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4 février 2013

Catéchèse à l'école de Marie (13)


La Vraie Dévotion de Montfort  (243-256)

S’associer à Dieu

Montfort nous offre quatre autres exercices pour s’associer davantage à Dieu et à son œuvre.  D’un bout à l’autre la Bible est l’histoire du Tout Autre qui entre dans la création. Cet événement a été soigneusement préparé depuis Abraham. Quant à l’agir de Dieu Montfort résume : « La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte Trinité ont tenue dans l'Incarnation et le premier avènement de Jésus Christ, elles la gardent tous les jours, d'une manière invisible, dans la Sainte Eglise, et la garderont jusqu'à la consommation des siècles… » (22). Les exercices proposés sont à situer dans cette perspective.

Le propre de cette dévotion

À ceux qui veulent s’associer à Dieu Montfort donne ce conseil : « Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion… » (243). Mettant d’abord le focus sur Jésus incarné, Montfort exprime son étonnement : comment a-t-Il osé dépendre de Marie à ce point-là. En effet, dans cette situation Il s’est fait captif, Il n’avait plus de liberté d’action, il était esclave. Cette audace et cette dépendance totale nous sert d’exemple: nous ne devons pas hésiter à dépendre de la Vierge Marie !

Puis Montfort regarde la personne de Marie et se met à raisonner. Si le Fils de Dieu a osé se rendre dépendant de Marie à ce point-là, cette jeune femme devait avoir des qualités exceptionnelles. Il n’y a pas de doute, avec soin Dieu a dû préparer un cœur humain noble qui ne Le trahirait jamais. Pour décrire cette œuvre, Montfort parle d’un acte créateur sublime : « Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé la Sagesse éternelle ( = Dieu Créateur) se fit elle-même une maison, une demeure digne d'Elle. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers… » (Amour de la Sagesse Eternelle 105). Avec aisance on peut dire que Marie est une femme hors pair.

Malgré les critiques, Montfort n’hésite pas à choisir des termes provocateurs, il veut faire réfléchir les gens. Ici il fait preuve de prudence : « Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On peut, à la vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire l'esclave de Marie, l'esclavage de la Sainte Vierge; mais je crois qu'il vaut mieux qu'on se dise l'esclave de Jésus en Marie… » (244). La dévotion qu’il propose est une imitation de Jésus Christ qui, sans la moindre retenue, s’est livrée à la bienveillance maternelle de Marie.

L’Ave Maria

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. Avec bien d’autres qui l’ont précédé, pour indiquer le fruit de cette petite prière, il se sert d’un vocabulaire biblique. Le cœur humain est comparé à une terre sèche, incapable de produire un Dieu. Seule une fécondité venant de l’extérieur peut changer cette situation, or c’est ce qui est arrivé à la Vierge Marie. La prière de l’Ave nous introduit dans la sphère du Dieu agissant : « C'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et c'est cette même prière, bien dite, qui fait germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus Christ. L'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps… » (249).

Dans la deuxième partie de l’Ave on fait humblement appel à Marie pour qu’elle nous aide à nous mettre fidèlement au service du Seigneur, tout comme elle.

Quant au rosaire, dans La Vraie Dévotion Montfort ne fait que citer la prière, ailleurs il donne des orientations pour la rendre fructueuse, il a même consacré un petit livre à ce sujet : Le Secret admirable du très saint Rosaire. À son tour Jean-Paul II a actualisé cette prière. Accompagné de Marie, il propose de parcourir vingt étapes de la vie de Jésus, de Le contempler et L’écouter, puis de méditer l’événement dans son cœur.

Par l'amour que je vous porte

Le missionnaire expérimenté : « Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne pas vous contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru… » (254).

Rien d’étonnant qu’à l’occasion de l’Année de la Foi, Rome a suggéré la pratique journalière du rosaire. S’il vous est impossible de méditer les vingt mystères, prenez-en chaque jour quelques-uns. Le rosaire est une bonne école de la foi, une école avec Marie comme maîtresse.

Le Magnificat

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. L’évangéliste termine l’épisode de l’annonce sèchement : « Et l’ange la quitta. » Après le ‘oui’ généreux, Luc ne note aucune réaction de la part de l’ange. Marie était seule. Mais le récit continue: « Elle partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. » Ici deux éléments me frappent, d’abord l’expression ‘en hâte’ qui réfère à des émotions dans son cœur, puis la donnée géographique ‘le haut pays, dans une ville de Juda’. Comme je passe souvent dans la région avec les pèlerins, ces deux éléments m’inspirent.

La cousine de Marie habitait la région de Jérusalem. Il est secondaire de savoir si c’était bien à l’endroit précis indiqué à Ein Karem, pour moi ce qui attire l’attention c’est la distance de Nazareth à cette région en Judée: au moins sept jours de marche et de préférence pas seule, mais jointe à une caravane. A-t-elle parlé avec les autres voyageurs, a-t-elle raconté ce qu’elle venait de vivre à Nazareth ? J’en doute. Qui est-ce qui l’aurait cru?

Quand elle entend la salutation de sa cousine son cœur ‘explose’. Voilà l’explication de son empressement et de ce qui s’est passé dans son esprit tout au long du voyage. Sans cesse des bouts de psaumes et des scènes de la Bible ont retentit dans son cœur, elle les a médité, elle les a relié les uns aux autres. C’est ainsi que le Magnificat est né. Marie loue le Dieu agissant à travers l’histoire et confesse sa foi : avec l’événement vécu à Nazareth s’est réalisé l’accomplissement de la promesse faite à Abraham et à sa descendance pour toujours. Dieu est fidèle, Il accomplit ce qu’Il a promis et – très important – cela grâce à son ‘oui’ généreux. Le Magnificat est une forte confession de foi.

Cette foi de Marie sera donnée à ceux et celles qui se confient à elle. Le Magnificat est le cantique des croyants. « L'âme de la Sainte Vierge se communiquera à vous pour glorifier le Seigneur; son esprit entrera en la place du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez fidèles aux pratiques de cette dévotion… Que l'âme de Marie soit en chacun pour y glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun, pour s'y réjouir en Dieu » (217).

Se connaître soi-même

Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). Tirés du contexte, aujourd’hui comme il y a 300 ans, plusieurs s’indigneraient en lisant ces quelques mots: « Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons données dans la première partie ce cet écrit » (256). Il s’agit du choix fondamental auquel Jésus réfère quand il dit qu’on ne peut servir deux maîtres. Une bonne dose de connaissance de soi-même est une sagesse précieuse, pensons par exemple à la parabole du pharisien et du publicain.

Ainsi notre auteur termine la série des pratiques extérieures ‘qu’il ne faut pas omettre par négligence ou par mépris’, ajoute-t-il. La vraie foi demande de la pratique.
Frans Fabry

Quatrième pratique - VD 243 jusqu'au 247


243. Quatrième pratique. - Ils auront une singulière dévotion pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de mars, qui est le propre mystère de cette dévotion, parce que cette dévotion a été inspirée du Saint-Esprit: 1. pour honorer et imiter la dépendance ineffable que Dieu le Fils a voulu avoir de Marie, pour la gloire de Dieu son Père et pour notre salut, laquelle dépendance paraît particulièrement dans ce mystère où Jésus-Christ est captif et esclave dans le sein de la divine Marie, et où il dépend d'elle pour toutes choses; 2. pour remercier Dieu des grâces incomparables qu'il a faites à Marie et particulièrement de l'avoir choisie pour sa très digne Mère, lequel choix a été fait dans ce mystère: ce sont là les deux principales fins de l'esclavage de Jésus en Marie.

244. Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement: l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. (...) En voici les raisons:

245. 1º Comme nous sommes dans un siècle orgueilleux, où il y a un grand nombre de savants enflés, d'esprits forts et critiques, qui trouvent à redire dans les pratiques de piété les mieux établies et les plus solides, pour ne pas leur donner une occasion de critique sans nécessité, il vaut mieux dire l'esclavage de Jésus-Christ en Marie, et se dire l'esclave de Jésus-Christ que l'esclave de Marie; prenant la dénomination de cette dévotion, plutôt de sa fin dernière, qui est Jésus-Christ, que du chemin et du moyen pour arriver à cette fin, qui est Marie. (...) 

246. 2º Comme le principal mystère qu'on célèbre et qu'on honore en cette dévotion est le mystère de l'Incarnation, où on ne peut voir Jésus-Christ qu'en Marie, et incarné dans son sein, il est plus à propos de dire l'esclavage de Jésus en Marie, de Jésus résidant et règnant en Marie, selon cette belle prière de tant de grands hommes: O Jésus, vivant en Marie, venez et vivez en nous, en votre esprit de sainteté, etc.

247. 3º Cette manière de parler montre davantage l'union intime qu'il ya a entre Jésus et Marie. Ils sont unis si intimement, que l'un est tout dans l'autre: Jésus est tout en Marie, et Marie toute en Jésus; ou plutôt, elle n'est plus, mais Jésus tout seul en elle; et on séparerait plutôt la lumière du Soleil, que Marie de Jésus. En sorte qu'on peut nommer Notre-Seigneur Jésus de Marie, et la Sainte Vierge Marie de Jésus.


Cinquième pratique - VD 249 - 252 - 254

Comme cinquième exercice il propose la pratique de l’Ave Maria et du rosaire. 

249. Cinquième pratique. - Ils auront une grande dévotion à dire l'Ave Maria, ou la Salutation angélique, dont peu de chrétiens, quoique éclairés, connaissent le prix, le mérite, l'excellence et la nécessité. Il a fallu que la Sainte Vierge ait apparu plusieurs fois à de grands saints fort éclairés pour leur en montrer le mérite, comme à saint Dominique, à saint Jean de Capistran, au bienheureux Alain de la Roche. (...)  c'est cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et que c'est cette même prière, bien dite, qui doit faire germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit de vie, Jésus-Christ; que l'Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter son fruit en son temps. (...)

252. AMES PREDESTINEES, ESCLAVES DE JESUS EN MARIE, apprenez que l'Ave Maria est la plus belles de toutes les prières après le Pater; c'est le plus parfait compliment que vous puissiez faire à Marie, puisque c'est le compliment que le Très-Haut lui envoya faire par un archange pour gagner son coeur; et il fut si puissant sur son coeur, par les charmes secrets dont il est plein, que Marie donna son consentement à l'Incarnation du Verbe, malgré sa profonde humilité. C'est par ce compliment aussi que vous gagnerez infailliblement son coeur, si vous le dites comme il faut.


254. Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous porte en Jésus et en Marie, de ne vous pas contenter de réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru; et, après avoir semé dans les bénédictions de Jésus et de Marie, vous recueillerez des bénédictions éternelles dans le ciel: Qui seminat in benedictionibus, de benedictionibus et metet. [2 Co 9,6]

Sixième pratique - VD 255

Comme sixième pratique, Montfort conseille la prière du Magnificat, né dans le cœur de Marie. 


255. Sixième pratique. - Pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à la Très Sainte Vierge, ils diront souvent le Magnificat, à l'exemple de la bienheureuse Marie d'Oignies et de plusieurs autres saints. C'est la seule prière et le seul ouvrage que la Sainte Vierge ait composé, ou plutôt que Jésus a fait en elle, car il parlait par sa bouche. C'est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu dans la loi de grâce. C'est d'un côté le plus humble et le plus reconnaissant, et de l'autre le plus sublime et le plus relevé de tous les cantiques. (...)

Septième pratique - VD 256

Ici Montfort consacre à peine une phrase à la dernière pratique qu’il conseille à ceux qui veulent s’associer au Seigneur, précédemment il l’a développé longuement (cf. 78-82 et 87-88). 

256. Septième pratique. - Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons données dans la première partie.

78. Nos meilleures actions sont ordinairement souillées et corrompues par le mauvais fond qui est en nous. (...)

80. Après cela, faut-il s'étonner si Notre-Seigneur a dit que celui qui voulait le suivre devait renoncer à soi-même et haïr son âme; que celui qui aimerait sa vie la perdrait et que celui qui la haïrait la sauverait? (...)


81. (...) C'est ce que saint Paul appelle mourir tous les jours: Quotidie morior! Si le grain de froment tombant en terre ne meurt, il demeure terre et ne produit point de fruit qui soit bon: Nisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet. Si nous ne mourons à nous-mêmes, et si nos dévotions les plus saintes ne nous portent à cette mort nécessaire et féconde, nous ne porterons point de fruit qui vaille, et nos dévotions nous deviendront inutiles. (...)

82. Il faut choisir parmi toutes les dévotions à la Très Sainte Vierge celle qui nous porte le plus à cette mort à nous-mêmes, comme étant la meilleure et la plus sanctifiante. (...)
La pratique que je veux vous découvrir est un de ces secrets de grâce, inconnu du grand nombre des chrétiens, connu de peu de dévôts, et pratiqué et goûté d'un bien plus petit nombre.

87. Cinquième vérité. - Il est très difficile, vu notre faiblesse et fragilité, que nous conservions en nous les grâces et les trésors que nous avons reçus de  Dieu: Parce que nous avons ce trésor, qui vaut mieux que le ciel et la terre, dans des vases fragiles: Habemus thesaurum istum in vasis fictilibus, dans un corps corruptible, dans une âme faible et inconstante, qu'un rien trouble et abat.

88. 2º Parce que les démons, qui sont de fins larrons, veulent nous surprendre à l'impourvu pour nous voler et dévaliser; ils épient jour et nuit le moment favorable pour cela. (...)


9 décembre 2012

Edouard Poppe


Edouard Poppe
Nous interrompons la ‘Catéchèse à l’école de Marie’, car en ce mois de décembre cela fait 100 ans que l’abbé Poppe fut ‘né d’en-haut’ (cf. l’expression de Jésus devant Nicodème) et ceci à l’aide des orientations du père de Montfort dans la Vraie Dévotion. L’abbé Poppe est un témoin hors de pair. Nous citons souvent le journal de l’abbé et respectons le style propre à ce genre d’écrit. En effet il ne s’adresse pas à un lecteur mais s’exprime directement tantôt à Jésus, tantôt à la Vierge Marie. On y découvre l’intimité caractéristique de l’enfance louée par Jésus : ‘si vous ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux’ (Mt 18, 3).

Il y a 100 ans ‘né d’en-haut’ -  Edouard Poppe

Le 13 mars 1912

Le 13 mars 1912 Edouard termine son service militaire et se revêt de la soutane des séminaristes. Tout heureux il écrit à sa sœur religieuse : « Voilà mon rêve réalisé, je suis séminariste et peut-être l’homme le plus heureux du monde » ! Et il ajoute qu’il sait bien que tout clergé est humain et risque d’être marqué par l’esprit mondain, mais que lui est décidé de devenir un prêtre selon le cœur de Dieu. Précédemment, un certain Jean Gravin, séminariste aussi, lui avait mis en mains le Traité de la Vraie Dévotion de Montfort en disant : « Voilà ce qu’il faut lire, mais prie d’abord le Saint-Esprit ».

Edouard s’est mis à lire le livre mais était vite déçu. Jean Gravin s’y attendait, tentait d’expliquer la tournure d’esprit de Montfort et insistait : « recommence la lecture ». Il le fit et le refit une troisième fois. Progressivement il dépassa les imperfections du langage du 18e siècle et découvrit la profondeur biblique de l’écrit. C’est alors, ce fameux 13 mars 1912, qu’il entame la première page de son journal et cite la Vraie Dévotion : « Totus tuus… Je suis tout à vous et tout ce qui est à moi vous appartient ». Plus tard, lors de ses voyages pastoraux, Jean-Paul II a rendu célèbre cette expression à travers le monde. Il est important de se rappeler que ces paroles s’adressent à la Vierge Marie, demandant son aide pour devenir chrétien adulte.

De plus, la première page de son journal est marquée d’une longue citation du livre de Montfort. En résumant sa vie, on dirait qu’à ce moment le séminariste écrit sa règle de vie : « La vraie dévotion à la Sainte Vierge est ‘sainte’, c'est-à-dire qu'elle porte une âme à éviter le péché et imiter les vertus de la Très Sainte Vierge, particulièrement son humilité profonde, sa foi vive, son obéissance aveugle, son oraison continuelle, sa mortification universelle, sa pureté divine, sa charité ardente, sa patience héroïque, sa douceur angélique et sa sagesse divine. Ce sont les dix principales vertus de la Très Sainte Vierge » (108).

Le grand défi

Quelques jours plus tard, le 25 mars, lors de la fête de l’Annonciation du Seigneur, il se sert d’une expression caractéristique chez Montfort et marque : « Jésus Christ, tout dépendant d’elle, est emprisonné dans le sein de Marie», puis il médite la belle prière « O Jésus, vivant en Marie ».

Il fait un calcul : du 25 mars au 25 décembre cela fait exactement neuf mois. En union avec Jésus vivant en Marie il établit un programme afin de célébrer une nouvelle naissance le jour de Noël prochain. Il supplie la Vierge Marie de le prendre en charge et de l’aider à croître de vertu en vertu, de grâce en grâce.

Chaque jour, dans le jardin du séminaire, il se rend à la grotte de Lourdes et dans son journal copie des longs passages du livre de Montfort. Une phrase le frappe particulièrement : « Saint Augustin se surpassant lui-même, et tout ce que je viens de dire, dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère ».

Son premier pèlerinage à Montaigu

A l’Ascension, cette même année le 16 mai, tous les séminaristes font le pèlerinage à Montaigu. Pour Edouard c’est un sommet de sa vie. Sous la coupole du sanctuaire marial, à genoux, il reprend et médite lentement phrase après phrase, particulièrement les alinéas adressés à la Vierge Marie, la prière de consécration du père de Montfort qu’il avait copiée:

« … Moi, Edouard Johannes Maria Poppe, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd'hui entre vos mains les vœux de mon baptême; je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à Jésus Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n'ai été jusqu'ici.

Je vous choisis aujourd'hui, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l'éternité …

O Mère de miséricorde! Faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu et de me mettre pour cela au nombre de ceux que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.
O Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que j'arrive, par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux. Ainsi soit-il ».

La tonsure

Du 16 au 19 octobre de cette même année a lieu la retraite préparatoire à la tonsure (une première célébration sur la voie qui conduisait à la prêtrise). Le prédicateur réfère au couronnement d’épines de Jésus et n’hésite pas à rappeler que chaque prêtre participe à la souffrance du Christ. Cette perspective n’effraie pas Edouard. En effet, disant la prière de consécration n’avait-il pas promis ‘qu’il se donnait tout entier à Jésus Christ pour porter sa croix à sa suite tous les jours de sa vie’ ? Dans son journal nous lisons: « Ma chère maman Marie, sachant que je serai couronné d’épines, qu’une lance transpercera mon cœur, que je serai blessé et humilié aussi bien corporellement que spirituellement… je ne renoncerai pas à ma vocation, mais je compte sur votre aide maternelle. Faites de moi un autre Christ. Je suis et je reste tout à vous et tout ce qui m’appartient est à vous… ».

Faites de moi un autre Christ : il pense aux huit mois écoulés et envisage la Noël qui approche. Pour marquer ses désirs les plus profonds il décide de renouveler sa consécration à la fin des 30 jours préparatoires tel que Montfort le suggère dans son livret. Lors de ce trentain les pages de son journal montrent qu’il suit consciencieusement les directives de l’auteur. S’adressant à Marie, son langage devient de plus en plus confidentiel. Il l’appelle avec des surnoms affectueux tels que ‘ma petite maman chérie’, et ‘mèrke chérie’.  Il y a des passages qui montrent qu’une ambition audacieuse naît dans son cœur : « Maman, ne permettez pas que je me contente d’une vie médiocre… Couvrez-moi de votre manteau miséricordieux… Malgré mes défauts, faites de moi un autre Christ… »

L’Avent de 1912

La finale des ses 30 jours coïncide avec la première semaine de l’Avent, cette année-là du 1ier au 7 décembre. Le 8 décembre 1912, pour la troisième fois cette année, il décide de se rendre à Montaigu. Avec encore plus d’appui il reprend le texte de la consécration dont il s’était servi déjà deux fois en ce lieu de pèlerinage et atteste de nouveau son engagement en y ajoutant le lieu, la date et sa signature. A ses yeux il s’agit visiblement d’un acte officiel.
Dans son journal nous constatons que son cœur déborde de confiance : « Ma bonne et chère maman chérie, écoutez, est-ce que vous vous souvenez de mon engagement du 25 mars ? Cela fait maintenant presque neuf mois.  Est-ce que vous vous souvenez de mes prières et de mes désirs ? C’est ce jour que je me suis donné à vous, ma volonté, mon intelligence, mon cœur… Vous m’avez conçu dans votre sein, moi, votre nouveau Jésus, afin que j’y sois par l’opération du Saint-Esprit transformé, que je sois votre vrai fils, grandi en vous et né de vous… Vous me portez dans votre sein. J’aime tellement vivre en Dieu et voir vivre Dieu dans les âmes. Vous aussi vous aspirez à la naissance d’un nouveau Jésus… Ma chère petite maman, le jour approche, bientôt nous nous trouverons à Bethléem. Ma maman chérie, permettez-moi d’être votre petit Jésus… O maman, quelle belle Noël en vue ... !»

Puis après

On s’attendrait à une joyeuse fête de Noël, mais nous savons que le directeur spirituel a refréné l’élan d’Edouard. Lui, extrêmement sensible, était empêché d’exprimer ses sentiments. Dans son journal nous lisons : « O mon Dieu, je prends la ferme résolution d’être obéissant à mon directeur spirituel… ». Jamais il n’a éprouvé une épreuve pareille, elle a duré tout au long du carême de 1913, mais l’a renforcé et l’a conduit à un âge adulte. Dans son journal il y a des expressions qui font penser à la croix que, pour consolider un petit groupe de femmes à l’Hôpital Général à Poitiers, Montfort avait illustrée : ‘Amour divin’, ‘présence de Dieu’, ‘humilité’, ‘confiance’, ‘amour de Marie’….

Tombeau de l'abbé Poppe à Moerzeke
Edouard a apprit qu’être Christ de Dieu dans le monde est bien plus que d’être un beau bébé dans une crèche. Jésus a connu des succès, mais a dû endurer aussi des oppositions et des souffrances. Encore séminariste, Edouard a déjà vécu cette expérience. Progressivement, au-delà des épreuves, il a pu dire avec saint Paul : ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi. La grâce de Dieu l’a renforcé et il a pu transmettre aux autres cette même grâce. En renouvelant de jour en jour sa consécration, avec Jésus il est devenu une ‘hostie vivante’. Lors de la retraite préparatoire à l’ordination dans son journal nous trouvons en majuscules le mot ‘victimatio’, ‘être offrande’. Il était prêt à être de jour en jour un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Tout au long de sa courte vie il a renouvelé sa consécration à sa chère et petite maman et Marie l’a assisté. Ainsi Edouard est devenu fécond bien au-delà des frontières de la petite commune de Moerzeke.

Frans Fabry

11 novembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (12)

 Commentaire sur La Vraie Dévotion de Montfort (234 - 242)

L’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur

Dans la première partie de son écrit le père de Montfort a répété de multiples façons que Dieu tient à impliquer l’homme dans son agir (terre nouvelle cieux nouveaux). Comme il l’a fait depuis les débuts, depuis Abraham, Il continue à le faire de la même façon. Parmi les nombreux collaborateurs, la Vierge Marie tient une place particulière, car grâce à son ‘oui’ Dieu a pu donner une tour-nure décisive à son grand projet : son incarnation.

Depuis notre ‘oui’ baptismal, le Seigneur compte sur nous pour prolonger son incarnation, mais cela suppose un changement de notre intérieur. L’eau baptismale ne suffit pas pour transformer l’intérieur de l’homme, il faut que de jour en jour le baptisé s’ouvre à la grâce qui lui est offerte. C’est précisément pour cela que Montfort propose des pratiques concrètes. Nous avons déjà découvert le premier exercice, un temps fort de trente jours qui conduit à la conclusion d’un ‘contact avec Dieu’.  En suivent six qui, comme un jogging spirituel journalier, servent à maintenir la forme pour être chrétien de jour en jour. Voici les deux suivants.

La petite couronne

Ce n’est pas Montfort qui a inventé cette prière relativement brève, la formule existait déjà. « Il y a plusieurs manières de bien dire cette prière et il serait trop long de les rapporter ici », nous dit-il. Ailleurs dans ses écrits, il nous offre quelques versions, mais la structure est chaque fois la même. Puisque cette prière n’est plus tellement pratiquée, j’y consacre une petite explication.

« Cette pratique est fort ancienne et elle a son fondement dans l'Écriture Sainte. Saint Jean vit une femme couronnée de douze étoiles, revêtue du soleil, et tenant la lune sous ses pieds, cette femme, selon les interprètes, est la Très Sainte Vierge » (234). Montfort réfère au chapitre 12 de l’Apocalypse riche en symboles. Dans le contexte du passage cité par Montfort, la femme est revêtue du soleil, un symbole pour référer au divin. Puis, elle est enceinte (de Jésus bien sûr) et tient la lune sous ses pieds : elle ne se laisse pas influencer par les forces sinistres. Les douze étoiles réfèrent au lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, les douze tribus de Jacob : l’ancienne Israël et les douze apôtres : le peuple nouveau.

L’auteur de l’Apocalypse cadre l’événement : « un signe grandiose apparut au ciel », tandis que le titre donné à la prière inspire l’humilité : une petite couronne. Est-ce une erreur, ou y-a-t-il un message ? Quoi qu’il en soit, c’est un avertissement pour ceux qui situeraient Marie dans un autre monde et en feraient presque un Dieu. En effet, en priant attentivement les textes, on découvre la proximité de la Vierge Marie. Marie nous rappelle l’humilité de Dieu qui vient vers l’homme pour l’élever auprès de Lui.

Bien dire cette prière

« Il y a plusieurs manières pour bien dire la petite couronne…,  cependant pour la dire tout simplement, il faut… ». C’est rare que Montfort donne une consigne pour bien prier. Profitons-en, découvrons que cette prière est bien plus qu’une simple louange à la Vierge Marie et qu’elle réfère aux merveilles accomplies en elle en faveur de toute l’humanité. Elle revoie au Dieu à l’œuvre. Dans ce sens la petite couronne est aussi une louange à Dieu qui sauve.

Montfort conseille de commencer par cette invocation : « Daigne écouter mes louanges, ô Vierge très sainte, et donne-moi la force contre tes ennemis. » Qui sont les ennemis de Marie ? La réponse est très simple : c’est tout ce qui peut détourner l’homme de son Dieu. Sou-venez-vous des vérités fondamentales citées dans les numéros 61- 89 où, de multiples façons, l’auteur décrit la tension qui existe entre notre situation humaine concrète et le niveau auquel le Seigneur veut nous élever. Encore ce détail : l’expression ‘Vierge très sainte’ pourrait référer à la femme tenant la lune sous ses pieds, celle qui est tout tournée vers Dieu.
Ici dans la Vraie Dévotion, l’auteur conseille de poursuivre la prière en récitant le crédo, ailleurs, dans la formule que l’on découvre dans les prières matinales pour les Filles de la Sagesse, il commence par une prière adressée au Saint Esprit. Les deux formules invitent le priant à s’orienter vers le Dieu agissant.


Douze étoiles

Après cette ouverture suivent en trois séries de quatre, les douze invocations à Marie avec l’Ave, entrecoupées d’un Pater. Les douze invocations renvoient au douze étoiles de la femme dans l’Apocalypse. Elles font penser au Magnificat de Marie qui ne chante pas sa propre gloire, mais confesse que le Tout-Puissant a fait pour elle des merveilles « comme promis à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ». Cette finale est très significative, Marie indique le fondement de sa foi : Dieu réalise ce qu’il a promis.

En contemplant la Vierge Marie, nous entrevoyons le chemin ouvert par Jésus qu’elle a par-couru, elle la première. Ainsi en priant la petite couronne, nous nous sentons impliqués dans l’agir de Dieu, nous voyons le chemin à parcourir et craignons des embuches qui pourraient gêner notre élan. C’est pourquoi Montfort suggère comme conclusion la vieille prière de l’Eglise : ‘Sub tuum praesidium’ (Sous l’abri de ta miséricorde).

De petites chaînettes

La troisième pratique concrète que Montfort suggère est d’un tout autre genre. Il est très louable, dit-il, de porter de petites chaînettes ‘de fer’. Cette précision attire l’attention, elle nous met sur la piste qu’il va indiquer. Il commence par un avis : « Ces marques extérieures, à la vérité, ne sont pas essentielles, et une personne peut fort bien s'en passer… ». Le fait qu’il consacre plusieurs pages au bien fondé de ce signe extérieur prouve bien la richesse de ce symbole. Le port d’une chaînette ou d’une médaille peut être une prière.

Une chaîne peut rappeler la souffrance des esclaves et leur servitude, mais inversement, nous dit Montfort, elle peut référer à la libération réalisée par le Christ vainqueur et il fait allusion au symbole de la croix : « Quoique autrefois il n'y eût rien de plus infâme que la croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus glorieuse du christianisme. Disons le même des fers de l'esclavage » (237). Une autre approche : les chaînes peuvent être des instruments utiles. Montfort cite le prophète Osée qui met dans la bouche du Seigneur ces paroles : « Je les menais (les Hébreux) avec des attaches humaines, avec des liens d’amour » (11,4).

La symbolique

Montfort développe davantage : « C'est pour faire ressouvenir le chrétien des vœux et engagements de son baptême, de la rénovation parfaite qu'il en a faite par cette dévotion, et de l'étroite obligation où il est de s'y rendre fidèle. Comme l'homme, qui se conduit souvent plus par les sens que par la pure foi, oublie facilement ses obligations envers Dieu… ces petites chaînes servent merveilleusement au chrétien pour le faire ressouvenir des chaînes du péché et de l'esclavage du démon, dont le saint baptême l'a délivré, et de la dépendance de Jésus Christ qu'il lui a vouée dans le saint baptême, et de la ratification qu'il en a faite par rénovation de ses vœux… (238).

Aux yeux de Montfort, l’attitude de service et de dévouement est cruciale pour le chrétien. Dieu fait appel à l’homme et par le ‘oui’ de ce dernier il devient serviteur. Parmi une série de citations bibliques, je retiens celle qui de façon plastique caractérise le chrétien. « Soumettons nos épaules, et portons la Sagesse qui est Jésus Christ, et ne nous ennuyons point de ses chaînes » (240).

Frans Fabry

La petite couronne

Voici comment prier la petite couronne:

Viens, Esprit Saint, emplis les coœurs de tes fidèles et allume en eux le feu du pur amour. Seigneur, envoi ton Esprit et tout sera créé et tu renouvelleras la face de la terre.

Prions.

Seigneur Dieu, puisque tu as instruit tes fidèles en éclairant leur âme par les lumières de l’Esprit Saint, donne-nous d’animer par cet Esprit ce qui est bien et de jouir sans cesse du réconfort qu’il nous apporte par le Christ notre Seigneur. Amen.

Sois glorifiée, Marie, Fille très amiable de Dieu le Père. Nous te louons, car en toi se sont manifestées les œuvres de Dieu.

Notre Père…

Nous te louons, Marie, car Dieu t’a choisie pour devenir mère de son Fils.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, car pour le Royaume de Dieu, tu as suivi le Christ dans une virginité et un détachement total.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, parce que tu as assume le privilege de l’Immaculée Conception avec une fidélité et un amour tells que la redemption du Christ a trouvé sa plenitude en ton âme et en ton corps.
Je te salue, Marie,…

Nous te louons, Marie, parce que, comme une nouvelle Eve, tu as mis ta vie au service de Dieu pour la redemption du monde.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Sois glorifiée, Marie, Mère du Fils de Dieu. Nous te louons, car tu as vécu ta vocation avec un amour fidèle.

Notre Père,…

Nous te remercions, Marie, car tu nous as donné l’exemple d’une foi vive qui écoute la parole de Dieu et accomplit sa volonté.
Je te salue, Marie,…

Nous te remercions, Marie, car tu as été pour nous l’exemple de notre humanité indigente qui aspire de tout son être vers la promesse de Dieu.
Je te salue, Marie,…

Nous te remercions, Marie, parce que tu as été pour nous l’exmple d’une personne serviable, qui realise son amour de Dieu dans la charité du prochain.
Je te salue, Marie, …

Nous te remercions, Marie, parce que tu nous a donné l’exemple d’une personne sauvée, qui accepte la croix du Christ pour la redemption du monde.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Sois glorifiée, Marie, Epouse du Saint-Esprit. Nous te louons, car tu nous aimes comme une mere attentive, qui nous conduit tout au long de la vie vers Dieu, notre Père.

Notre Père,…

Nous t’aimons, Marie, pour l’amour maternel don’t tu entoures les croyants à leur naissance et pour le souci que tu déploies à assurer leur croissance vers une vie adulte.
Je te salue, Marie,…

Nous t’aimons, Marie, car tu nous portes dans ton cœur comme tes enfants, et tu intercedes pour nous auprès de Jésus ton Fils.
Je te salue, Marie,…

Nous t’aimons, Marie, car tu es la mere de l’Église qui cherche à réunir tout le genre humain dans le Christ unique.
Je te salue, Marie, …

Nous t’aimons, Marie, car tu es pour nous le signe de l’espérance sur le chemin du Royaume de Dieu.
Je te salue, Marie,…

Gloire au Père,…

Prions.

À l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse, Vierge bienheureuse.

30 septembre 2012

Catéchèse à l'école de Marie (11)



La mise en pratique

Ecriture du Père de Montfort
De sa lecture biblique le père de Montfort retient surtout que Dieu est actif moyennant la collaboration de l’homme. Parmi ses collaborateurs la Vierge Marie se distingue nettement grâce aux merveilles que le Seigneur a opérées en elle : son incarnation. Ce mystère se prolonge jusqu’à nos jours. La grâce du baptême ouvre cette voie, mais rares sont ceux qui en sont conscients. C’est une erreur assez généralisée de penser que l’on est chrétien parce que baptisé. En réalité la grâce du baptême offre tout ce qui est nécessaire pour devenir chrétien, pour devenir un point d’appui pour Dieu dans ce monde et lui offrir des mains et des pieds pour rejoindre beaucoup d’autres. Le chrétien offre à Dieu une demeure, il s’agit du mystère de l’incarnation qui continue, et la Vierge Marie y joue un rôle. C’est pourquoi, nous dit le père de Montfort, il nous faut lui offrir la possibilité d’accomplir la mission qu’elle a reçue.
Après avoir indiqué le bien fondé de la dévotion qu’il propose, notre auteur entame sa mise en pratique. Il commence une nouvelle page et avec de grands et beaux caractères il marque : « Pratiques particulières de cette dévotion ».

‘Avancer’
Rappelons-nous le numéro 119: « Comme l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur qu'elle doit former, elle ne sera pas également comprise de tout le monde: quelques-uns s'arrêteront à ce qu'elle a d'extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur, mais ils n'y monteront qu'un degré. Qui est-ce qui montera au second? Qui parviendra jusqu'au troisième? Enfin, qui est celui qui y sera par état? Celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus Christ révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la transformation de soi-même en Jésus Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel. » Comme dit précédemment, chaque élément de ce passage mérite une attention particulière, ici j’attire l’attention sur la dynamique de sa composition. Il s’agit d’un processus qui conduit à l’âge adulte chrétien, avancer pas-à-pas à la transformation en Jésus Christ.

L'intérieur qui doit être formé

Qu’entend l’auteur par "l'intérieur qui doit être formé ? " Dans son Secret de Marie nous trouvons une réponse brève qui fait comprendre que Montfort vise très haut et qui suppose un cheminement qui prend du temps, voire toute une vie: « Ame, image vivante de Dieu et rachetée du Sang précieux de Jésus Christ, la volonté de Dieu sur vous est que vous deveniez sainte comme lui dans cette vie, et glorieuse comme lui dans l'autre. L'acquisition de la sainteté de Dieu est votre vocation assurée… O ouvrage admirable ! … il n'y a que Dieu qui, par une grâce, et une grâce abondante et extraordinaire, puisse en venir à bout… » (SM 3). Voilà ce que l’on apprend à l’école de Marie. Les exercices que Montfort va proposer nous conduisent à cette école.

Un tournant

Comme Abraham, comme Moïse... comme Marie, le baptisé est supposé d’oser donner une réponse à la proposition du Seigneur, supposé de se mettre en mouvement et devenir coopérant, même sans savoir où cela le conduira.Tout au long de sa vie, le père de Montfort a été en contact avec des pères jésuites et il est très probable qu’il ait connu le chemin spirituel de saint Ignace, un chemin qui conduit à l’union au Christ. Nous ignorons s’il a suivi les exercices de saint Ignace, mais nous constatons qu’il se sert d’un schéma semblable, c’est-à-dire opter pour un temps continu qui conduit à un contrat avec le Seigneur (renouvellement officiel de son alliance avec Dieu). Pour que cette alliance soit davantage solide et efficace, avec assurance Montfort conseille de faire appel à l’aide de la Vierge Marie. Il demande de réserver au moins douze jours, pour se situer par rapport à la Bible, la Parole de Dieu qui invite à devenir acteur dans son agir en cours, suivis de trois semaines de prière assidue (227). Parmi ceux qui ont entamé le cheminement que Montfort propose, plusieurs parlent d’un tournant dans leur vie. La façon dont le père de Montfort encadre le jour de la consécration montre bien, qu’à ses yeux aussi, il s’agit d’une démarche très engageante.

Les douze jours

La Bible
Pour les douze jours Montfort suggère de se vider de l'esprit du monde et de se remplir de celui de Jésus Christ par la Vierge Marie (227). Sans cesse le lecteur de la Bible constate que les pensées du Seigneur ne sont pas celles des hommes. Dans la première partie de son écrit, de multiples façons, Montfort a attiré l’attention du lecteur sur l’agir de Dieu et sa façon d’y intégrer l’humain, particulièrement la Vierge Marie. Découvrir cet agir de Dieu demande du temps et de l’accoutumance. Voici un témoignage de Jean-Paul II référant à La Vraie Dévotion : « C’est un de ces livres qu’il ne suffit pas d’avoir lu… Je revenais sans cesse et tour à tour sur certains passages… J’ai compris que Marie nous conduit au Christ. » Précisément cette rencontre donne une nouvelle dimension à la vie humaine.

Les trois semaines

Notre auteur suggère pour la première semaine de demander la grâce de la connaissance de soi-même. À cause du langage imagé – il nous compare à des escargots, limaçons, crapauds, cochons, serpents et boucs – plusieurs classent Montfort parmi les négativistes qui dénigrent tout ce qui est humain. Or, avec ironie, il veut secouer le lecteur. Les expressions plastiques renvoient aux numéros 78-82 où il met en contraste notre pauvreté par rapport à l’homme parfait Jésus Christ, notre modèle assuré. C’est dans la prière qu’on peut acquérir une parfaite humilité : « Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint-Esprit de les éclairer, par ces paroles : " Seigneur, fais que je voie ", ou " Que je me connaisse ", ou " Viens, Esprit Saint " et " diront tous les jours les litanies du Saint-Esprit… Ils auront recours à la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront tous les jours l'Ave Maris Stella et ses litanies » (228). Le climat de prière est indispensable durant tout le circuit des 30 jours.
« Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs oraisons et œuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 16-36 et 83-89). Ils réciteront, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention » (229).
« Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit (cf. 61-77), et dire l'oraison de saint Augustin (cf. 67). Ils pourront, avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par jour: " Seigneur, que je te connaisse ! " ou bien : " Seigneur, que je voie qui tu es’! Ils réciteront, comme aux semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave Maris Stella, et ajouteront tous les jours les litanies du Saint Nom de Jésus » (230).

En tant que pédagogue

Le père de Montfort
Notons qu’il ne s’agit pas de formules magiques, les suggestions de Montfort ont pour but de vous aider à entrer dans ‘le monde de Dieu’, comme cela est arrivé à la Vierge Marie quand, par l’opération du Saint Esprit, Dieu s’est fait homme (cf. n° 6). Finalement, en tant que bon pédagogue, Montfort devient très concret: signez et datez le texte de votre consécration et faites un geste particulier. Il parle d’un ‘tribut’ pour marquer votre dépendance de Jésus et de Marie. « Ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage, avec un bon cœur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde que la bonne volonté….Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant trois semaines. Ils pourront même, tous les mois et tous les jours, renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles: Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère » (233-234).

Frans Fabry

Lecture dans 'La Vraie Dévotion 226 - 233

Ci-dessous vous trouvez les numéros 226 jusqu'au 233 qui se trouvent dans 'La Vraie Dévotion'.

PRATIQUES PARTICULIERES DE CETTE DEVOTION.

Pratiques Extérieures

226. Quoique l'essentiel de cette dévotion consiste dans l'intérieur, elle ne laisse pas d'avoir plusieurs pratiques extérieures qu'il ne faut pas négliger: Haec oportuit facere et illa non omittere, soit parce que les pratiques extérieures bien faites aident les intérieures, soit parce qu'elles font ressouvenir l'homme, qui se conduit toujours par les sens, de ce qu'il a fait ou doit faire; soit parce qu'elles sont propres à édifier le prochain qui les voit, ce que ne font pas celles qui sont purement intérieures. Qu'aucun mondain donc, ni critique, ne mette ici le nez pour dire que la vraie dévotion est dans le coeur, qu'il faut éviter ce qui est extérieur, qu'il peut y avoir de la vanité, qu'il faut cacher sa dévotion, etc. Je leur réponds avec mon Maître: Que les hommes voient vos bonnes oeuvres, afin qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux; non pas, dit saint Grégoire, qu'on doive faire ses actions et dévotions extérieures pour plaire aux hommes et en tirer quelque louange, ce serait vanité; mais on les fait quelquefois devant les hommes, dans la vue de plaire à Dieu et de le faire glorifier par là, sans se soucier des mépris ou des louanges des hommes.
Je ne rapporterai qu'en abrégé quelques pratiques extérieures, que je n'appelle pas extérieures parce qu'on les fait sans intérieur, mais parce qu'elles ont quelque chose d'extérieur, pour les distinguer de celles qui sont purement intérieures.

[Consécration après exercices préparatoires] 227. Première pratique. - Ceux et celles qui voudront entrer en cette dévotion particulière, qui n'est point érigée en confrérie, quoiqu'il le fût à souhaiter, après avoir, comme j'ai [dit] dans la première partie de cette préparation au Règne de Jésus-Christ, employé douze jours au moins à se vider de l'esprit du monde contraire à celui de Jésus-Christ, emploieront trois semaines à se remplir de Jésus-Christ par la Très Sainte Vierge. Voici l'ordre qu'ils pourront garder:

228. Pendant la première semaine, ils emploieront toutes leurs oraisons et actions de piété à demander la connaissance d'eux- mêmes et la contrition de leurs péchés: et ils feront tout en esprit d'humilité. Pour cela, ils pourront, s'ils veulent, méditer ce que j'ai dit de notre mauvais fond et ne se regarder, les six jours de cette semaine, que comme des escargots, limaçons, crapauds, cochons et serpents et boucs; ou bien ces trois paroles de saint Bernard: Cogita quid fueris, semen putridum; quid sis, vas stercorum; quid futurus sis, esca vermium. Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint- Esprit de les éclairer, par ces paroles: Domine, ut videam; ou Noverim me; ou Veni, Sancte Spiritus, et diront tous les jours les litanies du Saint-Esprit et l'oraison qui suit, marqués dans la première partie de cet ouvrage. Ils auront recours à la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront tous les jours, l'Ave maris stella, et ses litanies.

229. Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans toutes leurs oraisons et oeuvres de chaque journée, à connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit. Ils réciteront, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella, et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un chapelet, à cette intention.

230. Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus- Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit, et dire l'oraison de saint Augustin, qui est mis vers le commencement de cette seconde partie. [VD 67] Ils pourront, avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par jour: Noverim te: Seigneur, que je vous connaisse! ou bien, Domine, ut videam: Seigneur, que je voie qui vous êtes! Ils réciteront, comme aux autres semaines précédentes, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella, et ajouteront tous les jours les litanies [du Saint-Nom] de Jésus.

231. Au bout de ces trois semaines, ils se confesseront et communieront à l'intention de se donner à Jésus-Christ, en qualité d'esclaves d'amour, par les mains de Marie. Et, après la communion, qu'ils tâcheront de faire selon la méthode qui est ci-après, ils réciteront la formule de leur consécration, qu'ils trouveront aussi ci-après; il faudra qu'ils l'écrivent ou la fassent écrire, si elle n'est imprimée, et qu'ils la signent le même jour qu'ils l'auront faite.

Contrat d'alliance de Montfort
232. Il sera bon que, ce jour, ils payent quelque tribut à Jésus-Christ et à sa sainte Mère, soit pour pénitence de leur infidélité passée aux voeux de leur baptême, soit pour protester de leur dépendance du domaine de Jésus et de Marie. Or, ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage, avec un bon coeur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde que la bonne volonté.

233. Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant trois semaines.
Ils pourront même, tous les mois et tous les jours, renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles: Tuus totus ego sum, et omnia mea tua sunt: Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère.