » (119).

Qui en est capable ?

Une fois de plus, Montfort se sert du mot ‘secret’. Par là il exprime son expérience : la majorité l’ignore, mais il y a aussi le fait qu’il s’agit d’une donnée qu’on ne peut acquérir de ses seules forces ; elle vous sera donnée ‘par l’esprit de Jésus qui vous le révèlera’. Ce même alinéa fait comprendre qu’il s’agit d’un chemin à parcourir avec ténacité et qui conduit à pas moins que la transformation de soi-même en Jésus Christ. Devenir ‘christ’ de Dieu (le ‘oint’ de Dieu) parmi les hommes, voilà la vocation assurée du baptisé. Voilà la vraie dévotion, la consécration à Jésus Christ et à son œuvre. Remarquez, une fois de plus, une caractéristique essentielle de la vraie dévotion: le verticalisme et l’horizontalisme vont de pair.

Dans sa lettre aux Romains Paul parle du « vrai culte spirituel à rendre ». De son côté, le mois prochain le père de Montfort nous aidera à découvrir le lien intime entre culte (dévotion), baptême et promesses baptismales. Une belle coïncidence : le mois prochain nous célébrerons la fête pascale et nous serons invités à renouveler nos promesses.

Frans Fabry

Des émotions envahissent l'auteur - VD 111 -112 - 113

Nous lisons dans la Vraie Dévotion:


111. J'ai déjà dit beaucoup de choses de la Très Sainte Vierge; mais j'ai encore beaucoup plus à dire, et j'en omettrai encore infiniment davantage, soit par ignorance, insuffisance, ou défaut de temps, dans le dessein que j'ai de former un vrai dévot de Marie et un vrai disciple de Jésus-Christ.

112. Oh! que ma peine serait bien employée si ce petit écrit, tombant entre les mains d'une âme bien née, née de Dieu et de Marie, et non du sang, de la volonte de la chair, ni de la volonté de l'homme, lui découvrait et inspirait, par la grâce du Saint-Esprit, l'excellence et le prix de la vraie et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, que je vais décrire présentement! Si je savais que mon sang criminel pût servir à faire entrer dans le coeur les vérités que j'écris en l'honneur de ma chère Mère et souveraine Maîtresse, dont je suis le dernier des enfants et des esclaves, au lieu d'encre, je m'en servirais pour former ces caractères, dans l'espérance que j'ai de trouver de bonnes âmes, qui par leur fidélité à la pratique que j'enseigne, dédommageront ma chère Mère et Maîtresse des pertes qu'elle a faites par mon ingratitude et infidélité.

113. Je me sens plus que jamais animé à croire et à espérer tout ce que j'ai profondément gravé dans le coeur, et que je demande à Dieu depuis bien des années, savoir: que tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, et que par ce moyen, Jésus- Christ, mon cher Maître, règnera dans les coeurs plus que jamais.

Un alinéa étonnant - VD 114


Nous lisons le numéro 114:

114. “Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou du moins pour l'envelopper dans les ténèbres et le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n'importe! mais tant mieux! Cette vue m'encourage et me fait espérer un grand succès, c'est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais". 

Et il termine par deux citation bibliques qui appellent à la réflexion : “Que celui qui lit, comprenne” ; “Que celui qui peut comprendre comprenne.”

Deux observations


Deux observations

La disparition de son écrit dans un coffre, les dents diaboliques qui le déchireraient, la furie qui attaqueraient des hommes et des femmes, les temps périlleux qui arriveraient font penser à la révolution française et l’anticléricalisme qui ont frappé lourdement les Montfortains et les Filles de la Sagesse. Par mesure de sécurité ils avaient enterré tout ce qui était précieux pour le reprendre après la calamité, entre autres le manuscrit abîmé, découvert en 1842 seulement et dont les premières et dernières pages étaient arrachées. Comment est-t-il possible que l’auteur, en plein milieu de son écrit, en mentionne le sort ?

Il y a une deuxième remarque étonnante. Quant à la mission du chrétien, il met explicitement les hommes et les femmes sur le même pied : “…un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe”. Montfort rédige le texte au début du 18e siècle et déjà, à ce moment de l’histoire, il indique le fondement théologique solide de la mission apostolique du laïc.  D’ailleurs, surtout à partir du début du 20e siècle, le livre ‘La Vraie Dévotion’ a mis en route des mouvements apostoliques qui ne font pas de distinction entre hommes et femmes. Le plus connu et universellement répandu est la Légion de Marie, mais il y en a d’autres, même des instituts religieux, masculins et féminins. Lors de ses nombreux voyages apostoliques, avec conviction, Jean-Paul II a témoigné du ‘Totus Tuus’ de Montfort, résumant son message.

Les principales pratiques de dévotion à Marie


VD 115 - 116 - 117

Nous lisons avec vous les numéros: 115 - 116 - 117:

115. Il y a plusieurs pratiques intérieures de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, dont voici les principales en abrégé:
1º L'honorer comme la digne Mère de Dieu, du culte d'hyperdulie, c'est-à-dire l'estimer et l'honorer par-dessus tous les autres saints, comme le chef-d'oeuvre de la grâce et la première après Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme; 2º méditer ses vertus, ses privilèges et ses actions; 3º contempler ses grandeurs; 4º lui faire des actes d'amour, de louange et de reconnaissance; 5º l'invoquer cordialement; 6º s'offrir et s'unir à elle; 7º faire ses actions en vue de lui plaire; 8º commencer, continuer et finir toutes ses actions par elle, en elle, avec elle [et pour elle], afin de les faire par Jésus-Christ, en Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, notre dernière fin. Nous expliquerons cette dernière pratique.

116. La vraie dévotion à la Sainte Vierge a aussi plusieurs pratiques extérieures dont voici les principales:
1º S'enrôler dans ses confréries et entrer dans ses congrégations; 2º entrer dans les religions instituées en son honneur; 3º publier ses louanges; 4º faire des aumônes, jeûnes et mortification d'esprit ou de corps en son honneur; 5º porter sur soi ses livrées, comme le saint rosaire ou le chapelet, le scapulaire ou la chaînette; 6º réciter avec attention, dévotion et modestie ou le saint rosaire composé de quinze dizaines d'Ave Maria en l'honneur des quinze principaux mystères de Jésus-Christ, ou le chapelet de cinq dizaines, qui est le tiers du rosaire, ou en l'honneur des cinq mystères joyeux, qui sont: l'Annonciation, la Visitation, la Nativité de Jésus-Christ, la Purification et le Recouvrement de Jésus- Christ au Temple; ou en l'honneur des cinq mystères douloureux, qui sont: l'Agonie de Jésus-Christ au jardin des Olives, sa Flagellation, son Couronnement d'épines, son Portement de Croix et son Crucifement; ou en l'honneur des cinq mystères glorieux, qui sont: la Résurrection de Jésus- Christ, son Ascension, la Descente du Saint-Esprit ou la Pentecôte, l'Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme dans le ciel, et son Couronnement par les trois personnes de la très sainte Trinité. On peut dire aussi un chapelet de six ou sept dizaines en l'honneur des années qu'on croit que la Sainte Vierge a vécu sur la terre; ou la petite couronne de la Sainte Vierge, composée de trois Pater et douze Ave, en l'honneur de sa couronne de douze étoiles ou privilèges; ou l'office de la Sainte Vierge, si universellement reçu et recité dans l'Eglise; ou le petit psautier de la Sainte Vierge, que saint Bonaventure a fait en son honneur, et qui est si tendre et si dévot, qu'on ne peut le réciter sans en être attendri; ou quatorze Pater et Ave en l'honneur de ses quatorze allégresses; ou quelques autres prières, hymnes et cantiques de l'Eglise, comme le Salve Regina, l'Alma, l'Ave Regina coelorum, ou le Regina coeli, selon les différents temps; ou l'Ave maris stella, O gloriosa Domina, etc., ou le Magnificat ou quelques autres prières de dévotion, dont les livres sont pleins; 7º chanter et faire chanter en son honneur des cantiques spirituels; 8º lui faire un nombre de génuflexions ou révérences, en lui disant par exemple, tous les matins, soixante ou cent fois: Ave Maria, Virgo fidelis, pour obtenir de Dieu par elle la fidélité aux grâces de Dieu pendant la journée; et le soir, Ave Maria, Mater misericordiae, pour demander pardon à Dieu par elle des péchés qu'on a commis pendant la journée; 9º avoir soin de ses confréries, orner ses autels, couronner ou embellir ses images; 10º porter et faire porter ses images en procession, et en porter une sur soi, comme une arme puissante contre le malin; 11º faire faire ses images ou son nom, et les placer ou dans les églises, ou dans les maisons, ou sur les portes et entrées des villes, des églises et des maisons; 12º se consacrer à elle d'une manière spéciale et solennelle.

117. Il y a une quantité d'autres pratiques de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, que le Saint-Esprit a inspirées aux saintes âmes, qui sont très sanctifiantes; on les pourra lire plus au long dans le Paradis ouvert à Philagie, composé par le R. Père Paul Barry, de la Compagnie de Jésus, où il a recueilli un grand nombre de dévotions que les saints ont pratiquées en l'honneur de la Très Sainte Vierge, lesquelles dévotions servent merveilleusement à sanctifier les âmes, pourvu qu'elles soient faites comme il faut, c'est-à-dire:
1º avec une bonne et droite intention de plaire à Dieu seul, de s'unir à Jésus-Christ comme à sa fin dernière, et d'édifier le prochain; 2º avec attention, sans distraction volontaire; 3º avec dévotion, sans empressement ni négligence; 4º avec modestie et composition de corps respectueuse et édifiante.

Reprenons le fil - VD 118

Après cette interruption, Montfort reprend le fil de ses idées. Il cite une longue série de dévotions mariales valables en ajoutant qu’il y en a une quantité d’autres « pourvu qu’elles soient faites comme il faut », puis il indique son propos : faire connaître la ‘parfaite’ dévotion à Marie. Est-il prétentieux ?
Nous lisons avec vous dans la Vraie Dévotion le numéro 118:

"Après tout, je proteste hautement qu'ayant lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la Très Sainte Vierge, et ayant conversé familièrement avec les plus saints et savants personnages de ces derniers temps, je n'ai point connu ni appris de pratique de dévotion envers la Sainte Vierge semblable à celle que je veux dire, qui exige d'une âme plus de sacrifices pour Dieu, qui la vide plus d'elle même et de son amour-propre, qui la conserve plus fidèlement dans la grâce, et la grâce en elle, qui l'unisse plus parfaitement et plus facilement à Jésus-Christ, et enfin qui soit plus glorieuse à Dieu, sanctifiante pour l'âme et utile au prochain."

L'homme d'expérience parle - VD 119

“ Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second ? Qui parviendra jusqu'au troisième ? Enfin, qui est celui qui y sera par état ? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus-Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel."

Qui en est capable?


Une fois de plus, Montfort se sert du mot ‘secret’. Par là il exprime son expérience : la majorité l’ignore, mais il y a aussi le fait qu’il s’agit d’une donnée qu’on ne peut acquérir de ses seules forces ; elle vous sera donnée ‘par l’esprit de Jésus qui vous le révèlera’. Ce même alinéa fait comprendre qu’il s’agit d’un chemin à parcourir avec ténacité et qui conduit à pas moins que la transformation de soi-même en Jésus Christ. Devenir ‘christ’ de Dieu (le ‘oint’ de Dieu) parmi les hommes, voilà la vocation assurée du baptisé. Voilà la vraie dévotion, la consécration à Jésus Christ et à son œuvre. Remarquez, une fois de plus, une caractéristique essentielle de la vraie dévotion: le verticalisme et l’horizontalisme vont de pair.

28 janvier 2012

Catechèse à l'école de Marie (5)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort ( 90 - 110)

Les dévotions ne sont pas toutes valables

Il est à remarquer que Montfort, reconnu pour son admiration pour Marie, nous appelle à être critiques quant aux dévotions mariales. Il précise : il y a des formes de dévotion qui induisent en erreur. Les adjectifs qu’il utilise attirent l’attention :"la grande et solide dévotion" (60,62),"les véritables dévotions" (90), "la vraie dévotion" (91) contrairement aux "fausses dévotions" (90). Il a parfois une manière directe de décrire certaines personnes qui fait penser au langage des prophètes dans la Bible, parfois de Jésus lui-même, et je devine que c’est voulu.

"Vraie" dévotion

D’où lui vient cette certitude pour prétendre qu’il prêche la dévotion vraie et authentique ?
Il en a donné une justification dans les numéros 60-89 : nous n’avons pas d’autre point de
départ que celui de la Bible, à savoir la double donnée : le fait que Dieu est venu vers son
peuple et puis la manière dont Il l’a fait.
La dévotion ou la piété est la réponse de l’homme à la proposition concrète de Dieu
et en ce qui concerne cette proposition il n’y a pas le choix.
À vrai dire il est possible d’y répondre de plusieurs manières, plus ou moins intense,
mais choisir une autre relation avec Dieu est une utopie. 
D’où le choix du mot ‘vraie’ dévotion, toute autre piété
est issue d’une image erronée de Dieu, et cela arrive souvent. Voilà son point de vue.
Vous vous souvenez peut-être encore du titre probable de son livre : Préparation au Règne
de Jésus Christ.
La dévotion chez lui n’est rien d’autre que le dévouement à ce Règne.
Le mot ‘dévotion’ le restitue bien : ‘se dévouer’, s’appliquer à, collaborer à…
Afin d’y parvenir au mieux, Marie est une aide précieuse, Montfort nous le rappelle
de plusieurs manières.

Une terminologie délicate

Il ne ménage pas ses mots. En réalité il ne veut pas déclencher de polémique,
mais il donne à réfléchir.
Notez les expressions: “Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses
dévotions à la Sainte Vierge, à savoir: 1º les dévots critiques; 2º les dévots scrupuleux;
3º les dévots extérieurs; 4º les dévots présomptueux; 5º les dévots inconstants;
6º les dévots
hypocrites; 7º les dévots intéressés”. 
L’auteur n’a pas la prétention de faire ici de la haute théologie, il veut être clair et précis.
L’attaque est menée hardiment (les numéros 92-104). Avoir une haute opinion de soi-même,
vivre des doutes, se limiter à des rites extérieurs, être instable comme une girouette, sauver
les apparences, s’imaginer que l’on peut acheter l’amour de Dieu… toutes des attitudes
humaines ! On s’y reconnait parfois !

Des portraits pointus

Les ‘dévots critiques’ sont fiers de leur érudition et de leur perspicacité.
Ils en déduisent qu’ils ont raison et que les autres ont tort. 
Ils veulent bien accepter que Dieu a impliqué Marie
dans son grand projet de sauver l’humanité, mais ils reculent devant des expressions
extérieures de la foi et trouvent la piété populaire ridicule.
Les 'dévots scrupuleux' craignent de déshonorer le Fils en honorant sa Mère,
et que par conséquent la dévotion mariale soit de l’idolâtrie. 
Ils ne comprennent pas qu’une prière à la
Vierge Marie puisse être un moyen pour aboutir à une relation plus intime avec Jésus.
Les ‘dévots extérieurs’ vont dans la direction opposée :
leur dévotion mariale se limite à des gestes extérieurs. 
Montfort donne des exemples : “Ils diront force de chapelets à la hâte,
entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion,
se mettront de toutes confréries mariales sans amendement de leur vie…”
Ce qui les attire c’est d’être incorporés dans un groupe, sans en vivre la spiritualité.
Les ‘dévots présomptueux’ s’imaginent d’être corrects :
“Sous prétexte qu'ils sont dévots à la Vierge,
ils dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes,
sans faire beaucoup d’effort pour se corriger. 
Ils comptent sur le fait que Dieu va les pardonner…
Ils sont dévots à la Sainte Vierge, c’est ce qu’ils prétendent,
parce qu’ils portent le scapulaire; qu'ils disent tous les jours
sans reproche et sans vanité sept Pater et sept Ave en son honneur;
qu'ils disent même quelquefois le chapelet…  ceci est suffisant,
pensent-ils, et se réfèrent à des histoires qu’ils
ont entendues ou lues, vraies ou fausses, peu importe. ”
“Les ‘dévots inconstants’ sont dévots à la Sainte Vierge
par intervalles et par boutades:
tantôt ils sont fervents et tantôt ils sont tièdes,
tantôt ils paraissent prêts à tout faire pour son service,
et puis, un peu après ils ne sont plus les mêmes…
Ils changent volontiers d’avis.”
Ils ne tiennent pas compte qu’ils ont conclu une alliance à leur baptême,
et s’en soucient fort peu.
Pour établir un portait des ‘dévots hypocrites’,
l’auteur se limite à quelques mots, mais suffisamment clairs. 
Par leurs pratiques de dévotions, ils veulent se faire passer pour ce
qu’ils ne sont pas.  Ils tiennent à être vus et à se faire passer
pour des personnes pieuses.
Leur dévotion est orientée vers les hommes,
elle n’a rien à voir avec de la piété, mais est plutôt de l’autoglorification.
Les ‘dévots intéressés’ prennent refuge auprès de Marie
seulement quand ils en ont besoin : gagner un procès, un danger imminent,
une maladie… “sans quoi ils l'oublient” précise Montfort. Par contre,
s’ils sont vraiment consacrés au Royaume de Jésus, dira-t-il plus loin,
ils peuvent pleinement compter sur la bienveillance maternelle de Marie.

La dévotion ‘véritable’

À quoi peut-on donc reconnaître la véritable dévotion mariale ?
Remarquez qu’ici Montfort n’en donne que des propriétés
et ne précise pas encore en quoi elle existe.
Intérieure.
La vraie dévotion mariale découle d’une compréhension correcte
de l’agir de Dieu envers les hommes et du rôle qu’Il attribue à Marie.
Cette compréhension mène à la respecter
et à s’attacher à elle.
Tendre. La vraie dévotion mariale est un fruit de la simplicité et de la confiance.
En effet, Jésus lui-même en est le fondement, lorsque, sur la Croix,
Il donna à Marie la mission d’être
‘mère’ pour le disciple et qu’Il demanda au disciple de l’accepter comme ‘mère’.
Il s’agit d’un don précieux aux pauvres croyants de tous les temps.
Une relation mère-enfant est
caractérisée par une confiance extrême.
À temps et à contretemps, l’enfant compte sur sa mère et se jette dans ses bras.
Sainte. En s’adressant à Marie de la bonne manière, elle réagit et se met à l’œuvre.
Pensez à la façon dont Montfort relate la mission qu’elle a reçue du Saint Esprit :
“Jetez les racines de toutes vos vertus dans mes élus,
afin qu’ils croissent de vertu en vertu, de grâce en grâce”
(cf. 34). On va lui ressembler de plus en plus, elle qui est ‘pleine de grâces’.
Constante. La vraie dévotion mariale aide à tenir dans la foi et à ne pas se laisser influencer.
La Parole de Dieu, sa promesse, est la pierre angulaire de la prière, de la confiance.
Lors d’un moment d’inconstance, de peur ou de tristesse, Marie vient à l’aide.
Elle renforce la confiance
en Dieu et soutient la constance.
Désintéressée. La connaissance de l’agir de Dieu et la décision de travailler
avec Jésus à l’avènement du Royaume, contribuent à discerner ce qui
est le plus important.  On ne cherchera pas à avoir la meilleure place dans le ciel,
et encore moins à siéger à la droite ou
à la gauche de Jésus, mais à collaborer avec Lui.
Etre disponible comme Marie autant sur le Calvaire qu’au noces de Cana, dit Montfort.

Il s’agit d’un comble de dévotion, qui en est capable ? Sans aide, vous n’y arriverez
pas. 
Montfort vous indiquera de précieux moyens. Nous en parlerons la prochain
e
fois.



Frans Fabry

Les dévotions ne sont pas toutes valables.

VD 60 - 62 - 90 - 91


Nous lisons avec vous:

60. Ayant jusqu'ici dit quelque chose de la nécessité que nous avons de la dévotion à la Très Sainte Vierge, il faut dire en quoi consiste cette dévotion; ce que je ferai, Dieu aidant, après que j'aurai présupposé quelques vérités fondamentales, qui donneront jour à cette grande et solide dévotion que je veux découvrir.

62. Si donc nous établissons la solide dévotion de la Très Sainte Vierge, ce n'est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ, ce n'est que pour donner un moyen aisé et assuré pour trouver Jésus-Christ. Si la dévotion à la Sainte Vierge éloignait de Jésus-Christ, il faudrait la rejeter comme une illusion du diable; mais tant s'en faut qu'au contraire, comme j'ai déjà fait voir et ferai voir encore ci-après: cette dévotion ne nous est nécessaire que pour trouver Jésus-Christ parfaitement et l'aimer tendrement et le servir fidèlement.

90. Ces cinq vérités présupposeées, il faut maintenant plus que jamais faire un bon choix de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge: car il y a plus que jamais de fausses dévotions à la Sainte Vierge, qu'il est facile de prendre pour de véritables dévotions. Le diable, comme un faux monnayeur et un trompeur fin et expérimenté, a déjà tant trompé et damné d'âmes par une fausse dévotion à la Très Sainte Vierge, qu'il se sert tous les jours de son expérience diabolique pour en damner beaucoup d'autres, en les amusant et endormant dans le péché, sous prétexte de quelques prières mal dites et de quelques pratiques extérieures qu'il leur inspire. Comme un faux monnayeur ne contrefait ordinairement que l'or et l'argent et fort rarement les autres métaux, parce qu'ils n'en valent pas la peine, ainsi l'esprit malin ne contrefait pas tant les autres dévotions que celles de Jésus et de Marie, la dévotion à la Sainte Communion et la dévotion à la Sainte Vierge, parce qu'elles sont, parmi les autres dévotions, ce que sont l'or et l'argent parmi les métaux.

91. Il est donc très important de connaître, premièrement, les fausses dévotions à la Très Sainte Vierge pour les éviter, et la véritable pour l'embrasser; secondement, parmi tant de pratiques différentes de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, quelle est la plus parfaite, la plus agréable à la Sainte Vierge, la plus glorieuse à Dieu et la plus sanctifiante pour nous, afin de nous y attacher.

"Vraie Dévotion"

La dévotion chez Montfort n’est rien d’autre que le dévouement à ce Règne. Le mot ‘dévotion’ le restitue bien : ‘se dévouer’, s’appliquer à, collaborer à… Afin d’y parvenir au mieux, Marie est une aide précieuse, Montfort nous le rappelle de plusieurs manières.

Une terminologie délicate

Montfort ne ménage pas ses mots.
En réalité il ne veut pas déclencher de polémique, 

mais il donne à réfléchir.
Notez les expressions: “Je trouve sept sortes de faux dévots
et de fausses dévotions à la Sainte Vierge,

à savoir: 1º les dévots critiques; 2º les dévots scrupuleux;
3º les dévots extérieurs;

4º les dévots présomptueux; 5º les dévots inconstants;
6º les dévots hypocrites;
7º les dévots intéressés”. 
L’auteur n’a pas la prétention de faire ici de la haute théologie,
il veut être clair et précis.
L’attaque est menée hardiment (les numéros 92-104).
Avoir une haute opinion de soi-même,
vivre des doutes, se limiter à des rites extérieurs, être instable comme une girouette, 
sauver les apparences,
s’imaginer que l’on peut acheter l’amour de Dieu… toutes des attitudes humaines !

On s’y reconnait parfois !

Des portraits pointus - VD 92 - 104

Nous lisons avec vous les numéros 92 - 104:



92. Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses dévotions à la Sainte Vierge, savoir: 1º les dévots critiques; 2º les dévots scrupuleux; 3º les dévots extérieurs; 4º les dévots présomptueux; 5º les dévots insconstants; les dévots hypocrites; 7º les dévots intéressés.

93. Les dévots critiques sont, pour l'ordinaire, des savants orgueilleux, des esprits forts et suffisants, qui ont au fond quelque dévotion à la Sainte Vierge, mais qui critiquent presque toutes les pratiques de dévotion à la Sainte Vierge que les gens simples rendent simplement et saintement à cette bonne Mère, parce qu'elles ne reviennent pas à leur fantaisie. Ils révoquent en doute tous les miracles et histoires rapportés par des auteurs dignes de foi, ou tirés des chroniques des ordres religieux, qui font foi des miséricordes et de la puissance de la Très Sainte Vierge. Ils ne sauraient voir qu'avec peine des gens simples et humbles à genoux devant un autel ou image de la Sainte Vierge, quelquefois dans le coin d'une rue pour y prier Dieu; et ils les accusent d'idolâtrie, comme s'ils adoraient le bois ou la pierre; ils disent que, pour eux, ils n'aiment point ces dévotions extérieures et qu'ils n'ont pas l'esprit si faible que d'ajouter foi à tant de contes et historiettes qu'on débite de la Sainte Vierge. Quand on leur rapporte les louanges admirables que les saints Pères donnent à la Sainte Vierge, ou ils répondent qu'ils ont parlé en orateurs, par exagération, ou ils donnent une mauvaise explication à leurs paroles.
Ces sortes de faux dévots et de gens orgueilleux et mondains sont beaucoup à craindre et ils font un tort infini à la dévotion à la Très Sainte Vierge, et en éloignent les peuples d'une manière efficace, sous prétexte d'en détruire les abus.

94. Les devôts scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le Fils en honorant la Mère, d'abaisser l'un en élevant l'autre. Ils ne sauraient souffrir qu'on donne à la Sainte Vierge des louanges très justes, que lui ont données les saints Pères; ils ne souffrent qu'avec peine qu'il y ait plus de monde à genoux devant un autel de la Sainte Vierge que devant le Saint-Sacrement, come si l'un était contraire à l'autre; comme si ceux qui prient la Sainte Vierge ne priaient pas Jésus-Christ! Ils ne veulent pas qu'on parle si souvent de la Sainte Vierge et qu'on s'adresse si souvent à elle.
Voici quelques sentences qui leur sont ordinaires: A quoi bon tant de chapelets, tant de confréries et de dévotions extérieures à la Sainte Vierge. Il y a en cela bien de l'ignorance. C'est faire une mômerie de notre religion. Parlez-moi de ceux qui sont dévots à Jésus-Christ (ils le nomment souvent sans se découvrir, je le dis par parenthèse): il faut recourir à Jésus-Christ, il est notre unique médiateur; il faut prêcher Jésus-Christ, voilà le solide!
Ce qu'ils disent est vrai dans un sens; mais par rapport à l'application qu'ils en font, pour empêcher la dévotion à la Très Sainte Vierge, il est très dangereux, et un fin piège du malin, sous prétexte d'un plus grand bien; car jamais on n'honore plus Jésus-Christ que lorsqu'on honore plus la Très Sainte Vierge, puisqu'on ne l'honore qu'afin d'honorer plus parfaitement Jésus-Christ, puisqu'on ne va à elle que comme à la voie pour trouver le terme où on va, qui est Jésus.

95. La Sainte Eglise, avec le Saint-Esprit, bénit la Sainte Vierge la première, et Jésus-Christ le second: Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus. Non pas parce que la Sainte Vierge soit plus que Jésus-Christ ou égale à lui: ce serait une hérésie intolérable; mais c'est que pour bénir plus parfaitement Jésus-Christ, il faut auparavant bénir Marie. Disons donc avec tous les vrais dévots de la Sainte Vierge, contre ses faux dévots scrupuleux: O Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de votre ventre, Jésus.

96. Les dévots extérieurs sont des personnes qui font consister toute la dévotion à la Très Sainte Vierge en des pratiques extérieures; qui ne goûtent que l'extérieur de la dévotion à la Très Sainte Vierge, parce qu'ils n'ont point d'esprit intérieur; qui diront force chapelet à la hâte, entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion, se mettront de toutes ses confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs passions et sans imitation des vertus de cette Vierge très sainte. Ils n'aiment que le sensible de la dévotion, sans en goûter le solide; s'ils n'ont pas de sensibilités dans leurs pratiques, ils croient qu'ils ne font plus rien, ils se détractent, ils quittent tout cela, ou il font tout à baton rompu. Le monde est plein de ces sortes de dévots extérieurs, et il n'y a pas de gens plus critiques des personnes d'oraison qui s'appliquent à l'intérieur comme à l'essentiel, sans mépriser l'extérieur de modestie qui accompagne toujours la vraie dévotion.

97. Les dévots présomptueux sont des pécheurs abandonnés à leurs passions, ou des amateurs du monde, qui, sous le beau nom de chrétien et de dévot à la Sainte Vierge, cachent ou l'orgueil, ou l'avarice, ou l'impureté, ou l'ivrognerie, ou la colère, ou le jurement, ou la médisance, ou l'injustice, etc.; qui dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger, sous prétexte qu'ils sont dévots à la Vierge; qui se promettent que Dieu leur pardonnera, qu'ils ne mourront pas sans confession, et quils ne seront pas damnés, parce qu'ils disent leur chapelet, parce qu'ils jeûnent le samedi, parce qu'ils sont de la confrérie du Saint Rosaire ou Scapulaire, ou de ses congrégations, parce qu'ils portent le petit habit ou la petite chaîne de la Sainte Vierge, etc.
Quand on leur dit que leur dévotion n'est qu'une illusion du diable et qu'une présomption pernicieuse capable de les perdre, ils ne le veulent pas croire; ils disent que Dieu est bon et miséricordieux; qu'il ne nous a pas faits pour nous damner; qu'il n'y a homme qui ne pèche; qu'ils ne mourront pas sans confession; qu'un bon peccavi à la mort suffit; de plus qu'ils sont dévots à la Sainte Vierge; qu'ils portent le scapulaire; qu'ils disent tous les jours sans reproche et sans vanité sept Pater et sept Ave en son honneur; qu 'ils disent même quelquefois le chapelet et l'office de la Sainte Vierge; qu'ils jeûnent, etc. Pour confirmer ce qu'ils disent et s'aveugler davantage, ils apportent quelques histoires qu'ils ont entendues ou lues en des livres, vraies ou fausses, n'importe pas, qui font foi que des personnes mortes en péché mortel, sans confession, parce qu'elles avaient, pendant leur vie, dit quelques prières ou fait quelques pratiques de dévotion à la Sainte Vierge, ou ont été ressucitées pour se confesser, ou leur âme a demeuré miraculeusement dans leur corps jusqu'à la confession, ou par la miséricorde de la Sainte Vierge, ont obtenu de Dieu, à leur mort, la contrition et le pardon de leur péchés, et par là ont été sauvés, et qu'ils espèrent la même chose.

98. Rien n'est si damnable, dans le christianisme, que cette présomption diabolique; car peut-on dire avec vérité qu'on aime et qu'on honore la Sainte Vierge, lorsque, par ses péchés, on pique, on perce, on crucifie et on outrage impitoyablement Jésus-Christ son Fils? Si Marie se faisait une loi de sauver par sa miséricorde ces sortes de gens, elle autoriserait le crime, elle aiderait à crucifier et outrager son Fils; qui l'oserait jamais penser?

99. Je dis qu'abuser ainsi de la dévotion à la Très Sainte Vierge, qui, après la dévotion à Notre-Seigneur au Très Saint- Sacrement, est la plus sainte et la plus solide, c'est commettre un horrible sacrilège, qui, après le sacrilège de l'indigne communion, est le plus grand et le moins pardonnable.
J'avoue que, pour être vraiment dévot à la Sainte Vierge, il n'est pas absolument nécessaire d'être si saint qu'on évite tout péché, quoiqu'il fût à souhaiter; mais il faut du moins (qu'on remarque bien ce que je vais dire):
Premièrement être dans une sincère résolution d'éviter au moins tout péché mortel, qui outrage la Mère aussi bien que le Fils;
Secondement se faire violence pour éviter le péché; Troisièmement, se mettre des confréries, réciter le
chapelet, le saint rosaire ou autres prières, jeûner le samedi, etc.

100. Cela est merveilleusement utile à la conversion d'un pécheur, même endurci; et si mon lecteur est tel, et quand il aurait un pied dans l'abîme, je le lui conseille, mais à condition qu'il ne pratiquera ces bonnes oeuvres que dans l'intention d'obtenir de Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés, et de vaincre ses mauvaises habitudes, et non pas pour demeurer paisiblement dans l'état du péché, contre les remords de sa conscience, l'exemple de Jésus-Christ et des saints, et les maximes du saint Evangile.

101. Les dévots inconstants sont ceux qui sont dévots à la Sainte Vierge par intervalles et par boutades: tantôt ils sont fervents et tantôt ils sont tièdes, tantôt ils paraissent prêts de tout faire pour son service, et puis, peu après, ils ne sont plus les mêmes. Ils embrasseront d'abord toutes les dévotions de la Sainte Vierge; il se mettront de ses confréries, et puis il n'en pratiquent point les règles avec fidélité; ils changent comme la lune, et Marie les met sous ses pieds, avec le croissant, parce qu'ils sont changeants et indignes d'être comptés parmi les serviteurs de cette Vierge fidèle, qui ont la fidélité et la constance pour partage. Il vaut mieux ne pas se charger de tant de prières et pratiques de dévotion, et en faire peu avec amour et fidélité, malgré le monde, le diable et la chair.

102. Il y a encore de faux dévots à la Sainte Vierge, qui sont des dévots hypocrites, qui couvrent leurs péchés et leurs mauvaises habitudes sous le manteau de cette Vierge fidèle, afin de passer aux yeux des hommes pour ce qu'ils ne sont pas.

103. Il y a encore des dévots intéressés, qui ne recourent à la Sainte Vierge que pour gagner quelque procès, pour éviter quelque péril, pour guérir d'une maladie, ou pour quelque autre besoin de la sorte, sans quoi ils l'oublieraient; et les uns et les autres sont de faux dévots, qui ne sont point de mise devant Dieu ni sa sainte Mère.

104. Prenons donc bien garde d'être du nombre des dévots critiques, qui ne croient rien et critiquent tout; des dévots scrupuleux, qui craignent d'être trop dévots à la Sainte Vierge, par respect à Jésus-Christ; des dévots extérieurs, qui font consister toute leur dévotion en des pratiques extérieures; des dévots présomptueux, qui, sous prétexte de leur fausse dévotion à la Sainte Vierge, croupissent dans leurs péchés; des dévots inconstants, qui, par légèreté, changent leurs pratiques de dévotion, ou les quittent tout à fait à la moindre tentation; des dévots hypocrites, qui se mettent des confréries et portent les livrées de la Sainte Vierge afin de passer pour bons; et enfin des dévots intéressés, qui n'ont recours à la Sainte Vierge que pour être délivrés des maux du corps ou obtenir des biens temporels.

La dévotion 'véritable' - VD 105 - 110

A quoi peut-on reconnaître la véritable dévotion mariale? Remarquez qu'ici Montfort n'en donne que des propriétés et ne précise pas encore en quoi elle existe. 
Nous lisons dans la Vraie Dévotion les numéros 105 - 110


105. Après avoir découvert et condamné les fausses dévotions à la Sainte Vierge,
il faut en peu de mots établir la véritable, qui est: 1º intérieure; 2º tendre; 3º sainte;
 4º constante et 5º désintéressée.

106. Premièrement, la vraie dévotion à la Sainte Vierge est intérieure, c'est-à-dire elle part de l'esprit et du coeur, elle vient de l'estime qu'on fait de la Sainte Vierge, de la haute idée qu'on s'est formée de ses grandeurs, de l'amour qu'on lui porte.

107. Secondement, elle est tendre, c'est-à-dire pleine de confiance en la Très Sainte Vierge, comme d'un enfant dans sa bonne mère. Elle fait qu'une âme recourt à elle en tous ses besoin de corps et d'esprit, avec beaucoup de simplicité, de confiance et de tendresse; elle implore l'aide de sa bonne Mère en tout temps, en tout lieu et en toute chose: dans ses doutes, pour être redressée; dans ses tentations, pour être soutenue; dans ses faiblesses, pour être fortifiée; dans ses chutes, pour être relevée; dans ses découragements, pour être encouragée; dans ses scrupules, pour en être ôtée; dans ses croix, travaux et traverses de la vie, pour être consolée. Enfin, en tous ses maux de corps et d'esprit, Marie est son recours ordinaire, sans crainte d'importuner cette bonne Mère et de déplaire à Jésus-Christ.

108. Troisièmement, la vraie dévotion à la Sainte Vierge est sainte, c'est-à-dire qu'elle porte une âme à éviter le péché et imiter les vertus de la Très Sainte Vierge, particulièrement son humilité profonde, sa foi vive, son obéissance aveugle, son oraison continuelle, sa mortification universelle, sa pureté divine, sa charité ardente, sa patience héroïque, sa douceur angélique et sa sagesse divine. Ce sont les dix principales vertus de la Très Sainte Vierge.

109. Quatrièmement la vraie dévotion à la Sainte Vierge est constante, elle affermit une âme dans le bien, et elle la porte à ne pas quitter facilement ses pratiques de dévotion; elle la rend courageuse à s'opposer au monde, dans ses modes et maximes; à la chair, dans ses ennuis et ses passions; au diable, dans ses tentations; en sorte qu'une personne vraiment dévote à la Sainte Vierge n'est point changeante, chagrine, scrupuleuse ni craintive. Ce n'est pas qu'elle ne tombe et qu'elle ne change quelquefois dans la sensibilité de sa dévotion; mais si elle tombe, elle se relève en tendant la main à sa bonne Mère; si elle devient sans goût ni dévotion sensible, elle ne s'en met point en peine: car le juste et le dévot fidèle de Marie vit de la foi de Jésus et de Marie, et non des sentiments du corps.

110. Cinquièmement enfin, la vraie dévotion à la Sainte Vierge est désintéressée, c'est-à-dire qu'elle inspire à une âme de ne se point rechercher, mais Dieu seul dans sa sainte Mère. Un vrai dévot de Marie ne sert pas cette auguste Reine par un esprit de lucre et d'intérêt, ni pour son bien temporel ni éternel, corporel ni spirituel, mais uniquement parce qu'elle mérite d'être servie, et Dieu seul en elle; il n'aime pas Marie précisément parce qu'elle lui fait du bien, ou qu'il en espère d'elle, mais parce qu'elle est aimable. C'est pourquoi il l'aime et la sert aussi fidèlement dans les dégoûts et sécheresses que dans les douceurs et ferveurs sensibles; il l'aime autant sur le Calvaire qu'aux noces de Cana. Oh! qu'un tel dévot de la Sainte Vierge, qui ne se recherche en rien dans les services qu'il lui rend, est agréable et précieux aux yeux de Dieu et de sa Sainte Mère! Mais qu'il est rare maintenant! C'est afin qu'il ne soit plus si rare que j'ai mis la plume à la main pour écrire sur le papier ce que j'ai enseigné avec fruit en public et en particulier dans mes missions, pendant bien des années.