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8 septembre 2013

"Jésus est notre unique Vie"


Olivier Maire, smm

"Jésus est notre unique Vie"
Vraie dévotion n° 61


Voici le texte de la conférence du Père Olivier Maire, smm, faite mecredi le 7/8/13 pendant la Rencontre Internationale à Saint-Laurent-sur-Sèvre.




Au commencement de la seconde partie du Traité de la Vraie Dévotion (cf. VD 230), le Père de Montfort livre cinq vérités fondamentales « qui donneront jour à cette grande et solide dévotion que je veux découvrir » (VD 60). Ces cinq vérités sont « fondamentales » dans le sens qu’elles sont les fondements de la vraie dévotion à la Sainte Vierge ; fondations dynamiques puisqu’elles doivent lui « donner le jour », autant de fontaines donnant de leurs eaux. En présentant ces cinq vérités fondamentales, le Père de Montfort dit qu’il les présuppose (« après que j’aurai présupposé quelques vérités fondamentales) ; ce ne sont pas des présupposés au sens logique du mot, mais des sources en tant que la source est le présupposé de la rivière… Ces cinq vérités ont un caractère générationnel puisqu’elles donnent le jour ; elles reconduisent à l’origine (ce n’est pas par hasard que la dernière vérité fondamentale se termine par l’évocation de Gn 3 ; cf. VD 89)[1] ; une origine lumineuse car elles donnent jour…
Ces cinq vérités fondamentales sont :

1)      Jésus-Christ doit être la fin dernière de toutes nos dévotions (VD 61-67)
2)      Nous sommes à Jésus-Christ et à Marie en qualité d’esclaves (VD 68-77)
3)      Nos meilleures actions sont souillées et corrompues (78-82)
4)      Nous avons besoin d’un médiateur auprès du Médiateur (83-86)
5)      Il est très difficile de conserver les grâces reçues de Dieu (87-89).

Ces cinq vérités soigneusement numérotées par le Père de Montfort (première vérité ; seconde vérité troisième vérité ; etc…) ne sont ni exhaustives (« Quelques vérités fondamentales » ; VD 60), ni homogènes. En effet, les deux premières sont articulées entre elles (« il faut conclure de ce que Jésus-Christ est à notre égard, que nous ne sommes point à nous » ; VD 68) et sont de nature « ontologique » (Jésus-Christ EST ; nous ne sommes point à nous mais tout entier à Lui) ; les trois dernières sont plus de nature existentielle (nature corrompue de nos actions de notre « fond », troisième vérité, à pour conséquence notre besoin d’un médiateur auprès du seul Médiateur, quatrième vérité (« voici une quatrième vérité qui est la suite de la troisième » ; VD 82), et notre difficulté à conserver les grâces reçues d’où le recours à la Vierge fidèle, cinquième vérité)[2].

Dans le cadre restreint de cette conférence, nous n’aborderont que le début de la première vérité fondamentale (VD 61) dont voici le texte[3] :

Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, doit être la fin dernière de toutes nos autres dévotions: autrement elles seraient fausses et trompeuses.

Jésus-Christ est l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin de toutes choses.

Nous ne travaillons, comme dit l'Apôtre, que pour rendre tout homme parfait en Jésus-Christ,

parce que c'est en lui seul qu'habite toute la plénitude de la Divinité et toutes les autres plénitudes de grâces, de vertus et de perfections ;
parce que c'est en lui seul que nous avons été bénis de toute bénédiction spirituelle;
parce qu'il est notre unique maître qui doit nous enseigner, notre unique Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique chef auquel nous devons être unis, notre unique modèle auquel nous devons nous conformer, notre unique pasteur qui doit nous nourrir, notre unique voie qui doit nous conduire, notre unique vérité que nous devons croire, notre unique vie qui doit nous vivifier, et notre unique tout en toutes choses qui doit nous suffire.

Il n'a point été donné d'autre nom sous le ciel, que le nom de Jésus, par lequel nous devions être sauvés.

Dieu ne nous a point mis d'autre fondement de notre salut, de notre perfection et de notre gloire, que Jésus-Christ :

tout édifice qui n'est pas posé sur cette pierre ferme est fondé sur le sable mouvant et tombera infailliblement tôt ou tard ;
tout fidèle qui n'est pas uni à lui comme une branche au cep de la vigne, tombera, séchera et ne sera propre qu'à être jeté au feu.

Hors de lui tout n’est qu’égarement, mensonge, iniquité, mort et damnation.

Mais, si nous sommes en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, nous n'avons point de damnation à craindre : ni les anges des cieux, ni les hommes de la terre, ni les démons des enfers, ni aucune autre créature ne nous peut nuire, parce qu'elle ne nous peut séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus-Christ.

Par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus-Christ, nous pouvons toutes choses: rendre tout honneur et toute gloire au Père, en l'unité du Saint-Esprit ; nous rendre parfaits et être à notre prochain une bonne odeur de vie éternelle.


 Cette première vérité fondamentale commence par une affirmation christologique, une profession[4] de foi : « Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme » ; puis cette dernière est suivi par une conséquence pratique : « doit être la fin dernière de toutes nos autres dévotions ». Nous pourrions dire que la lex credendi porte la lex orandi et la lex vivendi… Hors de cette vérité première de la profession de foi qui détermine la fin ultime de toute démarche religieuse, il n’y a que mensonge : « autrement elles seraient fausses et trompeuses ». Cette première vérité est donc le critère d’authenticité de toute dévotion[5].
Cette confession du Christ, vrai Dieu et vrai homme, (caractéristique de la christologie du Père de Montfort) est  contemplation du Mystère du Christ comme en témoigne le début de la consécration « à Jésus-Christ par Marie » :

« O Sagesse éternelle et incarnée !
O très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme,
Fils unique du Père éternel et de Marie toujours vierge !
Je vous adore profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père, pendant l’éternité,
Et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre incarnation. » (ASE 223)


Cette vérité « dogmatique » (ou « conciliaire ») sur le Christ Jésus conduit comme naturellement à une proclamation scripturaire, biblique :

« Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de toute choses »

Ce texte s’appuie sur trois citations du Livre de l’Apocalypse : Ap 1, 8 ; 21, 6 et 22, 13 ; la première au commencement du Livre et les deux dernières à la fin… L’aspect englobant et totalisant de l’expression (alpha et oméga, premier et dernier, donc le tout désigné par ses limites extrêmes) est également caractéristique de saint Louis-Marie de Montfort ; il suffit de penser aux deux avènements de Jésus : cf. VD 49-54, VD 1, 13 (première / seconde), 15 (commencer / achever), 19, 22 (premier / dernier), 158 ; PE 12… Ce couple « commencement et fin », au niveau de la temporalité « christique », renvoie à un autre couple qui se situe à un niveau christologique, celui du Christ Total : Tête (Chef) et membres (cf. VD 20, 21, 22, 32, 33, 35, 36 ; PE 15 ; SM 12-13, 16-17).

« Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de toute choses »

Tout part du Christ et tout va vers le Christ ; tout est centré sur le Christ. Tout est orienté vers le Christ, comme fin ultime, fin dernière (selon cette formule redondante). Jésus-Christ est l’horizon eschatologique de toute chose, mystère de perfection[6] et de manière toute spéciale de l’être humain :

Nous ne travaillons, comme dit l'Apôtre, que pour rendre tout homme parfait en Jésus-Christ

Le Père de Montfort contemple le mystère du Christ en missionnaire, en Apôtre (il cite ici Col 1, 28). Le Christ nous entraîne dans sa Plénitude (cf. Ep 4, 13 ; Ep 3, 19 ; Col 2, 9-10. Col 1, 19). Ici se dit  l’unique projet apostolique du Père de Montfort qui est inséparablement un projet mystique (la perfection en Jésus-Christ).

Le zèle missionnaire de saint Louis-Marie de Montfort vient de cette vision du mystère du Christ qui saisit tout dans sa Lumière et dont la diffraction donne les trois « parce que » qui suivent dans le texte et qui sont donc plus que des causes ou des raisons…


parce que c'est en lui seul qu'habite toute la plénitude de la Divinité et toutes les autres plénitudes de grâces, de vertus et de perfections ;
parce que c'est en lui seul que nous avons été bénis de toute bénédiction spirituelle

Ces deux premiers « parce que » marqués par le « en lui seul » expriment cette exclusivité radicale du Christ étayée par de nombreux textes de saint Paul (cf. Col 1, 19 ; 2, 9 ; Ep 1, 3).

Le troisième « parce que » inaugure la longue litanie du Christ dont le « notre unique » donne un rythme saisissant :

parce qu'il est notre unique maître qui doit nous enseigner, notre unique Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique chef auquel nous devons être unis, notre unique modèle auquel nous devons nous conformer, notre unique pasteur qui doit nous nourrir, notre unique voie qui doit nous conduire, notre unique vérité que nous devons croire, notre unique vie qui doit nous vivifier, et notre unique tout en toutes choses qui doit nous suffire.

L’accumulation des titres du Christ d’origine scripturaire (cf. Mt 23, 8.10 ; Jn 10, 1-16 ; 14, 6 ; 1 Co 11, 1 ; Ep 5, 1 ; 1 Th 1, 6 ; 1 Co 8, 6 ; Col 1, 18) ne doit pas nous faire oublier la répétition des « notre » et « nous »… Nous sommes pris, saisis dans le Mystère du Christ ; sans lui nous ne sommes rien, nous n’existons que dans notre relation, rapport à lui (cf. VD 225).

Si cette longue litanie du Christ dit son unicité de manière affirmative (« il est ») ; le paragraphe suivant en tire les conséquences de manière négative[7] :


Il n'a point été donné d'autre nom sous le ciel, que le nom de Jésus, par lequel nous devions être sauvés.

Dieu ne nous a point mis d'autre fondement de notre salut, de notre perfection et de notre gloire, que Jésus-Christ :

tout édifice qui n'est pas posé sur cette pierre ferme est fondé sur le sable mouvant et tombera infailliblement tôt ou tard ;
tout fidèle qui n'est pas uni à lui comme une branche au cep de la vigne, tombera, séchera et ne sera propre qu'à être jeté au feu.

Ces sentences pourraient semblées trop absolues, exagérées. De fait, leur style leur donne le caractère tranchant de la parole, tel un glaive à deux tranchants… Mais tout n’est que Paroles de l’Écriture : Ac 4, 12 ; 1 Co 3, 11 ; Mt 7, 26.27 ; Jn 15, 6.

Hors de lui tout n’est qu’égarement, mensonge, iniquité, mort et damnation.

Cette phrase qui suit dans le manuscrit a été biffée par une main inconnue… suppression malheureuse dans nos éditions. Un texte très semblable se trouve en ASE :

« Demeurons-en donc à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée, hors duquel il n’y a qu’égarement, que mensonge et que mort : Ego sum via, veritas et vita. » (ASE 89 et Jn 14, 6)

La liste des négations précédentes, dans leur « non », conduit inévitablement à la damnation, à être sans Jésus, négation totale. Cet « hors de lui » est le drame absolu… Arrivé à ce néant, le Père de Montfort lance alors son cri, le « si » incisif de l’espérance, précédé de ce « mais » qui vient conjurer la malédiction d’une vie sans Jésus  et souligner l’ « être-en-Jésus »   :

Mais, si nous sommes en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, nous n'avons point de damnation à craindre : ni les anges des cieux, ni les hommes de la terre, ni les démons des enfers, ni aucune autre créature ne nous peut nuire, parce qu'elle ne nous peut séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus-Christ.


Là encore, rien n’est affirmé qui ne soit fondé dans l’Écriture : le Père de Montfort cite Rm 8, 1, 38.39. Cette « non-séparation » du Christ est montrée de manière visible dans l’écriture de ce texte par cette structure concentrique que le Père de Montfort apprécie particulièrement pour dire un lien inséparable[8] :

               si nous sommes
                        en Jésus-Christ
                        et Jésus-Christ
               en nous

 Jésus-Christ est au centre de cette structure : bel exemple « visible » du christocentrisme du Père de Montfort.

Cette structure concentrique montre également notre être-en-relation et la dépendance radicale que nous avons du Christ dont l’exemple le plus remarquable est la Vierge Marie elle-même :

« Je me tourne ici un moment vers vous, ô mon aimable Jésus, pour me plaindre amoureusement à votre divine Majesté de ce que la plupart des chrétiens, même des plus savants, ne savent pas la liaison nécessaire, qui est entre vous et votre sainte Mère.
Vous êtes, Seigneur, toujours avec Marie, et Marie est toujours avec vous
et ne peut être sans vous : autrement elle cesserait d'être de qu'elle est ; elle est tellement transformée en vous par la grâce qu'elle ne vit plus, qu'elle n'est plus ; c'est vous seul, mon Jésus, qui vivez et régnez en elle, plus parfaitement qu'en tous les anges et les bienheureux.
[…]
Elle [vous] est si intimement liée, qu'on séparerait plutôt la lumière du soleil, la chaleur du feu; je dis plus, on séparerait plutôt tous les anges et les saints de vous, que la divine Marie » (VD 63)

Cette manière de parler montre davantage l’union intime qu’il y a entre Jésus et Marie. Ils sont unis si intimement, que l’un est tout dans l’autre : Jésus est tout en Marie, et Marie toute en Jésus ; ou plutôt, elle n’est plus, mais Jésus tout seul en elle ; et on séparerait plutôt la lumière du soleil, que Marie de Jésus. En sorte qu’un peut nommer Notre-Seigneur Jésus de Marie, et la Sainte Vierge Marie de Jésus. VD 247[9]

Notre union au Christ est la « liaison nécessaire » qui nous donne d’exister… La Vierge Marie est donc le modèle de la vie en Christ.

Enfin, notre texte se termine par une formule quasi liturgique prise de la prière eucharistique :

Par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus-Christ, nous pouvons toutes   choses : rendre tout honneur et toute gloire au Père, en l'unité du Saint-Esprit ; nous rendre parfaits et être à notre prochain une bonne odeur de vie éternelle.

 Mais dans cette reprise de la doxologie eucharistique, nous sommes arrêtés dans notre élan pour proclamer notre « Amen ». En effet, le Père de Montfort la termine par deux ajouts : nous rendre parfaits et être pour notre prochain une bonne odeur de vie éternelle. Le premier est une réponse à l’invitation apostolique qui engage à rendre tout homme parfait[10] en Jésus-Christ (ce premier ajout fait office d’inclusion[11] avec la citation de Col 1, 28). Le second (citation libre de 2 Co 2, 15-16) nous invite à devenir à notre tour des apôtres. Ainsi, le fondement de la spiritualité montfortaine trouve son achèvement dans la mission apostolique.

 Père Olivier Maire smm



[1] Dans cette cinquième vérité fondamentale, Marie est nommée seulement « Vierge » : évocation  de l’origine. Si cette dernière vérité fondamentale se termine par un renvoi au Livre de la Genèse, la première vérité fondamentale commence par une citation du Livre de l’Apocalypse (Ap 1, 8 cité en VD 61) ; inclusion inversée, si l’on peut dire, bien caractéristique de l’écriture de saint Louis-Marie.
[2] Le thème de la « corruption » caractérise les trois dernières vérités fondamentales (cf. VD 78, 79 ; VD 83 et VD 87, 89).
[3] Je donne ici le texte de VD 61 dans une disposition qui en montre les grands ensembles dont il est constitué et en rétablissant la phrase qui a été barrée par une main qui ne semble pas être celle du Père de Montfort (il a lui-même corrigé le mot mensonge préalablement écrit « mansonge ».
[4] Nous pourrions renvoyer au concile de Chalcédoine (451) : « Nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et le même parfait en humanité, le même vraiment  (ἀληθῶς  ) Dieu et vraiment homme […], consubstantiel ( ὁμοούσιον ) au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité ». Nous pouvons renvoyer également à divers textes du Pape saint Léon le Grand.
[5] Le N° 62 en est la suite logique : « Si la dévotion à la Sainte Vierge éloignait de Jésus-Christ, il faudrait la rejeter comme une illusion du diable ».
[6] A la fois : τέλος, τέλειον, πλήρωμα.
[7] Texte rythmé par les deux « ne … point » et les deux « n’est pas ».
[8] Par exemple en ASE 63, 64 ; VD 247. On notera également les accents johanniques de cette forme : cf. Jn 14, 10.11.20 ; 15, 5 ; 17, 21.
[9] Cf. VD 212, 219.
[10] Rappelons que pour le Père de Montfort, notre « perfection » est toujours d’ordre christologique qui ne « s’acquiert que par l’union à Jésus-Christ » (VD 78 ; cf. VD 168) : « Toute notre perfection consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus-Christ », la plus parfaite de toutes les dévotions est sans difficultés celle qui nous conforme, unit et consacre le plus parfaitement à Jésus-Christ » (VD 120), « Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l’union avec Notre Seigneur, où consiste la perfection du chrétien » (VD 152).
[11] Nous pourrions faire la même remarque concernant la doxologie finale et la citation de l’Apocalypse.

13 août 2013

Montfort et La Séguinière

La Séguinière est située dans l'arrondissement de Cholet et dans le département Maine-et-Loire (49)

Eglise de la paroisse à La Séguinière
Vers la fin de mai 1713, Montfort arrivait à La Séguinière, paroisse voisine de la ville de Cholet. Le curé de la paroisse était un prêtre d’origine irlandaise, Mr Kentin. Le Père de Montfort avait connu Pierre Kentin, lorsque celui-ci était aumônier à l’hôpital de La Rochelle en 1712. C’était, comme disait Montfort « le curé selon son cœur » ; dès l’ouverture de la mission, affluence considérable ; les âmes étaient bien préparées. Le missionnaire ajouta à son travail la restauration d’une chapelle qu’il fit dédier à Notre-Dame de Toute-Patience.

Le Cantique 145 
La tradition veut que Montfort l’ait écrit à La Séguinière. En voici quelques extraits :

A mon secours,
O douce et divine Marie,
A mon secours !
Je souffre et gémis tous les jours
A mes maux soyez attendrie,
Délivrez-m’en, je vous prie.
A mon secours ! Secourez-moi,
Vous êtes pleine de clémence,
Secourez-moi !
Tout est soumis à votre loi
Donnez-moi donc quelque assistance
Ou bien le don de patience.
Secourez-moi !

Par charité,
Soulagez-moi dans ma misère.
Par charité,
La patience ou la santé
C’est en vous seule que j’espère,
Montrez que vous êtes ma Mère.
Par charité. Quoi ! Sous vos yeux
Je mourrai dans mon indigence ?
Quoi ! Sous vos yeux
Je périrai, Reine des cieux ?
Non, non j’ai mis mon espérance
En votre nom plein d’abondance.
Quoi ! Sous vos yeux ?

C'est le Père Besnard, par deux fois qui parle du château de la Treille (cf. tome IV de "Documents et Recherches - Rome 1981, page 309 "Il ne voulut pas même la mission finie se rendre aux invitations de M. le Curé qui le pressait de rester chez lui pour prendre quelque repos, ni accepter l'offre que lui firent mesdemoiselles de Beauveau, surs de l'évêque de Nantes, de venir se délasser au château de la Treille ..." ; cf. aussi tome V, pp. 437*-492 *, après la mission de Saint-Amand : " Il en prit un (prêtre) et ils partirent accompagnés de quelques frères pour aller à la Séguinière. Les demoiselles de Beauveau qui lui avaient déjà donné l'hospitalité, l'ayant prié d'accepter leur château pour s'y délasser, il s'y rendit et y séjourna huit à dix jours..."

Pour son 2ème séjour à La Séguinière, après la mission épuisante de Saint-Amand, le Père de Clorivière écrit ceci :" ... Peut-être pour la première fois de sa vie, il crut qu'il devait accorder quelque délassement à son corps, en même temps qu'il en procurerait à ceux qui avaient travaillé avec lui. Dans ce dessein, il fut à la Séguinière et accepta, pour une huitaine de jours, l'offre que les Demoiselles de Beauveau lui firent de leur château pour s'y reposer. Mais son repos eût été pour un autre un travail assez grand. Proche d'une paroisse où il avait fait une mission avec les plus grands succès et qu'il aimait singulièrement, tant à cause de ses habitants que de son bon pasteur qu'il respectait comme un saint, il y donna plusieurs sermons pour ranimer dans les peuples la dévotion qu'il leur avait inspirée. Pour signaler aussi celle qu'il portait à la Mère de Dieu, il fit faire, avec tout l'appareil qu'il fut possible, une procession générale accompagnée de tambours et de fusilliers, à cette fameuse chapelle qu'il avait réparée et décorée en son honneur, sous le titre de Notre-Dame de Toute Patience." (p. 460) 
Notre Dame de toute Patience

Lieux à visiter
Le vieux pont sur La Moine : lieu de rencontre entre le P. de Montfort et le P. Kentin









L’église avec les beaux vitraux, à la fois souvenirs de Montfort et de l’épopée vendéenne










La fontaine des morts












La chapelle de Notre-Dame de Toute Patience, avec la statuette de la Vierge à l’Enfant,
donnée par Montfort et qui aurait été sculptée par lui-même. On vient en pèlerinage à cette chapelle, chaque année en septembre et souvent les mamans y conduisent leurs enfants qui auraient des difficultés à marcher.


2 avril 2013

Catéchèse à l' école de Marie (15)

Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort  (fin 266 – 273)

Cette dévotion et la communion

Montfort vient de terminer son exposé mais il ajoute à son manuscrit cinq pages et offre des suggestions pour vivre, avec l’aide de Marie, intensément la rencontre du Christ dans la communion. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a créé une relation toute neuve
entre Dieu et l’homme. La finale de l’évangile selon Matthieu l’exprime avec des paroles claires : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Lors de l’Eucharistie la relation est concrétisée davantage : « Voici mon corps… voici mon sang… faites ceci en mémoire de Moi. »

Sachant jusqu’à quel point il cherchait à vivre l’union au Christ, on devine facilement que Montfort avait une dévotion particulière à l’Eucharistie, le sacrement qui offre une occasion de rencontre du Seigneur plus tangible que les autres sacrements. Elle provoque chez lui une gêne, c’est pourquoi il cherche et trouve une aide auprès de la Vierge Marie. Ne l’avait-il pas mille et mille fois choisie comme ‘mère’ ? Confiant comme un enfant il s’adresse à sa ‘maman’.

Parce qu’elle a accueilli dans son sein cet Hôte hors pair, il l’appelle à son secours. Voilà le cadre dans lequel se situe ce supplément de la Vraie Dévotion. Le titre indiqué par Montfort est clair : « Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte communion. »

Avant la communion
Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour accueillir chez vous à domicile une personnalité de renommée universelle ? Vous mettriez vos meilleurs habits, vous arrangeriez pour le mieux votre maison, vous prévoiriez un présent... Voilà le cadre qui nous aide à comprendre Montfort, car communier c’est vivre un accueil étrange. En effet, il y a un décalage énorme
entre vous-même et celui qui arrive. De plus il y a quelque chose d’étrange ; d’une part Il vous dépasse à tout point de vue et d’autre part vous êtes précieux à ses yeux. Le grand Jésus des évangiles tient à venir chez vous. Parce que vous prenez si souvent refuge auprès d’elle, dit Montfort, Il demande à la Vierge Marie d’être présente chez vous pour vous aider quand vous vous sentez perdu ou risquez d’être maladroit.

D’où le bon conseil : avant de communier renouvelez votre consécration : « je suis tout à vous avec tout ce que j’ai.» La confiance en Marie, sa ‘mère’, inspire Montfort à lui suppléer de prêter son cœur pour y accueillir Jésus comme elle l’a fait autrefois. S’il te plaît, Marie, prêtes-moi ton cœur (266).

Dans la communion

Montfort : la prière de Jésus, le Notre Père, vous a introduit dans un climat caractéristique, car vous avez le droit d’appeler le grand Dieu ‘père’, ‘papa’. Adressez-vous à Lui comme si c’était pour la première fois et dites : Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, en y ajoutant que vous n’en êtes pas digne, mais que la Vierge Marie est présente, elle qui en toute humilité disait : ‘Voici la servante du Seigneur’. Le Père avait en elle une confiance et une espérance singulière.

Avec les mêmes paroles vous pouvez vous adresser à Jésus : Seigneur, je ne suis pas digne… . Demandez lui pardon de vos faiblesses et dites lui que la Vierge Marie l’attend chez vous. Et adressez-vous au Saint-Esprit avec les mêmes paroles : Seigneur, je ne suis pas digne… . Dites-lui votre indignité à cause de votre tiédeur en tant que chrétien, avouez votre surdité et vos résistances à ses inspirations et dites-lui que vous mettez toute votre confiance en Marie, sa fidèle épouse. Comme dans le passé, elle est toujours prête à s’engager pour le Royaume de Dieu. Grâce à elle le Saint-Esprit peut devenir agissant en vous et former en vous Jésus. Il vous transformera, vous allez naître une deuxième fois. Il s’agit de la naissance à laquelle le Seigneur faisait allusion devant Nicodème tout étonné : « Il vous faut naître d’en-haut » (267-269).

Après la communion

« Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus Christ dans le cœur de Marie ». Vous pouvez être sûr qu’elle Lui assurera un accueil qui dépasse toute fantaisie. Comme prière, Montfort offre une série de suggestions tirées d’autres auteurs, non pas des méditations toutes faites, mais un éventail de possibilités pour réagir à partir de la parole de Jésus : « Voici mon corps… voici mon sang », une réalité à peine concevable. C’est pour cela que Montfort se confie à Marie.

Il est bien possible que vous trouviez étrange cette manière de parler. Consolez-vous, vous n’êtes pas seul ! En 1714, deux ans avant la mort du père de Montfort, le chanoine Jean-Baptiste Blain a eu un entretien remarquable avec son ami intime. Dans ses Mémoires il en fait un rapport détaillé, en voici un extrait: « Dans l’entretien que nous eûmes ensemble, il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, car il y a dans la vie mystique des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées » (340).

Après la communion le père de Montfort prie à partir des fragments autant de l’Ancien que du Nouveau Testament et conclut : « Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi. ‘Mon juste par la foi vivra’ (He 10,38). »

D’un trait de plume Montfort termine son écrit.
Frans Fabry
Montfort termine son écrit

Avant la communion - VD 266



Avant la communion

266. 1º Vous vous humilierez profondément devant Dieu. 2º Vous renoncerez à votre fond tout corrompu et à vos dispositions, quelques bonnes que votre amour-propre vous les fasse voir. 3º Vous renouvellerez votre consécration en disant: Tuus totus ego sum, et omnia mea tua sunt: Je suis tout à vous ma chère Maîtresse, avec tout ce que j'ai. 4º
Vous supplierez cette bonne Mère de vous prêter son coeur, pour y recevoir son Fils dans ses mêmes dispositions. Vous lui représenterez qu'il y va de la gloire de son Fils de n'être pas mis dans un coeur aussi souillé que le vôtre et aussi inconstant, qui ne manquerait pas de lui ôter de sa gloire ou de le perdre; mais si elle veut venir habiter chez vous pour recevoir son Fils, elle le peut par le domaine qu'elle a sur les coeurs; et que son Fils sera par elle bien reçu sans souillure et sans danger d'être outragé ni perdu: Deus in medio ejus non commovebitur. Vous lui direz confidemment que tout ce que vous lui avez donné de votre bien est peu de chose pour l'honorer, mais que, par la sainte communion, vous voulez lui faire le même présent que le Père éternel lui a fait, et qu'elle en sera plus honorée que si vous lui donniez tous les biens du monde; et qu'enfin Jésus, qui l'aime uniquement, désire encore prendre en elle sa complaisance et son repos, quoique dans votre âme plus sale et plus pauvre que l'étable, où Jésus ne fit pas difficulté de venir parce qu'elle y était. Vous lui demanderez son coeur par ces tendres paroles: Accipio te in mea omnia. Praebe mihi cor tuum, o Maria!

Dans la communion - VD 267 - 268 - 269



Dans la communion

267. 2º Prêt de recevoir Jésus-Christ, après le Pater, vous lui direz trois fois: Domine, non sum dignus, etc., comme si vous disiez, la première fois, au Père éternel, que vous n'êtes pas digne, à cause de vos mauvaises pensées et ingratitudes à l'égard d'un si bon Père, de recevoir son Fils unique, mais que voici Marie, sa servante: Ecce ancilla Domini, qui fait pour vous, et qui vous donne une confiance et espérance singulière auprès de sa Majesté: Quoniam singulariter in spe constituisti me.


268. Vous direz au Fils: Domine, non sum dignus, etc., que vous n'êtes pas digne de le recevoir à cause de vos paroles inutiles et mauvaises et votre infidélité en son service; mais cependant que vous le priez d'avoir pitié de vous parce que vous l'introduirez dans la maison de sa propre Mère et de la vôtre, et que vous ne le laisserez point aller qu'il ne soit venu loger chez elle: Tenui eum, nec dimittam, donec introducam illum in domum matris meae, et in cubiculum genitrix meae (Cant 3,4). Vous le prierez de se lever et de venir dans le lieu de son repos et dans l'arche de sa sanctification: Surge, Domine, in requiem tuam, tu et arca santificationis tuae. (...)

269. Vous direz au Saint-Esprit: Domine, non sum dignus, que vous n'êtes pas digne de recevoir le chef-d'oeuvre de sa charité, à cause de la tiédeur et iniquité de vos actions et de vos résistances à ses inspirations, mais que toute votre confiance est Marie, sa fidèle Epouse. (...) 

Après la communion - VD 270 - 271 - 272 - 273



Après la communion

270. Après la sainte communion, étant intérieurement recueilli, et les yeux fermés, vous
introduirez Jésus-Christ dans le coeur de Marie. Vous le donnerez à sa Mère, qui le recevra amoureusement, le placera honorablement, l'adorera profondément, l'aimera parfaitement, l'embrassera étroitement, et lui rendra, en esprit et en vérité, plusieurs devoirs qui nous sont inconnus dans nos ténèbres épaisses.

271. Ou bien vous vous tiendrez profondément humilié dans votre coeur, en la présence de Jésus résidant en Marie. Ou vous vous tiendrez comme un esclave à la porte du palais du Roi, où il est à parler à la Reine; et tandis qu'ils se parlent l'un à l'autre, sans avoir besoin de vous, vous irez en esprit au ciel et par toute la terre, prier les créatures de remercier, adorer et aimer Jésus et Marie en votre place: Venite, adoremus, venite, etc.

272. Ou bien, vous demanderez vous-même à Jésus en union de Marie, l'avènement de son règne sur la terre par sa sainte Mère, ou la divine sagesse, ou l'amour divin, ou le pardon de vos péchés, ou quelque autre grâce, mais toujours par Marie et en Marie; disant en vous regardant de travers: Ne respicias, Domine, peccata mea. Seigneur, ne regardez pas mes péchés; sed oculi tui videant aequitates Mariae: mais que vos yeux ne regardent en moi que les vertus et mérites de Marie. Et en vous souvenant de vos péchés, vous ajouterez: Inimicus homo hoc fecit: C'est moi, qui suis le plus [grand] ennemi que j'ai sur les bras, qui ai fait ces péchés; ou bien: Ab homine iniquo et doloso erue me, ou bien: Te oportet crescere, me autem minui: Mon Jésus, il faut que vous croissiez dans mon âme et que je décroisse. Marie, il faut que vous croissiez chez moi, et que je sois moins que je n'ai été. Crescite et multiplicamini: O Jésus et Marie, croissez en moi, et multipliez-vous au dehors dans les autres.

273. Il y a une infinité d'autres pensées que le Saint-Esprit fournit, et vous fournira si vous êtes bien intérieur, mortifié et fidèle à cette grande et sublime dévotion que je viens de vous enseigner. Mais souvenez-vous que plus vous laisserez agir Marie dans votre communion, et plus Jésus sera glorifié; et vous laisserez plus agir Marie pour Jésus, et Jésus en Marie, que vous vous humilierez plus profondément et vous les écouterez avec paix et silence, sans vous mettre en peine de voir, goûter, ni sentir; car le juste vit partout de la foi, et particulièrement dans la sainte communion, qui est une action de foi: Justus meus ex fide vivit.