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2 avril 2012

Catéchèse à l'école de Marie (7)


Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (120-133)

Montfort choisit les mots

Manuscrit du Père de Montfort
Après avoir expliqué ce qu’il entend par le terme ‘parfait’, le père de Montfort, dans son manuscrit, marque pour la première fois un titre : « La parfaite consécration à Jésus Christ » et il commence avec une phrase remarquable résumant son raisonnement : « Toute notre perfection consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus Christ, la plus parfaite de toutes les dévotions est sans difficulté celle qui nous conforme, unit et consacre le plus parfaitement à Jésus Christ » (120).

Les trois verbes

Ce qui frappe dans cette phrase c’est que le raisonnement est bien axé sur le Christ. Ensuite y a la succession des trois verbes et leur répétition : être conformes, unis et consacrés. Les deux premiers expriment le but ultime, le troisième la persévérance nécessaire pour l’atteindre. Le but, on le retrouve partout dans les écrits de Montfort, formulé différemment comme dans la phrase finale de la consécration : « Ô Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus Christ, votre Fils, que j'arrive, par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux » (ASE 227). Arriver à la plénitude de l’âge de Jésus, quel langage ! Dans le Secret de Marie, il dit non seulement que c’est possible, mais que c’est la vocation assurée de chaque baptisé (SM 3). Il va l’expliquer et le verbe ‘être consacré’ nous met sur la piste.

Corps et âme

Consécration est une expression du langage courant : se consacrer à son travail, à un idéal et surtout se consacrer à une personne. Par là on dit qu’on se donne corps et âme à quelqu’un, qu’on lie son bonheur personnel à lui. Chose étonnante, malgré la dépendance qui en découle et le service qui se crée, pouvoir se consacrer à quelqu’un conduit au sommet de l’épanouissement humain.
C’est précisément ce terme que Montfort choisit pour caractériser la dévotion qu’il envisage. Elle n’est rien d’autre qu’un reflex positif et radical à l’appel de Dieu dans la Bible. Lisant avec un cœur attentif l’Ancien comme le Nouveau Testament, Montfort a perçu cette voix suppliante: « Ô hommes ! ô enfants des hommes ! c'est à vous que je crie depuis si longtemps; c'est à vous que ma voix s'adresse; c'est vous que je désire; c'est vous que je cherche; c'est vous que je réclame. Ecoutez, venez à moi; je veux vous rendre heureux ! » (ASE 66). Avec toutes ses énergies Montfort a réagi à cet appel ; c’est alors qu’un monde nouveau s’est ouvert à lui. Le Seigneur est venu le visiter. Ses yeux ont découvert les hommes avec les yeux de Dieu, son cœur a commencé à les aimer comme Dieu les aime. Il est devenu un homme nouveau. S’adonner à Dieu, se consacrer à Lui et à son projet, change l’être humain. Voilà ce que notre auteur veut dévoiler.

Baptême et vocation

Depuis le début, pour réaliser son projet, Dieu cherche des collaborateurs bénévoles. Ce même appel retentit lors de chaque baptême, mais rares sont ceux qui l’entendent. Voilà l’objectif de la catéchèse de Montfort : faire retentir l’appel de Dieu et aider les personnes à y répondre. À cet appel du Seigneur on peut réagir de façons différentes : crier un ‘oui’ enthousiaste, ou marmotter quelque chose, ou faire comme si on n’entend rien… Le problème : souvent on ne se rend pas compte qu’en Jésus le Dieu invisible s’est rendu visible, qu’il est venu partager le sort des bons et des mauvais, qu’il est descendu dans les recoins les plus sombres de l’existence humaine afin de la transformer de l’intérieur, et qu’il a détruit la porte de la mort et ouvert le chemin qui conduit à la terre nouvelle et aux cieux nouveaux.

Le lecteur attentif, ayant trouvé dans l’ensemble des livres de la bible le fil rouge, découvre que ce fil conduit au ‘oui’ de Marie. Grâce à ce ‘oui’, Dieu est devenu l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. L’esprit humain s’y perd lorsqu’il y réfléchit sérieusement, note Montfort: Marie demeure de Dieu ! et de toutes les manières il répète qu’aujourd’hui encore, Dieu veut devenir homme. Le miracle se renouvelle lors de chaque baptême, tout au moins si le ‘oui’ au Dieu demandeur est aussi clair et radical que celui de Marie.

Marie ou Jésus ?

Un ‘oui’ limpide comme celui de la Vierge Marie, qui en est capable ? Ils sont rares, avoue Montfort, mais la Vierge Marie nous est donnée en aide. Pour nous le rappeler il a pris la plume à la main (110).

Marie a eu un lien privilégié avec Jésus. Je cite Jean-Paul II. Elle l’a porté dans son sein, elle l’a suivi sur ses chemins. Avec les yeux de son cœur elle s’est concentrée sur lui pour trouver une réponse à la question capitale : qui est-il ce Dieu si vulnérable ? Toujours riche d’un étonnement d’adoration elle ne s’est jamais détachée de lui, jusqu’au Golgotha. C’est là qu’elle reçût la mission d’être ‘mère’ pour les disciples.

Personne n’a été unie avec autant d’assiduité à la personne et à l’œuvre de Jésus qu’elle, au point que Montfort peut dire : « plus qu’une âme sera consacrée à Marie, plus elle le sera à Jésus Christ » (120). Cette constatation est importante pour ceux qui craignent qu’en se consacrant à Marie, ils font du tort à Jésus.

Contrat d'alliance
Contrat avec Dieu

Remarquez qu’il regroupe les mots ‘parfait’ et ‘consécration’ et qu’il les répète, c’est voulu: « C'est pourquoi la parfaite consécration à Jésus Christ n'est autre chose qu'une parfaite et entière consécration de soi-même à la Très Sainte Vierge, qui est la dévotion que j'enseigne; ou autrement une parfaite rénovation des vœux et promesses du saint baptême » (120).

Notons qu’il met l’accent sur la ‘parfaite’ rénovation des promesses baptismales. Pour faire découvrir aux gens la pleine signification de ce terme, il rédigeait un feuillet portant un titre provocateur : « Contrat avec Dieu. » Ainsi, lors de ses missions, il voulait faire comprendre qu’il s’agit d’un partenariat libre, d’une convention réelle avec des conséquences concrètes. Voilà les promesses baptismales. Elles peuvent faire peur, mais n‘oublions pas que Jésus nous a donné Marie comme mère et maîtresse attentive. Elle nous aidera à grandir, à devenir consacré(e) de plus en plus parfait(e).

Et la récompense ?

Que recevons-nous de retour pour tant de générosité ? Voilà une question normale, car nous sommes calculateurs. C’est un faux calcul, répond notre auteur. Précédemment il a déjà consacré des pages entières pour distinguer le serviteur et l’esclave par rapport à leur maître (69-73), ici il s’y prend autrement.

Le problème de fond est qu’on s’imagine facilement un dieu bien différent de celui qui s’est manifesté en Jésus. Dans son évangile, saint Jean conduit son lecteur sur une piste qui éclaire : « Dieu est amour ». Saint Paul de son côté: « En ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rom 5,8). On ne réclame pas la grâce, on la reçoit.

La plus grande récompense que nous pouvons recevoir est d’être unis au Christ, déjà de notre vivant sur terre. Ne cherchons pas à montrer un petit commerce avec Dieu, réclamant des récompenses pour chacune de nos prières ou bonnes œuvres. Référant à son expérience personnelle, Montfort écrit : "Notre Seigneur et la Sainte Vierge ne se laisseront jamais vaincre en reconnaissance" (132-133).

Frans Fabry

Montfort choisit les mots


Après avoir expliqué ce qu’il entend par le terme ‘parfait’, 

le père de Montfort, dans son manuscrit, 
marque pour la première fois un titre : 
« La parfaite consécration à Jésus Christ » 


La parfaite consécration à Jésus-Christ - VD 120


120. Toute notre perfection consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus-Christ, la plus parfaite de toutes les dévotions est sans difficulté celle qui nous conforme, unit et consacre le plus parfaitement à Jésus-Christ. Or, Marie étant la plus conforme à Jésus-Christ de toutes les créatures, il s'ensuit que, de toutes les dévotions, celle qui consacre et conforme le plus une âme à Notre-Seigneur, est la dévotion à la Très Sainte Vierge, sa sainte Mère, et que plus une âme sera consacrée à Marie, plus elle le sera à Jésus-Christ.
C'est pourquoi la parfaite consécration à Jésus-Christ n'est autre chose qu'une parfaite et entière consécration de soi-même à la Très Sainte Vierge, qui est la dévotion que j'enseigne; ou autrement une parfaite rénovation des voeux et promesses du saint baptême.

Consécration - VD 121 - 125


Consécration est une expression du langage courant : se consacrer à son travail, à un idéal et surtout se consacrer à une personne. Par là on dit qu’on se donne corps et âme à quelqu’un, qu’on lie son bonheur personnel à lui. Chose étonnante, malgré la dépendance qui en découle et le service qui se crée, pouvoir se consacrer à quelqu’un conduit au sommet de l’épanouissement humain.

Nous lisons les numéros 121 - 125:

121. Cette dévotion consiste donc à se donner tout entier à la Très Sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus-Christ par elle. Il faut lui donner: 1º notre corps avec tous ses sens et ses membres; 2º notre âme avec toutes ses puissances; 3º nos biens extérieurs qu'on appelle de fortune, présents et à venir; 4º nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes oeuvres passées, présentes et futures: en deux mots, tout ce que nous avons dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, et tout ce que nous pourrons avoir à l'avenir dans l'ordre de la nature, de la grâce ou de la gloire, et cela sans aucune réserve, pas même d'un denier, d'un cheveu et de la moindre bonne action, et cela pour toute l'éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense de son offrande et de son service, que l'honneur d'appartenir à Jésus-Christ par elle, quand cette aimable Maîtresse ne serait pas, comme elle est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures.

122. Ici, il faut remarquer qu'il y a deux choses dans les bonnes oeuvres que nous faisons, savoir: la satisfaction et le mérite, autrement, la valeur satisfactoire ou impétratoire et la valeur méritoire. La valeur satisfactoire ou impétratoire d'une bonne oeuvre, c'est une bonne action en tant qu'elle satisfait à la peine dûe au péché, ou qu'elle obtient quelque nouvelle grâce; la valeur méritoire, ou le mérite, est une bonne action en tant qu'elle mérite la grâce et la gloire éternelle. Or, dans cette consécration de nous-mêmes à la Très Sainte Vierge, nous lui donnons toute la valeur satisfactoire, impétratoire et méritoire, autrement les satisfactions et les mérites de toutes nos bonnes oeuvres: nous lui donnons nos mérites, nos grâces et nos vertus, non pas pour les communiquer à d'autres (car nos mérites, grâces et vertus sont, à proprement parler, incommunicables; et il n'y a eu que Jésus-Christ qui, en se faisant notre caution auprès de son Père, nous a pu communiquer ses mérites), mais pour nous les conserver, augmenter et embellir, comme nous dirons encore; nous lui donnons nos satisfactions pour les communiquer à qui bon lui semblera, et pour la plus grande gloire de Dieu.

123. Il s'ensuit de là: 1º que par cette consécration on donne à Jésus-Christ, de la manière la plus parfaite, puisque c'est par les mains de Marie, tout ce qu'on peut lui donner, et beaucoup plus que par les autres dévotions, où on lui donne ou une partie de son temps, ou une partie de ses bonnes oeuvres, ou une partie de ses satisfactions et mortifications. Ici tout est donné et consacré, jusqu'au droit de disposer de ses biens intérieurs, et les satisfactions qu'on gagne par ses bonnes oeuvres de jour en jour: ce qu'on ne fait pas même dans aucune religion. On donne à Dieu dans les religions les biens de fortune par le voeu de pauvreté, les biens du corps par le voeu de chasteté, la propre volonté par le voeu d'obéissance, et quelquefois la liberté du corps par le voeu de clôture; mais on ne lui donne pas la liberté ou le droit qu'on a de disposer de la valeur de ses bonnes oeuvres, et on ne se dépouille pas autant qu'on peut de ce que l'homme chrétien a de plus précieux et de plus cher, qui sont ses mérites et ses satisfactions.

124. 2º Il s'ensuit qu'une personne qui s'est ainsi volontairement consacrée et sacrifiée à Jésus-Christ par Marie ne peut plus disposer de la valeur d'aucune de ses bonnes actions: tout ce qu'il souffre, tout ce qu'il pense, dit et fait de bien, appartient à Marie, afin qu'elle en dispose selon la volonté de son Fils, et à sa plus grande gloire, sans cependant que cette dépendance préjudicie en aucune manière aux obligations de l'état où l'on est pour le présent, et où on pourra être pour l'avenir: par exemple, aux obligations d'un prêtre qui, par office ou autrement, doit appliquer la valeur satisfactoire et impétratoire de la sainte Messe à un particulier; car on ne fait cette offrande que selon l'ordre de Dieu et les devoirs de son état.

125. 3º Il s'ensuit qu'on se consacre tout ensemble à la Très Sainte Vierge et à Jésus-Christ: à la Très Sainte Vierge comme au moyen parfait que Jésus-Christ a choisi pour s'unir à nous et nous à lui; et à Notre-Seigneur comme à notre dernière fin, auquel nous devons tout ce que nous sommes, comme à notre Rédempteur et à notre Dieu.

Baptême et vocation - VD 126 - 130


Depuis le début, pour réaliser son projet, Dieu cherche des collaborateurs bénévoles. Ce même appel retentit lors de chaque baptême, mais rares sont ceux qui l’entendent. Voilà l’objectif de la catéchèse de Montfort : faire retentir l’appel de Dieu et aider les personnes à y répondre. À cet appel du Seigneur on peut réagir de façons différentes : crier un ‘oui’ enthousiaste, ou marmotter quelque chose, ou faire comme si on n’entend rien… Le problème : souvent on ne se rend pas compte qu’en Jésus le Dieu invisible s’est rendu visible, qu’il est venu partager le sort des bons et des mauvais, qu’il est descendu dans les recoins les plus sombres de l’existence humaine afin de la transformer de l’intérieur, et qu’il a détruit la porte de la mort et ouvert le chemin qui conduit à la terre nouvelle et aux cieux nouveaux.

Nous lisons dans la Vraie Dévotion les numéros 126 - 130:

126. J'ai dit que cette dévotion pouvait fort bien être appelée une parfaite rénovation des voeux ou promesses du saint baptême.
Car tout chrétien, avant son baptème, était l'esclave du démon, parce qu'il lui appartenait. Il a, dans son baptême, par sa bouche propre ou par celle de son parrain et de sa marraine, renoncé solennellement à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres, et a pris Jésus-Christ pour son Maître et souverain Seigneur, pour dépendre de lui en qualité d'esclave d'amour. C'est ce qu'on fait par la présente dévotion: on renonce (comme il est marqué dans la formule de consécration), au démon, au monde, au péché et à soi-même, et on se donne tout entier à Jésus-Christ par les mains de Marie. Et même on fait quelque chose de plus, car dans le baptême, on parle ordinairement par la bouche d'autrui, savoir par le parrain et la marraine, et on ne se donne à Jésus-Christ [que] par procureur; mais, dans cette dévotion, c'est par soi-même, c'est volontairement, c'est avec connaissance de cause.
Dans le saint baptême, on ne [se] donne pas à Jésus- Christ par les mains de Marie, du moins d'une manière expresse, et on ne donne pas à Jésus-Christ la valeur de ses bonnes actions; mais, par cette dévotion, on se donne expressément à Notre-Seigneur par les mains de Marie, et on lui consacre la valeur de toutes ses actions.

127. Les hommes, dit saint Thomas, font voeu, au saint baptême de renoncer au diable et à ses pompes: In baptismum vovent homines abrenuntiare diabolo et pompis ejus. Et ce voeu, dit saint Augustin, est le plus grand et le plus indispensable : Votum maximum nostrum quo vovimus nos in Christo esse mansuros (Epis. 59 ad Paulin). C'est aussi ce que disent les canonistes: Principuum votum est quod baptismate facimus. Cependant, qui est-ce qui garde ce grand voeu? Qui est-ce qui tient fidèlement les promesses du saint baptême? Presque tous les chrétiens ne faussent-ils pas la fidélité qu'ils ont promise à Jésus-Christ dans leur baptême? D'où peut venir ce dérèglement universel, sinon l'oubli où l'on vit des promesses et des engagements du saint baptême, et de ce que presque persone ne ratifie par soi-même le contrat d'alliance qu'il a fait avec Dieu par ses parrains et marraines!

128. Cela est si vrai que le Concile de Sens, convoqué par l'ordre de Louis le Débonnaire pour remédier aux désordres des chrétiens qui étaient grands, jugea que la principale cause de cette corruption dans les moeurs venait de l'oubli et l'ignorance où l'on vivait des engagements du saint baptême; et il ne trouva point de meilleur moyen de remédier à un si grand mal que de porter les chrétiens à renouveler les voeux et promesses du saint baptême.

129. Le Catéchisme du Concile de Trente, fidèle interprète des intentions de ce saint concile, exhorte les curés à faire la même chose et à porter leurs peuples à se ressouvenir qu'ils sont liés et consacrés à Notre-Seigneur Jésus-Christ comme des esclaves à leur Rédempteur et Seigneur. Voici ses paroles: Parochus fidelem populum ad eam rationem cohortabitur ut sciat [...] aequum esse nos ipsos, non secus ac mancipia Redemptori nostro et Domino in perpetuum addicere et consecrare (Cat. Conc. Trid., pte I,c.3).

130. Or, si les Conciles, les Pères et l'expérience même nous montrent que le meilleur moyen pour remédier aux dérèglements des chrétiens est de les faire ressouvenir des obligations de leur baptême et de leur faire renouveler les voeux qu'ils y ont faits, n'est-il pas raisonnable qu'on le fasse présentement d'une manière parfaite par cette dévotion et consécration à Notre-Seigneur par sa sainte Mère? Je dis d'une manière parfaite, parce qu'on se sert, pour se consacrer à Jésus-Christ, du plus parfait de tous les moyens, qui est la Très Sainte Vierge.

Les objections - VD 132 - 133

Ne cherchons pas à montrer un petit commerce avec Dieu, réclamant des récompenses pour chacune de nos prières ou bonnes œuvres.

Nous lisons ce que le Père de Montfort a écrit dans la Vraie Dévotion au numéro 132 et 133:

132. Quelques-uns peuvent dire que cette dévotion,
nous faisant donner à Notre-Seigneur, par les mains de
la Très Sainte Vierge, la valeur de toutes nos bonnes
oeuvres, prières et mortifications et aumônes, elle
nous met dans l'impuissance de secourir les âmes
de nos parents, amis et bienfaiteurs.
Je leur répond, premièrement, qu'il n'est pas croyable que nos amis, parents ou bienfaiteurs souffrent du dommage de ce que nous nous sommes dévoués et consacrés sans réserve au service de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère. Ce serait faire injure à la puissance et à la bonté de Jésus et de Marie, qui sauront bien assister nos parents, amis et bienfaiteurs de notre petit revenu spirituel, ou par d'autres voies.
Secondement, cette pratique n'empêche point qu'on ne prie pour les autres, soit morts, soit vivants, quoique l'application de nos bonnes oeuvres dépende de la volonté de la Très Sainte Vierge; c'est au contraire ce qui nous portera à prier avec plus de confiance; tout ainsi qu'une personne riche qui aurait donné tout son bien à un grand prince, afin de l'honorer davantage, prierait avec plus de confiance ce prince de faire l'aumône à quelqu'un de ses amis qui la lui demanderait. Ce serait même faire plaisir à ce prince que de lui donner l'occasion de témoigner sa reconnaissance envers une personne qui s'est dépouillée pour le revêtir, qui s'est appauvrie pour l'honorer. Il faut dire la même chose de Notre- Seigneur et de la Sainte Vierge: ils ne se laisseront jamais vaincre en reconnaissance.

133. Quelqu'un dira peut-être: Si je donne à la Très Sainte Vierge tout la valeur de mes actions pour l'appliquer à qui elle voudra, il faudra peut-être que je souffre longtemps en purgatoire.
Cette objection, qui vient de l'amour-propre et de l'ignorance de la libéralité de Dieu et de sa sainte Mère, se détruit d'elle-même. Une âme fervente et généreuse qui prise plus les intérêts de Dieu que les siens, qui donne à Dieu tout ce qu'elle a, sans réserve, en sorte qu'elle ne peut pas plus, non plus ultra, qui ne respire que la gloire et le règne de Jésus-Christ par sa sainte Mère, et qui se sacrifie tout entière pour le gagner; cette âme généreuse, dis-je, et libérale, sera-t-elle plus punie en l'autre monde pour avoir été plus libérale et plus désintéressée que les autres? Tant s'en faut: c'est à cette âme, comme nous verrons dans la suite, que Notre-Seigneur et sa sainte Mère sont très libéraux dans ce monde et dans l'autre, dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire.

2 mars 2012

Catéchèse à l'école de Marie (6)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort (110 - 119)

Un préambule

La ‘vraie’ religiosité, telle que Montfort la développe, est suscitée par Dieu dans le cœur de l’homme. C’est Lui qui est le premier. De son coté l’homme réagit à l’offre, à l’alliance, qui dans le fond est une proposition d’un partenariat. De la réponse positive ou négative dépend si oui ou non l’alliance est efficace. Presque inconsciemment en s’adressant à Dieu, l’homme cherche un avantage personnel. Le ‘oui’ de Marie par contre était limpide et gratuit. Il est rare de trouver des chrétiens de cette trempe, écrit Montfort : “Qu’il est rare maintenant! C'est afin qu'il ne soit plus si rare que j'ai mis la plume à la main pour écrire sur le papier ce que j'ai enseigné avec fruit en public et en particulier dans mes missions, pendant bien des années »  (110).

Des émotions envahissent l’auteur

J'ai déjà dit beaucoup de choses de la Très Sainte Vierge; mais j'ai encore beaucoup plus à dire, et j'en omettrai encore infiniment davantage, soit par ignorance, insuffisance, ou manque de temps, dans le dessein que j'ai de former un vrai dévot de Marie et un vrai disciple de Jésus Christ » (111). Remarquez que Montfort avoue ses limites : son objectif est de ‘former un vrai disciple de Jésus Christ’, mais comme il le dira plus loin, ce n’est pas lui qui peut opérer cela, c’est l’œuvre de l’Esprit et il précisera : c’est l’œuvre de l’Esprit et Marie.

Oh! que ma peine serait bien employée si ce petit écrit, tombant entre les mains d'une âme bien née, née de Dieu et de Marie… lui découvrait et inspirait, par la grâce du Saint-Esprit, l'excellence et le prix de la vraie et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, que je vais décrire présentement » (112). Avez-vous remarqué, Montfort parle d’une naissance ? Il fait penser à la parole de Jésus devant Nicodème et l’étonnement de ce dernier: naître une deuxième fois, comment est-ce possible ?

L’auteur se sent dépassé et des émotions l’envahissent : “Si je savais que mon sang criminel pût servir à faire entrer dans le cœur les vérités que j'écris… au lieu d'encre, je m'en servirais pour former ces caractères… » (112). Il continue : Je me sens plus que jamais animé à croire et à espérer tout ce que j'ai profondément gravé dans le cœur, et que je demande à Dieu depuis bien des années, à savoir : que tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, et que par ce moyen, Jésus Christ, mon cher Maître, règnera dans les cœurs plus que jamais » (113).

Un alinéa étonnant

“Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou du moins pour l'envelopper dans les ténèbres et le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n'importe! mais tant mieux! Cette vue m'encourage et me fait espérer un grand succès, c'est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais » (114). Et il termine par deux citation bibliques qui appellent à la réflexion : “Que celui qui lit, comprenne” ; “Que celui qui peut comprendre comprenne.”

Deux observations

La disparition de son écrit dans un coffre, les dents diaboliques qui le déchireraient, la furie qui attaqueraient des hommes et des femmes, les temps périlleux qui arriveraient font penser à la révolution française et l’anticléricalisme qui ont frappé lourdement les Montfortains et les Filles de la Sagesse. Par mesure de sécurité ils avaient enterré tout ce qui était précieux pour le reprendre après la calamité, entre autres le manuscrit abîmé, découvert en 1842 seulement et dont les premières et dernières pages étaient arrachées. Comment est-t-il possible que l’auteur, en plein milieu de son écrit, en mentionne le sort ?

Il y a une deuxième remarque étonnante. Quant à la mission du chrétien, il met explicitement les hommes et les femmes sur le même pied : “…un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe”. Montfort rédige le texte au début du 18e siècle et déjà, à ce moment de l’histoire, il indique le fondement théologique solide de la mission apostolique du laïc.  D’ailleurs, surtout à partir du début du 20e siècle, le livre ‘La Vraie Dévotion’ a mis en route des mouvements apostoliques qui ne font pas de distinction entre hommes et femmes. Le plus connu et universellement répandu est la Légion de Marie, mais il y en a d’autres, même des instituts religieux, masculins et féminins. Lors de ses nombreux voyages apostoliques, avec conviction, Jean-Paul II a témoigné du ‘Totus Tuus’ de Montfort, résumant son message.

Reprenons le fil

Après cette interruption, Montfort reprend le fil de ses idées. Il cite une longue série de dévotions mariales valables en ajoutant qu’il y en a une quantité d’autres « pourvu qu’elles soient faites comme il faut », puis il indique son propos : faire connaître la ‘parfaite’ dévotion à Marie. Est-il prétentieux ? Il s’explique : “Après tout, je proteste hautement qu'ayant lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la Très Sainte Vierge, et ayant conversé familièrement avec les plus saints et savants personnages de ces derniers temps, je n'ai point connu ni appris de pratique de dévotion envers la Sainte Vierge semblable à celle que je veux dire… »

Il en donne la raison: “…qui exige d'une âme plus de sacrifices pour Dieu, qui la vide plus d'elle même et de son amour-propre, qui la conserve plus fidèlement dans la grâce, et la grâce en elle, qui l'unisse plus parfaitement et plus facilement à Jésus Christ, et enfin qui soit plus glorieuse à Dieu, sanctifiante pour l'âme et utile au prochain » (118). Une fois de plus, l’auteur nous livre une longue phrase dont chaque élément a sa portée. La première partie fait penser à un passage chez Paul indiquant le vrai culte du chrétien : “Je vous exhorte, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu: ce sera là votre culte spirituel à rendre” (Rom 12,1). Dans la deuxième partie de cette longue phrase, nous découvrons la triple dimension d’une vraie dévotion : la gloire de Dieu, la sanctification personnelle et le profit qu’en tire le prochain.

L’homme d’expérience parle

“ Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second ? Qui parviendra jusqu'au troisième ? Enfin, qui est celui qui y sera par état ? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus-Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel » (119).

Qui en est capable ?

Une fois de plus, Montfort se sert du mot ‘secret’. Par là il exprime son expérience : la majorité l’ignore, mais il y a aussi le fait qu’il s’agit d’une donnée qu’on ne peut acquérir de ses seules forces ; elle vous sera donnée ‘par l’esprit de Jésus qui vous le révèlera’. Ce même alinéa fait comprendre qu’il s’agit d’un chemin à parcourir avec ténacité et qui conduit à pas moins que la transformation de soi-même en Jésus Christ. Devenir ‘christ’ de Dieu (le ‘oint’ de Dieu) parmi les hommes, voilà la vocation assurée du baptisé. Voilà la vraie dévotion, la consécration à Jésus Christ et à son œuvre. Remarquez, une fois de plus, une caractéristique essentielle de la vraie dévotion: le verticalisme et l’horizontalisme vont de pair.

Dans sa lettre aux Romains Paul parle du « vrai culte spirituel à rendre ». De son côté, le mois prochain le père de Montfort nous aidera à découvrir le lien intime entre culte (dévotion), baptême et promesses baptismales. Une belle coïncidence : le mois prochain nous célébrerons la fête pascale et nous serons invités à renouveler nos promesses.

Frans Fabry

Des émotions envahissent l'auteur - VD 111 -112 - 113

Nous lisons dans la Vraie Dévotion:


111. J'ai déjà dit beaucoup de choses de la Très Sainte Vierge; mais j'ai encore beaucoup plus à dire, et j'en omettrai encore infiniment davantage, soit par ignorance, insuffisance, ou défaut de temps, dans le dessein que j'ai de former un vrai dévot de Marie et un vrai disciple de Jésus-Christ.

112. Oh! que ma peine serait bien employée si ce petit écrit, tombant entre les mains d'une âme bien née, née de Dieu et de Marie, et non du sang, de la volonte de la chair, ni de la volonté de l'homme, lui découvrait et inspirait, par la grâce du Saint-Esprit, l'excellence et le prix de la vraie et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, que je vais décrire présentement! Si je savais que mon sang criminel pût servir à faire entrer dans le coeur les vérités que j'écris en l'honneur de ma chère Mère et souveraine Maîtresse, dont je suis le dernier des enfants et des esclaves, au lieu d'encre, je m'en servirais pour former ces caractères, dans l'espérance que j'ai de trouver de bonnes âmes, qui par leur fidélité à la pratique que j'enseigne, dédommageront ma chère Mère et Maîtresse des pertes qu'elle a faites par mon ingratitude et infidélité.

113. Je me sens plus que jamais animé à croire et à espérer tout ce que j'ai profondément gravé dans le coeur, et que je demande à Dieu depuis bien des années, savoir: que tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, et que par ce moyen, Jésus- Christ, mon cher Maître, règnera dans les coeurs plus que jamais.

Un alinéa étonnant - VD 114


Nous lisons le numéro 114:

114. “Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou du moins pour l'envelopper dans les ténèbres et le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n'importe! mais tant mieux! Cette vue m'encourage et me fait espérer un grand succès, c'est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais". 

Et il termine par deux citation bibliques qui appellent à la réflexion : “Que celui qui lit, comprenne” ; “Que celui qui peut comprendre comprenne.”

Deux observations


Deux observations

La disparition de son écrit dans un coffre, les dents diaboliques qui le déchireraient, la furie qui attaqueraient des hommes et des femmes, les temps périlleux qui arriveraient font penser à la révolution française et l’anticléricalisme qui ont frappé lourdement les Montfortains et les Filles de la Sagesse. Par mesure de sécurité ils avaient enterré tout ce qui était précieux pour le reprendre après la calamité, entre autres le manuscrit abîmé, découvert en 1842 seulement et dont les premières et dernières pages étaient arrachées. Comment est-t-il possible que l’auteur, en plein milieu de son écrit, en mentionne le sort ?

Il y a une deuxième remarque étonnante. Quant à la mission du chrétien, il met explicitement les hommes et les femmes sur le même pied : “…un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l'un et l'autre sexe”. Montfort rédige le texte au début du 18e siècle et déjà, à ce moment de l’histoire, il indique le fondement théologique solide de la mission apostolique du laïc.  D’ailleurs, surtout à partir du début du 20e siècle, le livre ‘La Vraie Dévotion’ a mis en route des mouvements apostoliques qui ne font pas de distinction entre hommes et femmes. Le plus connu et universellement répandu est la Légion de Marie, mais il y en a d’autres, même des instituts religieux, masculins et féminins. Lors de ses nombreux voyages apostoliques, avec conviction, Jean-Paul II a témoigné du ‘Totus Tuus’ de Montfort, résumant son message.

Les principales pratiques de dévotion à Marie


VD 115 - 116 - 117

Nous lisons avec vous les numéros: 115 - 116 - 117:

115. Il y a plusieurs pratiques intérieures de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, dont voici les principales en abrégé:
1º L'honorer comme la digne Mère de Dieu, du culte d'hyperdulie, c'est-à-dire l'estimer et l'honorer par-dessus tous les autres saints, comme le chef-d'oeuvre de la grâce et la première après Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme; 2º méditer ses vertus, ses privilèges et ses actions; 3º contempler ses grandeurs; 4º lui faire des actes d'amour, de louange et de reconnaissance; 5º l'invoquer cordialement; 6º s'offrir et s'unir à elle; 7º faire ses actions en vue de lui plaire; 8º commencer, continuer et finir toutes ses actions par elle, en elle, avec elle [et pour elle], afin de les faire par Jésus-Christ, en Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, notre dernière fin. Nous expliquerons cette dernière pratique.

116. La vraie dévotion à la Sainte Vierge a aussi plusieurs pratiques extérieures dont voici les principales:
1º S'enrôler dans ses confréries et entrer dans ses congrégations; 2º entrer dans les religions instituées en son honneur; 3º publier ses louanges; 4º faire des aumônes, jeûnes et mortification d'esprit ou de corps en son honneur; 5º porter sur soi ses livrées, comme le saint rosaire ou le chapelet, le scapulaire ou la chaînette; 6º réciter avec attention, dévotion et modestie ou le saint rosaire composé de quinze dizaines d'Ave Maria en l'honneur des quinze principaux mystères de Jésus-Christ, ou le chapelet de cinq dizaines, qui est le tiers du rosaire, ou en l'honneur des cinq mystères joyeux, qui sont: l'Annonciation, la Visitation, la Nativité de Jésus-Christ, la Purification et le Recouvrement de Jésus- Christ au Temple; ou en l'honneur des cinq mystères douloureux, qui sont: l'Agonie de Jésus-Christ au jardin des Olives, sa Flagellation, son Couronnement d'épines, son Portement de Croix et son Crucifement; ou en l'honneur des cinq mystères glorieux, qui sont: la Résurrection de Jésus- Christ, son Ascension, la Descente du Saint-Esprit ou la Pentecôte, l'Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme dans le ciel, et son Couronnement par les trois personnes de la très sainte Trinité. On peut dire aussi un chapelet de six ou sept dizaines en l'honneur des années qu'on croit que la Sainte Vierge a vécu sur la terre; ou la petite couronne de la Sainte Vierge, composée de trois Pater et douze Ave, en l'honneur de sa couronne de douze étoiles ou privilèges; ou l'office de la Sainte Vierge, si universellement reçu et recité dans l'Eglise; ou le petit psautier de la Sainte Vierge, que saint Bonaventure a fait en son honneur, et qui est si tendre et si dévot, qu'on ne peut le réciter sans en être attendri; ou quatorze Pater et Ave en l'honneur de ses quatorze allégresses; ou quelques autres prières, hymnes et cantiques de l'Eglise, comme le Salve Regina, l'Alma, l'Ave Regina coelorum, ou le Regina coeli, selon les différents temps; ou l'Ave maris stella, O gloriosa Domina, etc., ou le Magnificat ou quelques autres prières de dévotion, dont les livres sont pleins; 7º chanter et faire chanter en son honneur des cantiques spirituels; 8º lui faire un nombre de génuflexions ou révérences, en lui disant par exemple, tous les matins, soixante ou cent fois: Ave Maria, Virgo fidelis, pour obtenir de Dieu par elle la fidélité aux grâces de Dieu pendant la journée; et le soir, Ave Maria, Mater misericordiae, pour demander pardon à Dieu par elle des péchés qu'on a commis pendant la journée; 9º avoir soin de ses confréries, orner ses autels, couronner ou embellir ses images; 10º porter et faire porter ses images en procession, et en porter une sur soi, comme une arme puissante contre le malin; 11º faire faire ses images ou son nom, et les placer ou dans les églises, ou dans les maisons, ou sur les portes et entrées des villes, des églises et des maisons; 12º se consacrer à elle d'une manière spéciale et solennelle.

117. Il y a une quantité d'autres pratiques de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, que le Saint-Esprit a inspirées aux saintes âmes, qui sont très sanctifiantes; on les pourra lire plus au long dans le Paradis ouvert à Philagie, composé par le R. Père Paul Barry, de la Compagnie de Jésus, où il a recueilli un grand nombre de dévotions que les saints ont pratiquées en l'honneur de la Très Sainte Vierge, lesquelles dévotions servent merveilleusement à sanctifier les âmes, pourvu qu'elles soient faites comme il faut, c'est-à-dire:
1º avec une bonne et droite intention de plaire à Dieu seul, de s'unir à Jésus-Christ comme à sa fin dernière, et d'édifier le prochain; 2º avec attention, sans distraction volontaire; 3º avec dévotion, sans empressement ni négligence; 4º avec modestie et composition de corps respectueuse et édifiante.

Reprenons le fil - VD 118

Après cette interruption, Montfort reprend le fil de ses idées. Il cite une longue série de dévotions mariales valables en ajoutant qu’il y en a une quantité d’autres « pourvu qu’elles soient faites comme il faut », puis il indique son propos : faire connaître la ‘parfaite’ dévotion à Marie. Est-il prétentieux ?
Nous lisons avec vous dans la Vraie Dévotion le numéro 118:

"Après tout, je proteste hautement qu'ayant lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la Très Sainte Vierge, et ayant conversé familièrement avec les plus saints et savants personnages de ces derniers temps, je n'ai point connu ni appris de pratique de dévotion envers la Sainte Vierge semblable à celle que je veux dire, qui exige d'une âme plus de sacrifices pour Dieu, qui la vide plus d'elle même et de son amour-propre, qui la conserve plus fidèlement dans la grâce, et la grâce en elle, qui l'unisse plus parfaitement et plus facilement à Jésus-Christ, et enfin qui soit plus glorieuse à Dieu, sanctifiante pour l'âme et utile au prochain."

L'homme d'expérience parle - VD 119

“ Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second ? Qui parviendra jusqu'au troisième ? Enfin, qui est celui qui y sera par état ? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus-Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel."

Qui en est capable?


Une fois de plus, Montfort se sert du mot ‘secret’. Par là il exprime son expérience : la majorité l’ignore, mais il y a aussi le fait qu’il s’agit d’une donnée qu’on ne peut acquérir de ses seules forces ; elle vous sera donnée ‘par l’esprit de Jésus qui vous le révèlera’. Ce même alinéa fait comprendre qu’il s’agit d’un chemin à parcourir avec ténacité et qui conduit à pas moins que la transformation de soi-même en Jésus Christ. Devenir ‘christ’ de Dieu (le ‘oint’ de Dieu) parmi les hommes, voilà la vocation assurée du baptisé. Voilà la vraie dévotion, la consécration à Jésus Christ et à son œuvre. Remarquez, une fois de plus, une caractéristique essentielle de la vraie dévotion: le verticalisme et l’horizontalisme vont de pair.

28 janvier 2012

Catechèse à l'école de Marie (5)

Commentaire sur 'La Vraie Dévotion' de Montfort ( 90 - 110)

Les dévotions ne sont pas toutes valables

Il est à remarquer que Montfort, reconnu pour son admiration pour Marie, nous appelle à être critiques quant aux dévotions mariales. Il précise : il y a des formes de dévotion qui induisent en erreur. Les adjectifs qu’il utilise attirent l’attention :"la grande et solide dévotion" (60,62),"les véritables dévotions" (90), "la vraie dévotion" (91) contrairement aux "fausses dévotions" (90). Il a parfois une manière directe de décrire certaines personnes qui fait penser au langage des prophètes dans la Bible, parfois de Jésus lui-même, et je devine que c’est voulu.

"Vraie" dévotion

D’où lui vient cette certitude pour prétendre qu’il prêche la dévotion vraie et authentique ?
Il en a donné une justification dans les numéros 60-89 : nous n’avons pas d’autre point de
départ que celui de la Bible, à savoir la double donnée : le fait que Dieu est venu vers son
peuple et puis la manière dont Il l’a fait.
La dévotion ou la piété est la réponse de l’homme à la proposition concrète de Dieu
et en ce qui concerne cette proposition il n’y a pas le choix.
À vrai dire il est possible d’y répondre de plusieurs manières, plus ou moins intense,
mais choisir une autre relation avec Dieu est une utopie. 
D’où le choix du mot ‘vraie’ dévotion, toute autre piété
est issue d’une image erronée de Dieu, et cela arrive souvent. Voilà son point de vue.
Vous vous souvenez peut-être encore du titre probable de son livre : Préparation au Règne
de Jésus Christ.
La dévotion chez lui n’est rien d’autre que le dévouement à ce Règne.
Le mot ‘dévotion’ le restitue bien : ‘se dévouer’, s’appliquer à, collaborer à…
Afin d’y parvenir au mieux, Marie est une aide précieuse, Montfort nous le rappelle
de plusieurs manières.

Une terminologie délicate

Il ne ménage pas ses mots. En réalité il ne veut pas déclencher de polémique,
mais il donne à réfléchir.
Notez les expressions: “Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses
dévotions à la Sainte Vierge, à savoir: 1º les dévots critiques; 2º les dévots scrupuleux;
3º les dévots extérieurs; 4º les dévots présomptueux; 5º les dévots inconstants;
6º les dévots
hypocrites; 7º les dévots intéressés”. 
L’auteur n’a pas la prétention de faire ici de la haute théologie, il veut être clair et précis.
L’attaque est menée hardiment (les numéros 92-104). Avoir une haute opinion de soi-même,
vivre des doutes, se limiter à des rites extérieurs, être instable comme une girouette, sauver
les apparences, s’imaginer que l’on peut acheter l’amour de Dieu… toutes des attitudes
humaines ! On s’y reconnait parfois !

Des portraits pointus

Les ‘dévots critiques’ sont fiers de leur érudition et de leur perspicacité.
Ils en déduisent qu’ils ont raison et que les autres ont tort. 
Ils veulent bien accepter que Dieu a impliqué Marie
dans son grand projet de sauver l’humanité, mais ils reculent devant des expressions
extérieures de la foi et trouvent la piété populaire ridicule.
Les 'dévots scrupuleux' craignent de déshonorer le Fils en honorant sa Mère,
et que par conséquent la dévotion mariale soit de l’idolâtrie. 
Ils ne comprennent pas qu’une prière à la
Vierge Marie puisse être un moyen pour aboutir à une relation plus intime avec Jésus.
Les ‘dévots extérieurs’ vont dans la direction opposée :
leur dévotion mariale se limite à des gestes extérieurs. 
Montfort donne des exemples : “Ils diront force de chapelets à la hâte,
entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion,
se mettront de toutes confréries mariales sans amendement de leur vie…”
Ce qui les attire c’est d’être incorporés dans un groupe, sans en vivre la spiritualité.
Les ‘dévots présomptueux’ s’imaginent d’être corrects :
“Sous prétexte qu'ils sont dévots à la Vierge,
ils dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes,
sans faire beaucoup d’effort pour se corriger. 
Ils comptent sur le fait que Dieu va les pardonner…
Ils sont dévots à la Sainte Vierge, c’est ce qu’ils prétendent,
parce qu’ils portent le scapulaire; qu'ils disent tous les jours
sans reproche et sans vanité sept Pater et sept Ave en son honneur;
qu'ils disent même quelquefois le chapelet…  ceci est suffisant,
pensent-ils, et se réfèrent à des histoires qu’ils
ont entendues ou lues, vraies ou fausses, peu importe. ”
“Les ‘dévots inconstants’ sont dévots à la Sainte Vierge
par intervalles et par boutades:
tantôt ils sont fervents et tantôt ils sont tièdes,
tantôt ils paraissent prêts à tout faire pour son service,
et puis, un peu après ils ne sont plus les mêmes…
Ils changent volontiers d’avis.”
Ils ne tiennent pas compte qu’ils ont conclu une alliance à leur baptême,
et s’en soucient fort peu.
Pour établir un portait des ‘dévots hypocrites’,
l’auteur se limite à quelques mots, mais suffisamment clairs. 
Par leurs pratiques de dévotions, ils veulent se faire passer pour ce
qu’ils ne sont pas.  Ils tiennent à être vus et à se faire passer
pour des personnes pieuses.
Leur dévotion est orientée vers les hommes,
elle n’a rien à voir avec de la piété, mais est plutôt de l’autoglorification.
Les ‘dévots intéressés’ prennent refuge auprès de Marie
seulement quand ils en ont besoin : gagner un procès, un danger imminent,
une maladie… “sans quoi ils l'oublient” précise Montfort. Par contre,
s’ils sont vraiment consacrés au Royaume de Jésus, dira-t-il plus loin,
ils peuvent pleinement compter sur la bienveillance maternelle de Marie.

La dévotion ‘véritable’

À quoi peut-on donc reconnaître la véritable dévotion mariale ?
Remarquez qu’ici Montfort n’en donne que des propriétés
et ne précise pas encore en quoi elle existe.
Intérieure.
La vraie dévotion mariale découle d’une compréhension correcte
de l’agir de Dieu envers les hommes et du rôle qu’Il attribue à Marie.
Cette compréhension mène à la respecter
et à s’attacher à elle.
Tendre. La vraie dévotion mariale est un fruit de la simplicité et de la confiance.
En effet, Jésus lui-même en est le fondement, lorsque, sur la Croix,
Il donna à Marie la mission d’être
‘mère’ pour le disciple et qu’Il demanda au disciple de l’accepter comme ‘mère’.
Il s’agit d’un don précieux aux pauvres croyants de tous les temps.
Une relation mère-enfant est
caractérisée par une confiance extrême.
À temps et à contretemps, l’enfant compte sur sa mère et se jette dans ses bras.
Sainte. En s’adressant à Marie de la bonne manière, elle réagit et se met à l’œuvre.
Pensez à la façon dont Montfort relate la mission qu’elle a reçue du Saint Esprit :
“Jetez les racines de toutes vos vertus dans mes élus,
afin qu’ils croissent de vertu en vertu, de grâce en grâce”
(cf. 34). On va lui ressembler de plus en plus, elle qui est ‘pleine de grâces’.
Constante. La vraie dévotion mariale aide à tenir dans la foi et à ne pas se laisser influencer.
La Parole de Dieu, sa promesse, est la pierre angulaire de la prière, de la confiance.
Lors d’un moment d’inconstance, de peur ou de tristesse, Marie vient à l’aide.
Elle renforce la confiance
en Dieu et soutient la constance.
Désintéressée. La connaissance de l’agir de Dieu et la décision de travailler
avec Jésus à l’avènement du Royaume, contribuent à discerner ce qui
est le plus important.  On ne cherchera pas à avoir la meilleure place dans le ciel,
et encore moins à siéger à la droite ou
à la gauche de Jésus, mais à collaborer avec Lui.
Etre disponible comme Marie autant sur le Calvaire qu’au noces de Cana, dit Montfort.

Il s’agit d’un comble de dévotion, qui en est capable ? Sans aide, vous n’y arriverez
pas. 
Montfort vous indiquera de précieux moyens. Nous en parlerons la prochain
e
fois.



Frans Fabry